Lecture / Ecriture
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Rosée de feu de Xavier Mauméjean

Xavier Mauméjean
  Lilliputia
  Le cycle de Kraven
  Rosée de feu

Xavier Mauméjean est un écrivain français né en 1963.

Rosée de feu - Xavier Mauméjean

Kamikaze 神風,
Note :

   1944. Le Japon met en ouvre la stratégie de la dernière chance, celle des attaques suicides défendue par le capitaine Obayashi. Tatsuo Hanada, lui, escorte les pilotes volontaires. Son petit frère, Hideo, vit le quotidien des civils en temps de guerre.
   
   "Rosée de feu" est un roman pour le moins étonnant, un de ces drôles de mélanges dont Xavier Mauméjean est coutumier. C'est un roman historique, sans aucun conteste, au regard de la réalité des événements rapportés, mais un roman historique porté par des dragons qui n'ont rien en commun ou presque avec leurs frères de fantasy et porté par une écriture sèche, presque clinique qui écarte soigneusement toute sensationnalisme. Je l'avoue, au départ, cette sobriété m'a un peu refroidie. Puis j'ai été gagnée par le cheminement vers l'inéluctable, la tension qui empreint le récit. La postface qui permet de mieux appréhender la construction du récit et l'alternance des voix, hommage à un art japonais et aux éléments de la pensée chinoise m'a permis, après coup, d'avoir un éclairage différent sur ce que je venais de lire, de l'ancrer un peu plus dans "l'esprit" japonais.
   
   Trois personnages principaux, trois points de vues permettent de découvrir le Japon en guerre: celui d'un enfant de six ans dont l'innocence ne résiste pas à la découverte de la réalité des adultes, celui d'un jeune homme de vingt ans usé par les combats, celui d'un gradé prêt à tout pour que l'espoir du Japon ne meure pas. Importance de la tradition martiale, place de l'empereur, affrontements politiques et stratégiques, endoctrinement, propagande, nationalisme, patriotisme, le tableau est complet et fin, ne jugeant à aucun moment mais exposant des fait affrontés à une culture et une société accrochée à ses traditions, donnant par là des éléments de compréhension de l'attitude du peuple japonais pendant la guerre. Ce que j'ai trouvé fascinant, c'est d'aborder la guerre du "mauvais côté". On dépasse les témoignages de guerres, le plus souvent ceux des vainqueurs, l'imagerie de guerre comme celle portée par des romans, des films, ou des bandes dessinées comme Buck Danny pour aborder la guerre côté japonais, la complexité des derniers mois du conflit et du phénomène des kamikazes bien moins simple que ce qu'on a pu en imaginer.
   
   La sobriété du ton rend d'autant plus terrible l'horreur de la guerre. Nul besoin d'en rajouter, les chiffres parlent d'eux-mêmes, la description des dégâts aussi, des résultats des frappes du Shimbu sur les navires américains à la prise de Nankin en passant par la destruction de Tokyo et les batailles terrestres. Quand à l'impact des citations d'époque, il en est renforcé. Le plus déstabilisant, ceci dit est le mélange des faits et de ces dragons qui induisent une sorte de distorsion. On est dans le réel, le vrai (dans la mesure ou l'histoire est "vraie", mais je ne vais pas me lancer dans une longue digression sur la vérité et la fiabilité en histoire, quoi que, ça aurait sans doute été moins long que cette parenthèse que, rassurez-vous, je vais refermer), mais pas tout à fait. Les chasseurs, avions de reconnaissance et autres bombardiers sont remplacés par des dragons qui ont des caractéristiques "techniques", un personnel attaché à leur entretien, un peu comme des machines, mais organiques, un peu comme les chevaux et autres animaux utilisés pendant les guerres jusqu'en 1918. Ce sont des animaux, présents dans les plus anciennes légendes, mais des animaux qu'on élève et avec lesquels les pilotes ont des relations qui ressemblent un peu à celle qu'un cavalier pourrait avoir avec un cheval.
   
   Je m'arrête là. Vous aurez compris que je conseille chaudement: aux amateurs d'histoire, à ceux de science-fiction et à tous ceux qui aiment qu'on les secoue.
   
   
    Rentrée littéraire 2010

critique par Chiffonnette




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