Lecture / Ecriture
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Lune de loups de Julio Llamazares

Julio Llamazares
  Lune de loups
  La pluie jaune

Julio Alonso Llamazares est un écrivain et journaliste espagnol, né en 1955.

Lune de loups - Julio Llamazares

Beau premier roman
Note :

   Ce premier roman de Julio LLamazares, auteur et journaliste madrilène, nous plonge au cœur de la résistance qu'opposa vainement la jeunesse ibérique face au franquisme.
   
   Quatre jeunes villageois décident de prendre le maquis et de procéder par raids désespérés pour libérer leur village du joug militaire fasciste. Comment se battre efficacement quand on est en nombre inférieur? Comment survivre quand tout ravitaillement est impossible? Comment remercier celles et ceux qui acceptent de vous aider? Comment trouver l'énergie de poursuivre quand tous autour de vous tombent? Comment rire quand l'humour et l'amitié sont vos seuls recours?
   
   Un livre aux scènes hallucinantes mais aussi empreintes parfois d'une magnifique poésie. Vous serez marqué par la détermination dont fait preuve le jeune héros pour visiter son père qui vient de décéder, au nez et à la barbe de la garde civile.
   
   Vous lirez hébétés le passage de la prise de la grange et la façon dont les deux amants décideront de leur sort. Vous rêverez à la contemplation de la scène du fauchage au clair de lune en contrepartie d'une assistance apportée.
   
   Vous vous terrerez dans l'anfractuosité lorsque les balles siffleront.
   
   Vous souffrirez lors des longues marches pour sauver votre peau.
   
   Un beau roman, reposant sur des scènes réelles et historiques, passionnées et passionnantes, qui vous permettra de mieux comprendre ces quatre années martyr et qui ont fait de l'ordre de quatre cent mille victimes civiles. Un court récit que vous dévorerez d'une traite en une heure environ.
   
   A lire au plus vite!
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critique par Cetalir




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Le maquis, quand il dure
Note :

   Pour se remettre en mémoire le putsch raté de février 81 et revenir à cette terrible guerre d'Espagne...
   
   J’aime remonter dans mes souvenirs lorsque je lis, en ouvrant "Lune de loups" je me suis demandée quel a été le premier livre que j’ai lu sur la Guerre d’Espagne. Ce fut un roman de Michel del Castillo "Tanguy" vers 12/13 ans puis beaucoup plus tard vint Malraux (que je n’aime pas du tout, voilà c’est dit) puis bien sûr "Hommage à la Catalogne" d’Orwell
   Le sujet est toujours d’un grand intérêt pour moi et j’ai poursuivi mes lectures au fil du temps avec  Laurie Lee
   
   Ils sont quatre frères de combat en 1937, la guerre est presque perdue pour les républicains, ils ont pris le maquis dans la cordillère Cantabrique. Ils se sont réfugiés dans la montagne où ils savent pouvoir trouver nourriture, appuis, et échapper aux franquistes qui n’osent pas s’aventurer aussi loin, aussi haut.
   Ils veulent encore combattre à leur façon, Ramiro et son jeune frère Juan, Gildo et Angel le narrateur, ils reviennent chez eux, sur leurs terres, là où ils connaissent les sentiers, les fermes, les granges, les caches possibles.
   Il faut inverser les habitudes "Le jour nous dormîmes cachés dans les fourrés. Et au crépuscule, lorsque les ombres commencèrent à s’étendre sur le ciel, affamés et fourbus, nous reprîmes la route."
   Les grottes, les vieilles mines vont leur servir d’abris, ils échappent aux embuscades tendues dans les villages.
   Ils sont devenus invisibles même pour leurs familles qui en subissent les conséquences. Tout est dur, trouver de la nourriture, de l’argent, des armes, petit à petit les villages ferment leurs portes. La peur s’est insinuée partout "terrorisés, partagés entre la compassion qui les incite à nous venir en aide et la peur, chaque jour plus grande, des représailles."
   La lutte se poursuit de saison en saison, d’année en année. Ils utilisent les éléments pour se soustraire à leurs poursuivants "le brouillard nous ensevelit dans un blanc mugissement"
   Qui pourrait résister à six hivers dans le froid, aux alertes au moindre bruit suspect, à l’humidité des caches "La grotte, malgré les plaques de tôles que nous avons apportées de la vieille baraque pour en tapisser la voûte et les parois, est humide et glacée."
   1937, 1939, 1943 : Combien de temps les hommes peuvent-ils tenir?
   Ne plus faire partie de la communauté est insupportable, les frères et sœurs se marient, des enfants naissent, des parents meurent, il faut être toujours loin, toujours invisibles.
   
   Julio Llamazares réussit un récit où l’amitié, les convictions, le désespoir, la solitude, se donnent la main. Le récit est sombre, dense, d’une grande simplicité, les mots sont rugueux, ils ont le parfum du maquis.
   Certaines scènes vous resteront en mémoire longtemps.
   
