Lecture / Ecriture
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Retour au pays bien-aimé de Karel Schoeman

Karel Schoeman
  Cette vie
  Retour au pays bien-aimé
  La saison des adieux
  En étrange pays
  Des voix parmi les ombres

Karel Schoeman est écrivain sud-africain de langue afrikaans, né en 1939 dans l’Etat libre d’Orange.
Solidaire du combat des Noirs de son pays, il a été décoré par N. Mandela.

Retour au pays bien-aimé - Karel Schoeman

Pleure encore pays bien-aimé
Note :

    Afrique du Sud terre d'immenses écrivains, Breyten Bretenbach, Nadine Gordimer, André Brink, J.M.Coetzee, deux Nobel. Voici Karel Schoeman dont le titre du dernier roman paru en France fait écho au célèbre "Pleure ô pays bien aimé" d'Alan Paton. Ce roman paru en 47 et adapté au cinéma un peu plus tard a connu une aura très importante et a commencé à faire connaître l'apartheid.
   
   Karel Schoeman sous un titre très proche raconte la visite au pays natal d'un Afrikander vivant en Suisse dans l'univers bien protégé de la diplomatie. Dans "Retour au pays bien-aimé", le narrateur a 30 ans et revient voir la ferme de sa prime enfance 25 ans après son départ. L'action du livre se déroule sur les quelques jours qu'il passe chez des cousins perdus de vue. Incompréhension, souvenirs communs inexistants, malentendus, le séjour ne se passe pas très bien.
    
   Et puis George n'a plus guère de liens avec cette Afrique du Sud de 1972 (date d'édition originale). Il sent confusément que la violence est là, à fleur de peau, que rien ne sera plus comme avant, que tout va à vau l'eau dans ce pays, et que le veld sera bientôt à feu et à sang. Nous sommes entre Afrikanders qui sentent bien la fin de leur monde.
   
   C'est assez court, sans exotisme et d'une violence souterraine qui laisse libre cours à l'imagination du lecteur.
   
   De la très grande littérature.
   ↓

critique par Eeguab




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Nouveau départ
Note :

   Ce roman fut publié en 1972 en Afrique du Sud, puis traduit et édité, en France, en 2006 lorsque la renommée de ce grand auteur blanc et contestataire, pourfendeur de l’apartheid, fut mieux établie.
   
   Toutefois, il ne s’agit pas, de notre point de vue, de l’une des œuvres maîtresses de Schoeman. On n’y retrouve pas la puissance de l’écriture des œuvres plus tardives et l’on peine quelque peu à entrer dans une histoire volontairement décousue, à l’image des liens qui se sont distendus entre le personnage principal et son pays natal, qu’il retrouve bien des années plus tard.
   
   Georg décide de venir passer une semaine en Afrique du Sud, en plein veld, pour retrouver la ferme de ses grands-parents et s’occuper de la vendre après le décès de sa mère.
   
   Celle-ci, au moment "des évènements" comme il est dit pudiquement dans le roman, avait en effet fui le pays en proie aux plus terribles désordres et suivi son mari, diplomate, en Suisse. C’est là-bas que le jeune homme fut élevé, dans la pratique de la langue française et anglaise. C’est là-bas qu’il réside et travaille, dans une maison d’édition. Il est profondément suisse et confusément Sud-Africain.
   
   En pleine nuit, perdu dans le veld immense, Georg vient frapper à la porte d’une ferme. Tenue par des Afrikaners purs jus, ceux-ci finissent par vaincre leur réticence et par l’accueillir une fois qu’ils découvrent qu’il n’est pas un inconnu.
   
   Pendant les cinq jours qu’il passera sur place, Georg devra à la fois accepter de livrer quelques souvenirs, attestant définitivement de son intégrité, et savoir se faire plus ou moins accepter par cette famille de quatre enfants, farouches, méfiants et résistants. Il lui faudra aussi nouer des liens contre son gré avec ce que la famille compte comme amis dispersés dans les quelques fermes alentour.
   
   Alors seulement, la confrontation avec ceux qui sont restés lui permettra de comprendre ce que son pays aura véritablement traversé. Ces Afrikaners ont tout perdu : leurs terres, leur argent, leur position sociale. Ils ont fait l’objet d’exécutions sommaires, d’arrestations arbitraires, certaines femmes ont été violées, les esclaves se sont retournés contre eux. Aucun n’accepte que le pays soit passé aux Noirs. Beaucoup ont dû apprendre à survivre, à s’improviser paysans, à oublier leur bonne éducation.
   
   Pour toutes ces raisons, le retour de l’enfant prodige est incompréhensible d’autant que la ferme héritée n’est plus qu’un champ de ruines, un lieu de souvenirs douloureux et désastreux, à l’image du vain combat mené.
   
   Comme Georg ne sait pas expliquer rationnellement son retour, chacun veut y voir la légitimité de ses convictions et cherche à se faire de cet étranger qui parle leur langue, qui partage des souvenirs communs vagues avec eux, un allié. Tous sont maladroits ou insupportables et ne peuvent que pousser le jeune homme à fuir.
   
   Au final, ce voyage se révèlera un échec complet et marquera la rupture définitive du jeune homme avec ses racines, avec ce monde devenu violent, arbitraire et incompréhensible.
   
   L’avant-dernière scène, paroxystique, aussi brève que brutale est sans doute le moment de bravoure de l’ouvrage. C’est elle qui donne le sens au roman et qui fait tomber les dernières illusions.

critique par Cetalir




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