Lecture / Ecriture
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Karl et Lola de Caroline Lamarche

Caroline Lamarche
  Lettres du pays froid
  Karl et Lola

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Karl et Lola - Caroline Lamarche

Transgressif
Note :

   Karl et Lola sont frère et sœur, nés à deux ans d'intervalle dans une grande ville autrefois industrielle – ville jamais nommée, mais qui ressemble curieusement à Liège, son fleuve, ses usines sidérurgiques et jusqu'à son magasin Ikea. L'industrie lourde y cède petit à petit la place à d'autres activités - "Le destin de cette région se précipite comme un orage au bord de l'horizon, tout le paysage est en train de basculer. Là où, autrefois, des usines tournaient à plein régime, on a édifié en quelques mois Belle-Onde, un centre commercial. De quoi passer une après-midi entière dans un lieu devenu propre et sûr." (pp. 44-45) – offrant au roman de Caroline Lamarche un cadre de plus en plus aseptisé, stérile dans tous les sens du mot, où la relation fusionnelle et sado-masochiste qu'entretiennent Karl et Lola n'apparaît par contraste que plus transgressive: enfants déjà, il adore la gifler, elle adore qu'il la gifle et ce n'est là que le début de leur étrange histoire ...
   
   On ne peut qu'admirer l'art consommé avec lequel Caroline Lamarche a conçu son livre, en jouant d'une série de motifs pour lui conférer une subtile architecture quasiment musicale. Mais si la sécheresse clinique de son écriture a l'immense mérite d'éviter que le récit ne se trouve entache de la plus petite trace d'un voyeurisme complaisant et malsain, elle en exclut aussi toute trace d'émotion. En dépit de ses incontestables qualités littéraires, "Karl et Lola" est donc de ces livres qui se lisent avec un intérêt tout cérébral et intellectuel, mais qu'on ne peut, me semble-t-il, en aucun cas aimer. Et s'il n'était pas si court, sans doute faudrait-il même que son lecteur soit un tantinet masochiste pour le lire jusqu'au bout...
   
   
   Extrait:
   
   "Lola est née deux ans après Karl et il n'a pas tenté de l'étouffer comme on l'a prétendu. Il a simplement laissé tomber une serviette de bain sur son visage. Elle ne bougeait pas là-dessous, elle était comme un animal qu'on calme en l'aveuglant. L'erreur de Karl a été de proférer quelques mots supposés inconnus d'un enfant aimé de ses parents. Il répétait, semble-t-il, «Lola, je vais te tuer, je vais te tuer» en contemplant la serviette que n'agitait pas le moindre tremblement. Karl était persuadé que Lola, si petite qu'elle fût, avec sa tête comme un poing, le comprenait et qu'elle était contente, blottie dans cette pensée. Le jeu qu'il lui proposait était: «Je vais te tuer» et elle attendait, confiante, dans l'obscurité de l'étoffe jetée sur son visage." (p. 16)

critique par Fée Carabine




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