Lecture / Ecriture
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La couleur du bon pain. de Gilbert Bordes

Gilbert Bordes
  Le voleur de bonbons
  Le porteur de destins
  La couleur du bon pain.
  Des enfants tombés du ciel
  Le silence de la mule
  Dernières nouvelles de la terre
  La nuit des hulottes
  Une vie d’eau et de vent
  La malédiction des louves
  Les secrets de la forêt
  La garçonne

Gilbert Bordes est un écrivain français né en 1948 à Tulle.

La couleur du bon pain. - Gilbert Bordes

De la difficulté d'être différent
Note :

   G. BORDES s'attaque là au thème du racisme. Du racisme en milieu rural, au centre de la France, près de Brive.
   
   Valentin, un grand-père paysan a un problème. Il se fait vieux. De ses 3 enfants, pas un ne prendra la relève puisque le garçon est devenu médecin-notable, une des filles a fait son trou ailleurs et sa troisième fille est quasiment reniée. Elle est partie jeune, elle a fauté, fait de la prison, coupé les ponts, et eu un enfant, Gregory, avec un Réunionnais un peu truand mais surtout, noir. Bref elle est reniée et à priori la page est tournée. Sauf que la vie étant ce qu'elle est ? Son père disparu à la Réunion, Grégory se retrouve orphelin suite à la mort prématurée de sa mère, la fille reniée. Et Grégory va arriver chez Valentin et Pierrette et ? Et c'est le départ de l'histoire!
   
   On imagine les variations possibles sur ce qui peut arriver à un jeune, déboussolé, plutôt coloré, qui débarque en France profonde, plutôt rejeté à priori.
   
   G. BORDES s'y attelle avec son savoir-faire. Ce n'est pas « sortez vos mouchoirs ». Ce n'est pas « les gentils-les méchants ». Il y aurait certainement eu moyen d'en faire autre chose. Le résultat est très honorable même si relativement prévisible.

critique par Tistou




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Terroir
Note :

   Oui, Grégory est noir, n’est pas Corrézien et il ne connaît rien à la campagne. Le vieux Valentin, qui a 70 ans, a travaillé toute sa vie pour sa terre, son domaine, et qui a le plus beau cheptel de la vallée ne peut se résigner à léguer le fruit de toute une vie de sacrifices à un étranger. Et même si cet étranger et une part de lui, car Grégory n’est autre que son petit-fils.
    Mais voilà, il a seize ans et il est noir, et s’il ne l’a même jamais vu, par ses origines ce ne peut être qu’un voyou. Après tout, il n’est que le fils de sa propre fille, celle par qui la honte est arrivée. Celle qui a fui le domaine familial, et qui a fini en prison pour des histoires de recel.
    Tout le village l’a su, et sa fierté a été mise à rude épreuve. Lui faire cela, à lui, Valentin, vieux paysan, travailleur et sans reproches. Avec le temps, les ragots ont cessé, les regards ne fuient plus à son approche.
   L’auteur traite ici d’un sujet délicat. Les préjugés qui se maintiennent souvent dans les coins de nos campagnes reculées où tout ce qui n’est pas habituel, commun, ce qui est rare, ce qui peut être choquant ou provocant fait peur. Tout ce que l’on ne connaît pas n’est pas le bienvenu et est perçu avec une grande méfiance. Où si l’on veut gagner la sympathie et l’estime des villageois les preuves sont à faires. L’étranger, s’il est accueilli avec un sourire souvent contenu, est vu très rapidement comme un intrus, sur qui la curiosité va s’abattre afin de pouvoir cerner celui qui ose venir troubler cette sérénité, cette paix établie par des années d’habitudes. Le racisme y est souvent plus significatif que dans les villes, car les populations étrangères sont très peu nombreuses, voire inexistantes… Et là encore la différence forcera la méfiance à s’établir, à redouter celui que l’on ne connaît pas, et surtout qu’on ne reconnaît pas, ni dans sa façon d’être ni de vivre…
    Mais le paradoxe veut que l’hospitalité soit aussi bien plus prononcée en campagne qu’en ville… Et bien souvent, une fois l’étranger accepté au sein de la « communauté », l’entraide devient alors très rapidement une règle d’or à laquelle aucun ne saurait se soustraire, tout le monde se connaissant, nul souvent ne saurait refuser un « p’tit coup de main » au voisin… Et c’est très bien ainsi…

critique par Patch




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