Lecture / Ecriture
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Le Monde d’hier de Stefan Zweig

Stefan Zweig
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  Balzac - Le roman de sa vie
  Romain Rolland / Stefan Zweig : Correspondance 1910-1919

Stefan Zweig est un écrivain, dramaturge, journaliste et biographe autrichien né en 1881 à Vienne en Autriche-Hongrie, il s'est suicidé avec son épouse en 1942, au Brésil.

Le Monde d’hier - Stefan Zweig

Les mémoires d'un honnête homme
Note :

   "Je n’ai jamais attribué tant d’importance à ma personne que j’eusse éprouvé la tentation de raconter à d’autres les petites histoires de ma vie." (p. 7) Dès la toute première phrase, le ton est donné: au moment où il entreprend d'écrire ses mémoires, dans son exil brésilien, Stefan Zweig n'a aucunement l'intention de s'étendre longuement sur sa personne. Non, s'il écrit ses mémoires c'est avant tout pour parler du monde où il vivait, un monde qu'il vit s'effondrer par deux fois, au cours de deux guerres mondiales, pour en fin de compte ne pas se trouver capable de survivre à son deuxième effondrement...
   
   Autobiographie dont l'auteur ne parle que très peu de lui-même, "Le Monde d'hier" se singularise davantage encore par une approche alternant de longs passages d'exposition - si généraux qu'ils en confinent à l'abstraction, bizarrement dépourvus de vie et de pouvoir d'évocation, à l'inverse de ce que l'on aurait pu attendre sous la plume d'un romancier de la trempe de Stefan Zweig -, et d'autres passages bien plus anecdotiques. C'est que Stefan Zweig cherchait dans ce livre, avant tout et de son propre aveu, à recréer "l'atmosphère morale" de son époque et que "l’expérience a montré qu’il est mille fois plus facile de reconstituer les faits d’une époque que son atmosphère morale; celle-ci ne se manifeste pas dans les événements officiels, mais bien plutôt dans de petits épisodes personnels tels ceux que je voudrais rapporter ici." (p. 245)
   
   Anecdotiques, les nombreux comptes-rendus des rencontres de Stefan Zweig avec d'autres personnalités de son temps - qu'elles soient littéraires (Hugo von Hofmannsthal, l'autre jeune prodige des lettres allemandes de la fin du XIXème siècle, Emile Verhaeren, Romain Rolland, Maxime Gorki...), artistiques (James Ensor, Richard Strauss...) ou politiques (Walther Rathenau, ministre des affaires étrangères de la république de Weimar, mort assassiné en 1922) – le sont peut-être. Mais les portraits souvent nuancés et sensibles que Stefan Zweig dresse de ses contemporains n'en contribuent pas moins au charme et à l'intérêt de ces mémoires, tel celui-ci, de James Joyce: "Il donnait toujours l’impression d’une force obscure et ramassée sur elle-même, et quand je le voyais dans la rue, serrant fortement ses lèvres minces et marchant toujours d’un pas rapide, comme s’il avait un but bien déterminé, je sentais mieux encore qu’au cours de nos conversations l’attitude de défense, l’isolement intérieur de sa nature. Et je ne fus nullement étonné, plus tard, que ce fût lui justement qui eût écrit l’œuvre la plus solitaire, la plus impossible à rattacher à quoi que ce fût d’autre, tombée comme un météore au milieu de notre temps." (p. 325)
   
   Anecdotiques, les chapitres traitant de la première guerre mondiale et de ses conséquences ne le sont certainement pas, tant le séisme de cette première guerre eut une influence profonde sur la suite de l'œuvre de Zweig, en l'amenant à délaisser les expérimentations esthétisantes de sa jeunesse pour se muer en un écrivain pleinement engagé dans son époque: "Je le sais aujourd’hui: sans tout ce que j’ai souffert pendant la guerre, en sympathie avec les victimes, avec la prescience de ses lendemains, je serais resté l’écrivain que j’étais avant la guerre, «agréablement animé», comme on dit en musique, mais je n’aurais jamais été saisi, pris, atteint jusqu’aux plus intimes entrailles. J’avais pour la première fois le sentiment de parler au même titre pour moi-même et pour mon temps. En m’efforçant d’aider les autres, je me suis alors aidé moi-même: je me suis disposé à écrire mon œuvre la plus personnelle (…)" (pp. 299-300). Et anecdotiques, ces chapitres le sont d'autant moins que Stefan Zweig s'y efforce, tant bien que mal et avec les moyens du bord, de reconstituer les états d'esprit qui prévalurent alors en Autriche et en Allemagne, et de comprendre l'enchaînement des faits qui permirent à Hitler de s'emparer du pouvoir tout en recherchant les racines du mal bien en amont des faits...
   
