Lecture / Ecriture
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Les Ronces de Antoine Piazza

Antoine Piazza
  Les Ronces
  Le chiffre des sœurs
  Roman fleuve

Antoine Piazza est un romancier français né en 1957.

Les Ronces - Antoine Piazza

Sud profond
Note :

   À l’écart des villes et des grandes routes, quelque part entre Mazamet et Bédarieux, un village anonyme du Haut-Languedoc où l’hiver est long et rude. Le temps de «sept rentrées», dans les années quatre-vingts, le narrateur qui est l’instituteur d’une classe unique, s’est fait le témoin des habitants ses voisins, y compris parents et grands-parents de ses élèves.
   
   Une galerie de portraits, chacun étayé d’anecdotes saisissantes. Le résultat en dessine l’image d’une France rurale en pleine déconfiture. Les jeunes actifs ne rêvent que des villes de la côte, de Narbonne à Marseille, où ils logent dans des HLM sans potager, mais avec l’eau courante et des salles de bains. Ceux qui sont restés au pays sont pour la plupart des "gens de peu". Ainsi se côtoient au village des retraités installés dans une modeste maison de famille et à qui la télé diffuse un monde étranger, des travailleurs sans véritable qualification, des couples aux revenus incertains et quelques vieux hippies qui n’ont pas su élever les chèvres dans les hameaux des confins. À rebours du village renaissant de Jean Fourastié dans les «Trente Glorieuses», voici une commune rurale en train de mourir.
   
   « Les érudits partis à la recherche des miséreux convertis au brigandage, des voleurs de pommes morts au bagne et des chiens mangeurs d’enfants, étaient revenus pour compter les vieillards et les moribonds. Jamais les vieux n’avaient été si nombreux dans la vallée. Pour connaître le secret des longévités, on préleva l’eau des ruisseaux, la terre des potagers, avec la certitude de trouver dans l’infiniment petit la force qui armait les centenaires. On publia des courbes et des calculs, la dominante des groupes sanguins, le pourcentage des tuberculeux, la nature des épidémies médiévales. Il y eut ainsi mille raisons d’être éternel dans ce pays niché entre le soleil et l’ombre, entre la mer et le ciel. En réalité, les gens d’ici ne vivaient pas vieux, ils se muaient en pierres, tout doucement…»

   
   Ce coin de France qui meurt est gouverné par un maire qui cherche à réagir. Petit patron aussi habile pour vendre les fruits de la région — cerises et marrons — que pour sauter par dessus les chaises lors des festivités municipales. Ce maire inventif occupe les hommes du pays à surveiller la forêt pour la sauver des incendies; de même voudrait-il sauver l’école et faire revenir un boulanger, deux conditions pour que la commune survive à la vieillesse croissante de ses habitants. Au passage, Antoine Piazza ironise sur la vie politique locale et les candidatures aux municipales, et enfin sur le succès de CPNT aux élections européennes de 1989:
    
   « C’était un nouveau  parti qui abordait les vrais problèmes de société comme le passage des palombes ou la réforme du permis de chasse.»

   
   Il est vrai que le chasse est l’un des thèmes essentiels du livre. Il y a les braconniers et coureurs des bois qui ont «du calibre douze pour le garde». Les chasseurs organisés en diane. Les éleveurs de chiens, pauvres bêtes mal nourries, ou faux chiens de race. Là est la vraie vie, loin de l’école, dont le jeune instituteur n’est pas considéré par les vieillards du pays avec autant de respect que son vieux prédécesseur, cet homme qui préparait si bien au certificat d’études — dont la fin est annoncée.
   
   Ce court récit procure un prodigieux bonheur de lecture. Des personnages croqués avec vivacité, voire cruauté. Des historiettes qui ne s’inventent pas et que j'ai pris garde de ne pas dévoiler. Un style éblouissant à mi-chemin des «Vies minuscules» de Pierre Michon et de «Ma vie parmi les ombres» de Richard Millet!
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critique par Mapero




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Autobiographie romancée
Note :

   Présentation de l'éditeur
   
   "Au début des années 1980, un instituteur de vingt cinq ans, de retour d'Afrique, est nommé dans un village du Haut Languedoc. Le pays se désertifie. Les terres sont à l'abandon. Les jeunes sont partis habiter en ville ou rêvent d'un pavillon de banlieue. La petite communauté, repliée sur elle-même, se préserve du monde moderne, du chaos incompréhensible que lui renvoient les écrans de télé. Ici, on vit au rythme des saisons et des dates d'ouverture de la chasse. Dans une écriture remarquable de précision et d'élégance, le narrateur livre la chronique des sept années passées à arpenter le pays et à rencontrer ses habitants : notables, hippies, familles vivant dans des hameaux isolés, gendarme à la retraite, chanteur raté, vieillards postés au bord des routes... Ce témoin rapproché, irrémédiablement étranger, peint avec une humanité vibrante des destins minuscules, des vies immobiles, confrontés au temps qui passe et au monde qui change."

   
   
   Et je continue avec le même!
   
   Toujours dans l'autobiographie distanciée, après sa famille dans "Le chiffre des sœurs", son séjour en Afrique dans "La route de Tassiga", (quoique "Roman fleuve" flirtait avec la SF), l'auteur évoque maintenant ses sept années comme instituteur dans un village isolé du Haut-Languedoc, dans les années 80, époque charnière de la vie du village, puisque l'école fermera, et il partira à Sète.
   
   Piazza se livre un peu plus, dans ses façons pas toujours acceptées de faire la classe, ses balades à pied dans la région, sa vie de famille, la poésie gardée par son père dans son portefeuille, et ses premiers pas d’écrivain aux manuscrits refusés.
   
   Mais l'essentiel du livre vaut pour la description de figures du village au fil du temps, le maire, les familles de ses élèves, les gens du cru, les rapportés (comme on dit par chez moi), les exilés de retour au pays natal. C'est croqué sans méchanceté, avec précision, un brin de nostalgie, un grand sens de l'observation, et toujours une écriture ample non dénuée de souffle.

critique par Keisha




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