Lecture / Ecriture
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J comme: L’invitation de (Thierry Terrasson) Jim

(Thierry Terrasson) Jim
  J comme: Petites éclipses
  J comme: L’invitation

J comme: L’invitation - (Thierry Terrasson) Jim

Les adulescents
Note :

   Scénario de Jim
   Dessin et couleurs de Dominique Mermoux
   
   
   Quand le téléphone sonne à deux heures et demi du matin, on se dit que c’est pour une catastrophe. Pour le coup pas vraiment, si Léo appelle son pote Raphaël en plein milieu de la nuit, c’est parce qu’il est en rade avec sa vieille voiture à une heure de chez lui. Raphaël excédé lui donne plein de bons conseils et retourne se coucher, sauf que sa compagne Helen lui explique qu’il ne peut pas faire ça à un ami, il doit y aller. Le voilà donc parti à la rescousse de Léo, qui a en fait monté un canular nocturne à tous ses amis, histoire de les tester : il veut savoir lesquels sont prêts à se déplacer au milieu de la nuit pour l’aider. A l’arrivée, ils sont tous accueillis à bras ouverts avec du champagne. Tous oui, car ils sont tous venus, y compris Raphaël qui s’obstine à ne pas trouver ça drôle.
   
   Et pourtant, une semaine après, Raphaël reproduit la même blague en direction de ses propres amis: qui va se déplacer pour lui ? Eh bien pas grand monde, juste un pote qui repart furax, et Léo, qui n’a pas été convié mais apparait quand même. C’est l’occasion pour ces deux presque quarantenaires de s’interroger sur leur histoire et sur l’amitié en général.
   
   Après "Petites éclipses" qui m’avait déjà beaucoup plu, j’ai retrouvé Jim avec grand plaisir. Jim met en scène ses personnages, des adultes pas encore bien sortis de l’adolescence, dans des actes successifs, comme au théâtre. La blague à l’amitié, le champagne sous la lune, les souvenirs de jeunesse: tout ça a l’air bien léger, mais en fait, comme dans "Petites éclipse", Jim n’a rien de superficiel. Ce scénariste a un don pour interroger les rapports humains, pousser au bout de leur logique et de leurs conséquences des petites scènes de la vie quotidienne. Comme dans "Petites éclipses", c’est l’heure des bilans sur le mode lucide, malgré les mises en scène auxquelles on s’essaie encore pour faire passer la pilule, au cas où…
   
   Il y a quelque chose de presque tragique chez Léo et Raphaël. Tous deux ne se laissent pas aller à l’amitié. Ils se mesurent en comptant leurs amis et du coup, font le bilan de ce qu’ils sont: si on a plein d’amis sur lesquels on peut compter, c’est sûrement qu’on est quelqu’un de bien. Mais si personne ne vient, alors on est un pauvre type? L’aventure rend Raphaël profondément malheureux, pourtant, il a Helen près de lui alors que Léo fête son divorce. Pas si charismatique que ça en fait ce Léo…
   
   Je n’ai pas trouvé à "L’invitation" la force de "Petites éclipses", dont la clairvoyance et la finesse m’avaient beaucoup touchée. Mais le charme opère encore car j’aime ces bandes dessinées légères en apparence mais qui poussent à l’interrogation
   
   Le papier est assez épais (issu de forêts gérées de manière durable) et ne rend pas hommage à la belle maîtrise des couleurs nocturnes dont fait preuve Mermoux. Son graphisme est très agréable, les visages adulescents collent bien à l’histoire (ah, le tee shirt Ghostbusters!) et les pages sans dialogues ni bulles (neuf de suite pour ouvrir l’acte 4!) sont tout à fait bienvenues entre des dialogues souvent longs.

critique par Yspaddaden




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