   L'on pourrait continuer longtemps à tenter d'établir la liste des points forts et des points faibles de cet ouvrage, à s'enthousiasmer pour son tableau de la vie culturelle européenne du début du XXème siècle, ou à s'offusquer de l'excès d'optimisme – d'aucun parlerait peut-être de naïveté – dont son auteur a pu faire preuve à certains moments: "Car toujours, aux heures de danger, la volonté d’espérer encore devient immense." (p. 264) Mais tout cela n'est que peu de chose au regard de ceci: il n'y a que bien peu de livres dont on puisse dire, autant que du "Monde d'hier", qu'ils nous donnent le privilège de passer le temps de leur lecture en compagnie d'un honnête homme, au sens le plus plein du terme.
   
   
   Extrait:
   
   "Mais voici qu’au bout d’une semaine environ commença dans les journaux tout un jeu d’escarmouches, dont le crescendo était trop bien synchronisé pour qu’il pût être tout à fait accidentel. On accusait le gouvernement serbe d’intelligence avec les assassins, et l’on insinuait à demi-mot que l’Autriche ne pouvait laisser impuni ce meurtre de l’héritier du trône – qu’on disait bien-aimé. On ne pouvait se défendre de l’impression que quelque action se préparait avec l’aide de la presse, mais personne ne pensait à la guerre. Ni les banques, ni les maisons de commerce, ni les particuliers ne modifièrent leurs dispositions. En quoi nous regardaient ces perpétuelles chamailleries avec la Serbie qui, nous le savions bien, n’étaient nées que de certains traités de commerce relatifs à l’exportation des procs serbes? J’avais bouclé mes malles en vue de mon voyage en Belgique, où j’irais retrouver Verhaeren, mon travail était en bonne voie; qu’est-ce que cet archiduc mort, dans son sarcophage, avait à faire avec ma vie? L’été était beau comme jamais et promettait de devenir encore plus beau; tous, nous admirions le monde sans la moindre inquiétude. Je me souviens encore que je m’étais promené dans les vignes de Baden avec un ami, la veille de mon départ, et qu’un vieux vigneron nous avait dit: «Un été comme celui-ci, nous n’en avons pas eu depuis longtemps. Et si cela dure, nous aurons un vin comme jamais. Les gens se souviendront de cet été.»
   Mais il ne savait pas, ce vieillard en habit d’encaveur, à quel point ce qu’il disait était terriblement vrai." (pp. 259-260)

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critique par Fée Carabine




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L'Europe d'avant 1914
Note :

   Présentation de l'éditeur
   
   "Le monde d'hier, c'est la Vienne et l'Europe d'avant 1914, où Stefan Zweig a grandi et connu ses premiers succès d'écrivain, passionnément lu, écrit et voyagé, lié amitié avec Freud et Verhaeren, Rilke et Valéry... Un monde de stabilité où, malgré les tensions nationalistes, la liberté de l'esprit conservait toutes ses prérogatives.
   Livre nostalgique? Assurément. Car l'écrivain exilé qui rédige ces "souvenirs d'un Européen" a vu aussi, et nous raconte, le formidable gâchis de 1914, l'écroulement des trônes, le bouleversement des idées, puis l'écrasement d'une civilisation sous l'irrésistible poussée de l'hitlérisme."

   
   
   Commentaire

   
   C'est un commentaire de Yohan sur l'un de mes billets sur Zweig (je ne sais plus trop lequel) qui m'avait poussée à acheter ce livre. J'adore la plume de Stefan Zweig, je suis toujours emportée, parfois malgré moi. Et si j'ai passé de longs jours dans cette autobiographie, ce n'est nullement par ennui mais plutôt par surplus d'intérêt qui me poussait à aller fouiner à chaque deux pages sur un personnage ou un événement relaté par Zweig, qui réussit à nous rendre les premiers particulièrement vivants et les seconds particulièrement réels.
   
