Lecture / Ecriture
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Dans un état critique de Angelo Rinaldi

Angelo Rinaldi
  Dans un état critique

Dans un état critique - Angelo Rinaldi

J'adore qu'on me parle de livres
Note :

   Né en Corse en 1940, Angelo Rinaldi a travaillé successivement à L'Express, au Point et au Nouvel Observateur où il fut chroniqueur littéraire de 1998 à 2003. Il est ensuite devenu directeur littéraire du Figaro et responsable du Figaro littéraire jusqu'à sa mise à la retraite (avec quelques remous), en 2005.
   Mais la période qui nous intéresse est celle qu'il a passée au Nouvel Observateur puisque ce sont les chroniques publiées dans cet hebdomadaire qui sont ici réunies. C'était une période faste puisque 2001 le vit élu au 1er tour à l'Académie française.
   
   L'introduction choisit de vaguer sur l'évocation d'un Paris nocturne et des insomnies... cela donne un joli texte, mais qui m'a déçue: je ne suis pas Parisienne (ça me gêne♪ ça me gêne ♫), je n'ai pas d'insomnies, je vis dans un endroit où on n'a pas le silence que la nuit (ça s'appelle la campagne) et, lisant toute la journée, l'idée de lecture n'est pas pour moi liée à celle de nuit... si bien que ces deux trois pages d'introduction m'ont semblées... "exotiques". J'exagère, je me moque un peu je l'avoue, il ne faut pas m'en vouloir Angelo, mais sans blague, l'intro m'a laissé un poil de déception, je ne suis pas sensible à la mythologie moderne, j'aurais préféré en savoir plus sur les conditions d'écriture de ces chroniques ou de récolte du matériau. Mais qu'importe, je passai allégrement à la suite.
   
   Et la suite rattrapa tout de suite mon intérêt en commençant par un coup de chapeau au Marcel qui fut notre auteur du mois bien aimé... *
   
   La suite encore, ce sont 120 chroniques littéraires qui se gobent avec plaisir et le sourire aux lèvres.
   Rinaldi a une belle plume, très classique, comme l'est sa culture. Il manie l'humour avec adresse et n'hésite pas à attaquer quand il en a envie: "Entreprendre une réfutation serait aisé, mais elle nous maintiendrait dans le marécage où l'auteur s'enfonce." répond-il à Christiane Ockrent qui attaque Françoise Giroud. Ou encore (y a-t-il une malédiction des Christine?) "Mme Arnothy, parce que toute poésie lui est étrangère, ne donne jamais au lecteur l'impression d'avoir quitté Massy-Palaiseau. Elle décrirait une cérémonie du culte vaudou, on se croirait encore dans une pizzeria.". Chris pardon, Marc Levy ne l'enthousiasme pas non plus. "La niaiserie et la roublardise culminent dans une lettre que la mère du sauveur laisse à son fils avant de mourir. Si l'on a été soi-même un peu attaché à celle qui, quelquefois, est partie avant les autres sans nous abandonner complètement, on sera gêné par la prostitution d'un sentiment aussi fort."
   Mais je vous cite là quelques piques, n'allez pas vous imaginer qu'Angelo Rinaldi ait la dent particulièrement dure. Je n'ai pas trouvé pour ma part. On lit bien pire sur le Web. Non, il dit les choses, c'est tout; ni trop, ni trop peu.
   
   Mais il a vraiment le sens de la formule! Je reprends: Parlant de Flaubert:"On le suit à Bordeaux, à Marseille, en Corse, à Quimper et, bien entendu, dans le remue-ménage et méninges de sa longue expédition en Égypte, d'où il reviendra en passant par la Palestine, l'Asie Mineure, la Grèce et l'Italie. Après tant de tribulations et quelques accidents vénériens qui ne seront pas sans conséquences pour la suite, comment ne pas écrire "Madame Bovary", le roman du confinement provincial?"
   
   Je vous dirais encore qu' Angelo Rinaldi aime placer les évènements dans leur contexte sexuel et il est presque rare que, lisant le commentaire d'un livre, on n'apprenne pas avec qui couche ou a couché l'auteur. Ce sont là commérages que notre Académicien apprécie et dont il n'est pas avare. On s'en fiche un peu, mais c'est amusant aussi, alors... et puis quand même, c'est instructif.
   
   Mais je vous connais, vous allez faire comme moi et vous demander "Pourquoi attendre 2010 pour publier ces chroniques qui ont maintenant entre 7 et 12 ans?" L'inconvénient saute aux yeux: certaines se sont défraîchies, ont perdu de leur piquant. C'était à prévoir. Il faudrait songer fortement à ne pas tant tarder avant d'en publier de plus récentes. Cependant nous trouvons ici parmi les auteurs examinés des intemporels complets ou relatifs aussi bien que des modernes et nous nous régalons des commérages de l'auteur aussi bien que de ses vues plus hautes et ambitieuses. Et pour ma part, j'aime aussi ces préoccupations de justicier qu'il a...
   On n'est pas toujours d'accord, mais le plus souvent quand même et c'est à cela que servent les discussions, non? Et il m'a donné envie de relire Cocteau parce qu' "Il ne donnait rien qui ne lui fit un ingrat. Et il donnait tout." Joli.
   
   Si l'auteur nous lit un jour, il sera content de voir que Marguerite Audoux, Fritz Zorn, Elizabeth Taylor, Nuala O'Faolain et Jane Rhys qu'il apprécie ont déjà trouvé à se loger dans nos pages où ils n'ont pas été trop maltraités. Peut-être également sourira-t-il de quelques uns de nos «dégommages» comme nous sourions des siens.
   
   
   A noter: une étonnante table des matières où le n° de page indiqué pour chaque chronique tombe à la fin, en plein milieu ou (surprise!) au début de l'article. L'édition a des raisons que la raison ignore...
   
   
    Rentrée littéraire 2010

critique par Sibylline




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