Lecture / Ecriture
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Missak de Didier Daeninckx

Didier Daeninckx
  En marge
  Le der des ders
  La mort n'oublie personne
  Le Poulpe : Éthique en toc
  Le facteur fatal
  Play-back
  Dès 10 ans: Il faut désobéir : La France sous Vichy
  Dès 10 ans: Un violon dans la nuit
  Passages d'enfer
  La route du Rom
  Lumière noire
  Mort au premier tour
  Cannibale
  Camarades de classe
  Itinéraire d’un salaud ordinaire
  Métropolice
  Nazis dans le métro
  Missak
  Histoire et faux-semblants
  Meurtres pour mémoire
  Galadio
  D comme: Le der des ders
  Le dernier guérillero
  Rue des degrés
  Caché dans la Maison des Fous

Didier Daeninckx est né en 1949.
Avant d’être écrivain, il fut imprimeur, animateur, journaliste local..
Son premier livre fut «Meurtres pour mémoire», dans la Série Noire Gallimard en 1984.
Son œuvre de romans populaires ou policiers (Il a plusieurs fois participé aux aventures du Poulpe) s’accompagne d’une critique sociale, historique et politique. Elle a déjà été récompensée par plusieurs prix.

Missak - Didier Daeninckx

Tout en bas de l'affiche
Note :

   - En janvier 1955, alors que l'on s'apprête à rebaptiser une impasse parisienne "Rue du Groupe Manouchian", le quotidien "l'Humanité", relayant le souhait de Jacques Duclos, charge Louis Dragère, un jeune journaliste, d'enquêter secrètement sur ce héros de la Résistance dont la chute a donné lieu à des "rumeurs": l'homme correspond-il bien à sa légende? On apprécie une nouvelle fois l'effort documentaire de Daeninckx pour élaborer son roman historique. Lisant nombre d'articles et documents, Dragère découvre la dernière lettre de Manouchian à son épouse Mélinée: de nombreux points de suspension lui font soupçonner des passages censurés... Il multiplie les interviews de personnes ayant connu l'Arménien, note des réticences chez certaines, repère des contradictions. Perdu et gagné par le doute, Dragère se voit acculé devant un interlocuteur aussi charismatique que Charles Tillon: c'est Odette, sa compagne, qui le tire de ce mauvais pas! Dès lors, l'intensité dramatique croît, le lecteur est subjugué et la quête du journaliste tourne à l'enquête policière...
   
   - L'enquête que conduit le héros de Didier Daeninckx se développe dans plusieurs directions: la famille Manouchian, les Arméniens de Paris, les résistants communistes et les policiers qui ont pourchassé ces résistants. Ces Arméniens sont venus de Turquie comme survivants du génocide de 1915, tel Missak Manouchian, plutôt que de la République d'Arménie comme son homonyme Manoukian (alias d'Arben Dav'tian) un opposant à Staline venu d'Erevan. Surtout Daeninckx retrace la trajectoire personnelle de Missak Manouchian depuis qu'en 1925 il a quitté la Syrie pour la France avec son frère. Un temps ouvrier à l'usine Citroën du quai de Javel, Missak se consacre dans les années 1930 à la culture arménienne et à la poésie. Il devient aussi un militant communiste en 1935, puis un membre et un dirigeant des FTP-MOI en 1943.
   
   Découvrant la version complète de la dernière lettre de Manouchian avant d'être fusillé, Dragère lit qu'il pardonnait à tous, «sauf à celui qui nous a trahis pour racheter sa peau et ceux qui nous ont vendus». L'enquête de Louis Dragère butte alors sur un climat de soupçon alimenté par les divisions entre communistes. D'un côté ceux qui suivent la direction du PCF et de l'autre les exclus, trotskystes ou autres, tel Charles Tillon purgé du parti en 1952 bien qu'il ait été le fondateur et le chef des FTP. Au bout du compte Dragère va découvrir non pas un traître mais deux: Katia, une jeune fille dans l'entourage des résistants juifs dirigés par Henri Krasucki, et Davidovitch dans celui de Missak Manouchian.
   
   Outre les deux Arméniens et trois Français, le groupe Manouchian comprend des militants antifascistes venus de plusieurs horizons: des communistes juifs venus de divers pays, et des anciens des Brigades internationales de la guerre d'Espagne. Ce groupe de résistants est arrêté en novembre 1943, en région parisienne, par les Brigades spéciales des Renseignements Généraux. Vingt-deux de ces vingt-trois résistants sont fusillés le 21 février 1944 au Mont-Valérien ce qui explique que, symboliquement, Daeninckx date du 21 février (2009) la fin de la rédaction de son livre. Sorti la même année, le film de Robert Guédiguian, "L'Armée du crime", est bien moins précis sur le contexte historique de 1943 et sur l'action de ces résistants.
   
   
   - La nostalgie du Paris perdu équilibre l'évocation historique précise et circonstanciée. Si Daeninckx sait l'art de captiver en complexifiant l'intrigue, – par l'activité politique de leurs mères, Odette et Louis se découvrent impliqués dans les agissements du parti –, il sait aussi susciter l'intérêt en faisant revivre le Paris des années 50 qu'arpente le journaliste: les petits bistrots où l'on savoure de la cuisine populaire, les sinistres quartiers d'usines, le canal Saint-Denis, les stocks de charbon... Les 4CV croisent les tractions et la crue de la Seine menace le Zouave comme en 1924... Charles Aznavour débute au Moulin Rouge, Marlon Brando fascine déjà les jeunes filles... Mais les turpitudes politiques ne font pas oublier les poèmes de Manouchian, ni l'hommage d'Aragon à ce groupe de combattants:
   
   "Combien cela fait-il déjà Déjà onze ans
    Vous vous étiez servi simplement de vos armes
    La mort n'éblouit pas les yeux des partisans".

   
   Une des meilleures lectures sur la mémoire de la Résistance à Paris et un travail fondé sur les plus récents travaux des historiens.

critique par Mapero




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