   Autobiographie de Zweig donc, mais surtout biographie d'une époque. Les événements relatés le concernent, bien entendu, mais ils sont présentés dans le but de nous faire comprendre, que dis-je, de nous faire vivre cette époque, en ces lieux, le temps d'un livre. Lorsqu'il écrit ce livre, à la fin de sa vie (rappelons qu'il s'est suicidé en 1942, au Brésil), Stefan Zweig voit son rêve de culture Européenne et d'union intellectuelle ravagé par Hitler et la seconde guerre mondiale et le regard qu'il jette sur le passé est certes nostalgique. Encore une fois, j'ai été emportée par sa plume. Emportée dans cette Vienne du début du 20e siècle, ville de culture et de musique. Le récit de la jeunesse de l'auteur est fabuleux et fait naître des images claires de l'ambiance qui régnait alors dans le cercle des intellectuels. Vienne est devant nous, belle et douce, et nous nous sentons à l'aise dans ces cafés à nous exalter avec ces jeunes amoureux des lettres. Puis vient la guerre, l'horreur, la désolation de l'après-guerre aussi. Et finalement, la montée du nazisme, l'Autriche aux mains des Allemands et l'exil.
   
   Chacune des époques est dépeinte du point de vue surtout des penseurs de l'époque. Zweig croit fermement en une unification de l'Europe par l'art et c'est cette quête qui nous est racontée. On ressent très intensément l'évolution des pensées, on sent les doutes et la peur s'insinuer. J'ai été transportée dans ces diverses époques. On y croise Rilke, Rolland, Freud... et de nombreux autres personnages du monde artistique et culturel de l'époque, certains presque oubliés. Plusieurs anecdotes, histoires de rencontres, histoires de voyages y sont relatées mais chacune d'elle apporte un peu à la vision de l'époque. J'ai été bouleversée par le destin de ces personnes, bouleversée aussi, sachant ce qui attendait Zweig quelques années plus tard.
   
   Il ne faut certes pas s'attendre à une histoire sur la vie personnelle de Zweig... on y effleure ses deux mariages, mais si peu. C'est plutôt l'évolution de sa pensée, de ses croyances. Sa découverte du monde et de l'Europe. C'est le genre d'ouvrage qui nous permet de comprendre certains aspects d'un temps révolu. J'ai maintenant le goût, non seulement de lire toutes les biographies et portraits écrits par Zweig (notamment celui de Dickens) mais aussi de découvrir davantage les écrivains de langue allemande de cette époque. Une lecture extrêmement enrichissante.
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critique par Karine




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Autobiographie
Note :

   Stefan ZWEIG s’est imposé comme le représentant incontournable de la vie littéraire viennoise de la première moitié du XXe siècle.
   
   Né en 1881, il s’est suicidé avec son épouse en février 1942 à Pétropolis au Brésil. Dans son autobiographie "le monde d’hier", il fait revivre les derniers feux de l’Empire austro-hongrois avant la première guerre mondiale, l’effervescence culturelle de la capitale, où aller au théâtre est plus important que toute autre activité. Né dans une famille juive aisée, Stefan Zweig n’a jamais eu à se préoccuper d’argent. Dès sa jeunesse, il parcourt l’Europe et le monde, Berlin, Bruxelles, Paris, l’Inde, les Etats-Unis, fréquente l’intelligentsia. Les rencontres avec Emile Verhaeren et Romain Rolland marqueront le jeune homme. La Première Guerre mondiale verra s’effondrer tout l’univers de cet Européen avant l’heure. Aux côtés de Romain Rolland ("Au-dessus de la mêlée"), d’Henri Barbusse ("Le feu"), il combattra ce suicide des peuples dans un article "A mes amis de l’étranger" et une pièce de théâtre "Jérémie". L’entre-deux-guerres sera le temps de l’écriture, nouvelles, essais, biographies, traductions. Dés 1934, il fuit le nazisme, pressentant la sauvagerie des années à venir, à travers l’autodafé de son œuvre. Installé en Angleterre jusqu’à la déclaration de guerre, il se verra contraint de s’exiler une dernière fois, devenu "ennemy alien", un étranger ennemi. Ce sera le Brésil et son suicide.
   
   Ecrivain prolifique, Stefan Zweig a laissé à la postérité, en dehors des nouvelles et romans, une œuvre imposante dans plusieurs domaines : l’Histoire, la Philosophie, la Psychanalyse.
   
   Trois volumes de la Pochothèque regroupent son œuvre :
   T 1 : Romans & nouvelles, T 2 : Romans, nouvelles & théâtre, T 3 : Essais
   Trois autres sa correspondance :
   T 1 : Correspondance 1897-1919, T 2 : 1920-1931, T 3 : Correspondance 1932-1942

critique par Michelle




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