Lecture / Ecriture
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Les sœurs Brelan de François Vallejo

François Vallejo
  Le voyage des grands hommes
  Ouest
  Madame Angeloso
  Groom
  L'incendie Du Chiado
  Dérive
  Les sœurs Brelan
  Vacarme dans la salle de bal
  Métamorphoses
  Fleur et sang

François Vallejo est un enseignant et écrivain français, né au Mans en 1960.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Les sœurs Brelan - François Vallejo

Le cri des cieux
Note :

   Eh bien je dois avouer qu'autant j'ai été convaincue par "Le sel" de Del Amo que la critique professionnelle n'aime pas, autant je reste tiède face à ces trois sœurs (oui, trois sœurs, brelan, brelan de dames, il y a un jeu de mot) L'écart se creuse entre les pro et les amateurs.
   
   Nous avons donc ici trois sœurs qui sont orphelines et l'ainée tout juste majeure obtient la garde de ses deux cadettes. Nous sommes juste après guerre et elles vont vivre dans leur grande maison.
   La première partie du livre est axée sur l'aînée qui, vous l'aurez deviné, est dévouée et méritante, infirmière dans l'âme et vouée au célibat. La seconde partie s'axe bien évidemment sur la puînée qui elle est femme d'affaire et d'ambition, soucieuse de sa sécurité matérielle, limite arriviste. La troisième partie se focalise sur la cadette, Judith, éternelle révoltée, tout à fait irréductible; et mon tout tendrait à prouver que l'union fait la force et qu'en restant ensemble elles peuvent additionner leurs capacités et être quasiment irrésistibles.
   
   Mon problème, ça a été qu'aucune des sœurs n'a gagné m'a sympathie (ni même vraiment mon intérêt). On nageait dans les rôles standardisés. Il était sans doute prévu que Judith serait celle qui intéresserait le plus le lecteur, qu'on la trouverait libre et idéaliste. Elle incarnerait la rébellion permanente à laquelle nous avons tous dû renoncer. Pour ma part, ce fut le contraire, il m'a semblé qu'elle confondait désir de prendre le contrepied et de choquer systématiquement avec de l'originalité de vue. Je l'ai trouvée irresponsable et profiteuse et pour tout dire un peu sotte derrière ses provocations souvent puériles. J'assimile sa révolte ostensible à la rébellion hypocrite des profiteurs. Elle refuse de travailler de quelque façon que ce soit (même les tâches domestiques communes), mais se laisse entretenir par ses sœurs toute sa vie durant, tout en crachant sur leur argent... on voit l'ampleur du propos et même son originalité... Et ingrate avec ça! Non, Judith ne me plait pas plus que les autres, moins même sans doute.
   Et sa fixette sur les délinquants de préférence violents! Quand elle est tombée au premier coup d'œil folle amoureuse d'un violeur assassin, j'ai cru que j'allais fermer le livre, mais j'en étais au dernier tiers et je voulais 1° ne pas être allée jusque là pour rien 2° lui laisser une chance de m'expliquer, de me convaincre.
   Il n'en fut rien. La "Liberté d'esprit" de Judith serait admirable et les victimes de l'assassin n'ont pas plus de poids que le poulet sacrifié le dimanche. Ah bon? Vous êtes sûr? On va où, là? Quel est le rapport avec la réalité de ce qu'est l'humain?
   
   Pour conclure, une habileté de construction fait que la première scène du livre voit son symétrique dans la dernière, et cela, c'est assez bien venu, d'autant que les quinze dernières pages tendent à faire remonter le niveau par une vue plus élevée du chemin parcouru. Mais quinze pages...
   
   Pour ce qui est de la forme, François Vallejo explique dans ses interviews "avoir fait un travail sur les dialogues" (traduire principalement par "avoir supprimé le tiret en tête de ligne"). Bon.
   
   Quel était le propos de ce livre et que m'a-t-il apporté?
   Le propos, d'après l'auteur lui-même: une réflexion sur la fratrie dans un contexte historique qui correspond à l'émancipation féminine. Je viens de dire ce qu'il m'en a semblé. Quant à ce qu'il m'a apporté, à part un léger agacement... je cherche.
   
   
    Rentrée littéraire 2010
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critique par Sibylline




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Un bon roman
Note :

   Les sœurs Brelan, au nom de famille programmatique, sont trois: Marthe, l'aînée pragmatique, Sabine, la cadette ambitieuse et Judith, la benjamine idéaliste. Elles perdent leur père dans un accident à une époque où l'émancipation des femmes n'est qu'une vague lueur dans un horizon lointain et se battent pour que Marthe, tout juste vingt et un ans, ait la tutelle des deux autres. C'est que les sœurs Brelan, malgré leurs différences et leurs différends, ont fait le vœu de ne jamais se séparer. Elles vont ainsi traverser un demi-siècle de tourmentes personnelles et de changements collectifs.
     
