Lecture / Ecriture
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Du Sang sur les Lianes. Léopold II et son Congo de Daniel Vangroenweghe

Daniel Vangroenweghe
  Du Sang sur les Lianes. Léopold II et son Congo

Du Sang sur les Lianes. Léopold II et son Congo - Daniel Vangroenweghe

Le livre noir de Léopold II
Note :

   Ethnologue qui a travaillé aux alentours de 1975 dans la province de l'Équateur, Daniel Vangroenweghe s'est attaché à décrire le sort des Congolais qui habitaient dans cette même province au temps de l'Etat indépendant du Congo, créé par Léopold II lors de la conférence de Berlin de 1885, avec la complicité de Bismarck et de quelques autres dirigeants des puissances européennes. Comme la Belgique n'avait pas encore l'âme colonialiste et que la Grande-Bretagne n' avait pas manifesté d'intérêt particulier pour le bassin du fleuve Congo, le roi des Belges s'y tailla un royaume-bis et une colonie privée dont il fut jusqu'à sa mort en 1909, le souverain absolutiste…
   
   Les civils et militaires de l'État Indépendant du Congo, et les employés des sociétés concessionnaires comme l'ABIR dont les archives sont ici fortement sollicitées, ne reculèrent devant aucun crime pour exploiter la région. Il s'agissait d'en exploiter l'ivoire et surtout le caoutchouc. Celui-ci ne provient pas de l'hévéa mais des lianes du landolphia. Une fois séché, le latex perd la moitié de son poids. Il est expédié par pirogue pour rejoindre le fleuve Congo et est ensuite expédié vers les ports de l'estuaire, tels Matadi ou Boma d'où les cargos le transportent vers l'Europe et spécialement Liverpool. Les récoltes furent surtout importantes de 1895 à 1910. À cette date le Brésil fournit l'hévéa et les prix baissèrent. D'autre part, la ressource naturelle avait été largement épuisée malgré l'existence de plantations.
   
   Les indigènes furent contraints de récolter le latex dans des conditions inhumaines, avec de la part des autorités coloniales des exigences qui dépassaient l'entendement. En conséquence, les villageois ne parvenaient pas à fournir aux colonisateurs les quantités exigées. Des hommes comme Fiévée et Delvaux furent des criminels de guerre comparables à Goebbels. Les chefs de poste et leurs subordonnés se livraient à la violence (la chicotte), à des arrestations et des viols, à des prises d'otages et à des expéditions punitives pour forcer les indigènes à se plier à leurs exigences. Les exactions ainsi déclenchées tournèrent au génocide: de nombreux villages perdirent 80 % de leur population: massacrée ou en fuite, tandis que le cannibalisme régnait encore dans des conflits entre tribus. Les soldats — recrutés sur place — devaient justifier des cartouches utilisées: aussi avaient-ils tendance à couper les mains des villageois massacrés, à les fumer, et à les rapporter comme preuve à leurs chefs blancs. Certains amputés n'étaient d'ailleurs pas morts et furent photographiés. De plus, les villages de la région du caoutchouc devaient aussi subvenir aux besoins alimentaires des hommes de l'Etat indépendant et de leurs troupes, au risque d'être eux-mêmes acculés à la famine.
   
   Devant tant d'atrocités, ce sont les missionnaires britanniques, essentiellement protestants, qui entreprirent de dénoncer ces crimes aux autorités locales et étrangères. Ils furent soutenus par le consul de Grande-Bretagne à Boma, Roger Casement, qui réussit à susciter de vives réactions d'indignation à Londres en alertant la presse et le Parlement. Léopold II dut expédier au Congo une commission d'enquête. Des procès s'ouvrirent au Congo-même contre des criminels dont certains réussirent cependant à passer entre les mailles d'une justice qui d'ailleurs ne fut pas impartiale. Un journaliste installé en Afrique, E.D. Morel s'associa au combat du consul et ensemble ils réussirent à organiser une campagne internationale contre les agissements de Léopold II. Celui-ci ne put empêcher que sa Fondation et son Congo ne soient annexés par la Belgique en 1908. Quand la "menace" grandit il fit brûler beaucoup d'archives, avant de mourir en 1909, si bien qu'il n'est pas facile de savoir jusqu'à quel point il a dépouillé la colonie et même détourné des emprunts. De ces crimes léopoldiens, que reste-t-il aujourd'hui dans la mémoire des Congolais au bout d'un siècle? L'auteur, qui y a vécu, témoigne que la "guerre du Blanc" liée à l'exploitation du caoutchouc reste comme un traumatisme toujours vivant. Quant au consul Casement, il ne profita pas longtemps de son célèbre engagement humanitaire; en 1916, les Britanniques le pendirent: c'était un nationaliste irlandais.

critique par Mapero




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