Lecture / Ecriture
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Ubik de Philip K. Dick

Philip K. Dick
  Le crâne
  Ubik
  Le voyage gelé
  Minority report
  Substance Mort
  Petit déjeuner au crépuscule
  Le temps désarticulé
  L'homme dont toutes les dents étaient exactement semblables
  Le maître du Haut-Château

Philip Kindred Dick est un écrivain américain de Science Fiction, né en 1928 à Chicago et mort en 1982 en Californie.

Il a été lu dans le cadre des mois "L'Age d'or de la Science Fiction "

Il a inspiré le personnage principal de "L'univers de carton" de C. Miller.

La meilleure biographie de Philip K. Dick a été rédigée par Lawrence Sutin.

Ubik - Philip K. Dick

«Un jeu sardonique»
Note :

   Amateurs d'intrigues complexes à la clé impossible à deviner avant la dernière ligne, bonjour!
   "Ubik" va vous enchanter!
   
   Nous sommes en 1992, dans un futur pour l'auteur -qui écrit en 1966- qui est du passé pour nous qui le lisons aujourd'hui: tout le charme de la SF de l'Age d'or.
   Dans cette société, les états ont disparu laissant la place à de grands groupes financiers, susceptibles d'être en guerre entre eux. Nous entrons, avec Joe Chip, notre personnage principal dans le groupe de Glen Runciter qui loue les services de médiums disposant de différents pouvoirs qui permettent de neutraliser les télépathes et "précognitifs" du groupe adverse de Ray Hollis capables d'espionner les pensées et projets de qui ils veulent. Bien que le début nous le présente comme un personnage assez minable, Joe Chip est le bras droit de Glen Runciter. Je précise car j'ai moi-même été gênée de ne pas l'avoir saisi tout de suite.
   
   Glen Runciter est maintenant âgé mais il est toujours autant amoureux de son épouse Ella qui, morte très jeune, n'a plus vieilli et qu'il peut revoir de temps en temps dans le Moratorium. Car effet du progrès, l'on sait alors conserver les morts dans une "semi-vie" cryogénisée dont on peut les réveiller occasionnellement pour discuter avec eux. Ainsi, Ella et Glen dirigent toujours ensemble le groupe des anti psy. Glen venant consulter Ella à chaque période de doute ou de difficulté. C'est d'ailleurs la première scène du roman et nous constatons avec Glen que Ella s'affaiblit beaucoup (cette semi-vie n'est pas éternelle) et que leurs échanges sont maintenant parasités par un de ses voisins de cryogénisation, un ado insupportable qui s'ennuie dans sa semi-vie.
   Si Glen voulait consulter Ella aujourd'hui, c'est que la lutte contre le groupe de Hollis devient de plus en plus âpre et qu'il sent bien que celui-ci se prépare à frapper un grand coup, sans qu'il parvienne à deviner pour sa part de quel côté viendra l'attaque.
   
   Je ne vous en dis pas plus pour l'histoire, et ne croyez surtout pas qu'avec ce que vous venez de lire vous pouvez vous faire une idée de l'action car en fait le roman devient vraiment passionnant quand cette fameuse offensive est lancée et que nous assistons à son déploiement perpétuellement imprévu et qui abattant les remparts du possible, nous entrainera à la suite de Joe Chip dans les pires arcanes du paradoxe temporel, de la manipulation, mentale, de la schizophrénie et largement au delà des limites de la vie et de la mort.
   
   Une histoire compliquée pour lecteur au cerveau dégourdi, mais par là-même passionnante. On a qualifié ce roman de "roman métaphysique", non pas qu'une grande idée y soit amplement développée (comme dans "Dune" par exemple) mais parce qu'une cascade de rebondissements fait successivement exploser toutes les constructions logiques que Chip et le lecteur élaborent sans cesse (avec difficulté) pour tenter d'interpréter ce qui leur arrive. Et comme pièce constamment menacée sur le plateau d'un échiquier, nous varions constamment d'interprétation et de tactique pour atterrir sur une nouvelle case que nous serons bientôt à nouveau obligés d'abandonner.
   Et ce, jusqu'à la dernière ligne.
   
   Un petit extrait?
   "-
   Oui opina Joe. C'est son écriture.
   Alors maintenant, nous savons la vérité, dit Al
   Est-ce bien la vérité?
   Bien sûr. C'est l'évidence, répondit Al.
   Quelle fichue façon de l'apprendre! Sur les murs des toilettes. (Plus qu'autre chose il éprouvait une amère rancœur)
   Les graffiti, c'est toujours comme cela; brutal et direct. On aurait pu regarder la télé, écouter le vidphone, lire les journaux pendant des mois -peut-être toujours- sans être fixés. Sans qu'on nous mette d'un seul coup les points sur les i."

   
   Oui, je sais. Mais j'ai choisi cet extrait pour que vous commenciez à vous habituer à être déstabilisés.
   
   
   
   Clin d'œil: Retrouvé avec amusement l'évocation des sympathies de Lindberg pour le nazisme qui auraient pu changer l'histoire de la seconde guerre mondiale, idée qui servira de thème à l'uchronie de Philip Roth: "Le complot contre l’Amérique". On sent que Philip K. Dick aussi y avait vu une idée de roman.
    ↓

critique par Sibylline




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Philip K. Dick, rends-moi mon cerveau, j'en ai besoin!!!
Note :

   Attention, ce livre a des effets secondaires non négligeables et surtout agréables ! En effet, l’auteur grâce à un habile sens du rythme et de la construction narrative vous embrouille le cerveau pour vous amener là où il veut tel un horloger de précision. Ce livre vous fera le même effet que l’absorption massive de chouchen (cette boisson si chère aux bretons à consommer avec modération) à savoir que votre cerveau ira en avant puis en arrière pour votre plus grand plaisir !!
   
   J’exagère à peine tant on ne sait jamais où Dick veut nous emmener, tantôt dans un roman policier, tantôt perdu dans des paradoxes temporels, tiraillé entre plusieurs réalités (notion qui a toujours passionné et questionné l’auteur), bref on est aimanté et l’on a plus qu’à se laisser porter par une écriture simple et rythmée au gré des inventions de Philip K. Dick qui nous donne comme jamais l’impression de se promener dans son cerveau génial.
   
   Mais je ne vous ai même pas parlé de l’histoire. Il y a un point de départ : nous sommes en 1992 (le roman date de 1969) et l’entreprise Runciter est spécialisée dans la protection des personnes contre tous les télépathes et autres précogs (chers à Dick) et justement il semble qu’une menace de médiums se fasse jour sur la base lunaire. Je n’en dis pas plus pour ne pas dévoiler les nombreuses surprises qui émaillent le livre.
   
   Mais sachez que les trouvailles géniales sont nombreuses comme le fait de pouvoir vivre congelé en semi-vie après sa mort, le fait de devoir payer pour tout le confort du monde moderne, la publicité omniprésente, la superposition d’époques différentes mais bien détaillées et enfin, brinquebalé dans l’imaginaire dickien, vous saurez enfin ce qu’est Ubik…
   
   Pour résumer, la lecture de ce roman a été une de mes plus intenses et agréables expériences dickiennes, un auteur qui jusqu’à présent m’a toujours étonné et questionné.

critique par L'habitué




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