   C'est un bon roman que signe ici François Valléjo, chers happy few: en effet, "les Sœurs Brelan" est une fresque familiale de fort bonne tenue, qui met en scène le destin de ces trois femmes liées par une promesse qui pèse rapidement aux deux aînées mais qui est la raison de vivre de l'entêtée benjamine.
   
   Dans une France frileuse qui n'a pas encore connu les bouleversements de 68, être une femme qui refuse les conventions n'est pas facile, alors, trois, pensez donc. Ces trois sœurs vont donc suivre leur chemin un peu chaotique, Marthe et ses envies sages et réalistes, Sabine qui veut réussir et ne peut accomplir son ambition que par le mariage et Judith et ses convictions utopiques et parfois naïves. Dans ce roman où les hommes ne sont que des ombres chinoises qui passent au large, menteurs, veules et soumis à des figures féminines castratrices, les trois sœurs Brelan, malgré les aléas de la vie, ne semblent finalement pas avoir tiré une si mauvaise main que ça. Adaptables, intelligentes, elles auront mené leur vie comme elles l'entendaient, loin des conventions étriquées et mesquines.
   
    Leur histoire est narrée dans un style parfaitement maîtrisé, Valléjo maniant notamment brillamment le discours indirect libre, ce qui donne un ton particulier à son récit. Je recommande, chers happy few.
    ↓

critique par Fashion




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Belle réussite littéraire
Note :

   Les sœurs Brelan sont inséparables, et ont toujours fait en sorte de ne pas être éloignées les unes des autres. Même lorsque la situation se complique, elles parviennent à prendre toutes leurs décisions ensemble.
    
   Dans la famille, Marthe, Sabine et Judith sont les trois sœurs Brelan. Orphelines après la mort de leur père, elles auraient dû être confiées à leur tante Rose. Mais grâce à diverses mesures dilatoires, elles arrivent à faire se tenir le conseil de famille le jour anniversaire de Marthe, l'aîné; le jour de ses 21 ans, celui de la majorité, qui rend inutile la mise sous tutelle par la tante. Elles conservent donc leur indépendance, et cette vie à trois, possible grâce à l'héritage qu'elles récupèrent et aux travaux qu'elles effectuent successivement, se poursuivra coûte que coûte.
    
   Car si Grand-mère Madeleine, au petit rire permanent et à la mémoire défaillante, accepte de les aider, ce n'est pas le cas de la Tante Rose, qui garde un mauvais souvenir de ce conseil de famille où elle a été ridiculisée. Mais l'aide de Madeleine est limitée. Marthe puis Sabine trouvent bien un poste chez Cicéro, le cabinet d'architectes co-fondé par leur père, mais la menue monnaie apportée toutes les semaines par Madeleine reste anecdotique.
    
   La vie commune des trois sœurs est pourtant loin d'être un long fleuve tranquille. Marthe, atteinte de tuberculose, sera contrainte de vivre quelques mois au sanatorium. Sabine et Judith doivent alors subvenir à leurs besoins, puisque Marthe était la seule à apporter de l'argent. Puis Sabine ira vivre un Allemagne, pour suivre un homme qu'elle a rencontré dans le cadre de son métier. Enfin, Judith, qui n'a jamais été à l'école et s'est instruite dans les essais d'architecture utopique de la bibliothèque de son père, deviendra visiteuse de prison et fera une rencontre qui va bouleverser sa vie. Et bien entendu, les événements qui surviennent à l'une d'entre elles auront des conséquences sur la vie des autres.
    
   Leur osmose n'empêche pas ses femmes d'avoir leur vie propre. Chacune aura une histoire avec un homme, qui ne mettra jamais en danger leurs relations. Même le départ de Sabine pour Berlin, au moment de la construction du Mur, n'aura que peu d'impact sur leur vie commune. Ce qui les tient, ce sont leurs échanges, leurs expériences communes, comme ces ballades dans la voiture de leur père sur les Champs-Elysées, Le grand moment reste ce périple en voiture de Paris à Berlin, avec traversée des zones occupées dans l'Allemagne d'après-guerre.
    
   François Vallejo se consacre ici à un type de narration qu'il n'avait que peu abordé jusque-là: la destinée d'une famille sur plusieurs décennies. Car l'air de rien, les trois héroïnes vieillissent au fil des pages. Le lecteur les suit, et se prend d'amitié pour ces femmes, de la sérieuse Sabine à la révoltée Judith. Pas de grand recours aux événements historiques comme auparavant (si ce n'est la référence à plusieurs endroits au Mur de Berlin), mais un focus sur ces personnages qu'on ne quitte jamais. Une descente au niveau de la fratrie qui fait de ce roman une belle réussite, littéraire et narrative.

critique par Yohan




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