   Faites une place à ce livre dans votre bibliothèque!
    ↓

critique par Dominique




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Guerre civile
Note :

   "Quatre jeunes gens traqués par la haine fratricide tâchent de survivre dans la montagne, cachés dans les cavernes et les bois. La guerre civile passe au fond de ce récit avec sa cohorte de détresse, de violence et de mort. Mais au fond seulement. L’histoire de ces hommes, de ces animaux nocturnes et solitaires, est plutôt celle d’un mauvais rêve, celle d’un voyage intérieur vers les sources mêmes du lyrisme et de la transfiguration poétique du réel. Loin de nous enfermer dans la nuit sans issue d’un maquis condamné, le récit ouvre sur un autre monde, moins visible et plus incarné à la fois, plus élémentaire et plus dense." (Quatrième de couverture)
   

   Depuis toujours, me semble-il, je me suis intéressée à la guerre civile espagnole. Mon premier film sur ce sujet, quand j’étais enfant, a été Pour qui sonne le glas et j’ai, par la suite, lu le beau roman d’Ernest Hemingway. Il y eut aussi Tanguy de Michel del Castillo et puis Javier Cercas et les soldats de Salamine et actuellement Le Monarque des ombres, et Le crayon du charpentier de Manuel Rivas, Pas pleurer de Lydie Salvayre et maintenant Lune de loups de Julio Llamazares. Tous de très beaux livres que j'ai beaucoup aimés ! Et toujours la même émotion vis à vis de cette terrible histoire de meurtres et de sang qui divise un peuple, toujours le même sentiment de solidarité envers les Républicains. Pourquoi ce sentiment si fort, naissant de ce moment si complexe de l’Histoire d’Espagne? Peut-être est-ce parce que ceux qui représentaient la liberté ont été vaincus et que leur peine ne s’est pas arrêtée à la fin de la guerre mais a perduré : des années de franquisme, des années de dictature, de privation de liberté, de domination des valeurs fascistes sous la férule d’une église hypocrite et puritaine, mise au service du pouvoir et des riches, des années d’exil, de délation et de mort. Peut-être aussi parce que la guerre d’Espagne nous fait comprendre combien la démocratie est faible et combien il est difficile de la défendre.
   Mais revenons au livre de Julio Llamazares.
   
   Lune de loups raconte l’histoire de quatre jeunes républicains, réfugiés dans les montagnes de Cantabrique, poursuivis par les fascistes qui les traquent jusque dans leurs ultimes refuges, dans les grottes où ils se réfugient, les cabanes de berger abandonnées, dans les maisons du village qui entrouvrent (rarement) leur porte pour leur donner une aide. La délation règne, les familles des maquisards subissent de dures représailles. La justice est expéditive, un coup de mitraillette règle tout, pas besoin de jugement !
   Le narrateur est Angel, l’instituteur, et ses compagnons d’infortune sont Ramiro, Juan et son jeune frère Gildo.
   Le roman est assez différent de ceux que j’ai lus jusqu’à maintenant. Il s’attarde moins à l’Histoire elle-même et parle plus largement des conditions de vie des quatre jeunes gens, réduits à l’état de bêtes, de leurs souffrances morales et physiques dans une nature belle mais hostile à l’homme.
   "La nuit a éclaté comme un baril de poudre. Elle s’est changée en un tourbillon dévastateur et glacial. La neige, le vent, le crépitement des armes, les cris des gardes civils se fondent sous le manteau de la nuit pour dessiner une estampe floue et incompréhensible."
   

   Le récit pourrait se dérouler n’importe où, dans un noman’s land de forêts, de neige et de froid, lors d’une errance qui déshumanise et préfigure l’antichambre de la mort, la porte des Enfers.
   "Une lumière grise, de lune très lointaine – "Regarde, Ángel, regarde la lune : c’est le soleil des morts" – éclaire légèrement la ligne des montagnes et le frisson ému des arbres."
   

    Et cette errance va durer environ dix ans. En effet, le récit commence en 1937 et se termine en 1946.
   
   C’est avec poésie et émotion que Julio Llamazares décrit les affres de la solitude, l’aliénation de l’homme privé de sa famille, de ses semblables, la souffrance qui érode, qui sape chaque jour d’avantage ce qui le fait humain.
   "Cet homme à qui le miroir de la pluie, dans la montagne, rend cependant la mémoire de ce qu’il a toujours été : un être pourchassé et solitaire. Un homme traqué par la peur et par la vengeance, par la faim et par le froid. Un homme à qui l’on refuse même le droit d’enterrer le souvenir des siens."
   

   Le style imagé et lyrique donne un ton particulier au récit, entre rêve et réalisme, et la lune brille sans cesse dans la nuit de ces hommes sur laquelle pèse la menace de la Mort, omniprésente. Celle-ci s’incarne parfois comme dans ce passage où Angel prend la faux, dissimulé par l’obscurité, dans le pré de son père :
   "Toute la nuit millénaire de l’herbe et du fer, le zigzag vert et noir de la mort devant mes pieds et l’éclat solitaire de la lune d’Illarga. Toute la nuit, incliné sur le pré, la faux dans les mains et la mitraillette en bandoulière, afin que ma famille le trouve fauché quand le jour se lèvera."
   

   La lune de loups, la lune des bêtes sauvages, rendues féroces comme eux par les mauvais traitements et qui sont, comme eux, solitaires et pourchassées.
   "Dans ces contrées, ils chassent encore les loups comme des hommes primitifs en les encerclant. (…) Ils le prennent vivant et, durant plusieurs jours le promènent à travers les villages afin que les gens puissent l’insulter et lui cracher dessus avant de le mettre à mort."
   

   Un beau livre qui éclaire d’une manière émouvante, brillante et poétique, un moment de la guerre civile espagnole.

critique par Claudialucia




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