Lecture / Ecriture
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Planète à gogos de Cyril Kornbluth

Cyril Kornbluth
  Planète à gogos

Auteur se scuience fiction né en 1923 et mort en 1958 d'un infarctus du myocarde.
Il publia sous de nombreux pseudonyme ainsi que des livres écrits à 4 mains (Frederik Pohl)

Il a été lu dans le cadre des mois "L'Age d'or de la Science Fiction".

Planète à gogos - Cyril Kornbluth

Vive les lectures récréatives!
Note :

   Titre original: The Space Merchants
   
   (Publié pour la première fois dans le magazine Galaxy en 1952 et comme roman en 1953).
   
   Je ne connaissais pas du tout Frederik Pohl et pas davantage C. M. Kornbluth. Je viens de les découvrir avec ce livre à l'occasion de notre mois «l'âge d'or de la SF», mais je peux d'ores et déjà vous annoncer que je lirai d'autres de leurs romans car je viens de passer d'excellents moments avec celui-ci. Après une série de lectures plutôt sérieuses (et que j'aime bien aussi) j'ai été comme surprise de me retrouver dans ce livre drôle et qui frappe juste, dans ce récit sans ambition mais qui néanmoins étonne et séduit par sa lucidité pointue. Les auteurs éparpillent comme en passant des visons du monde (celui du futur mais oh! Ça rappelle quand même quelque chose...) qui tapent incroyablement juste et témoignent d'une analyse très fine de la situation. C'est aussi drôle qu'intelligent.
   
   Notre héros, Mitchell Courtenay est vers le haut de l'échelle sociale, c'est un publiciste de haut niveau dans un monde entièrement régi par la consommation.
   « Il attira notre attention sur l'histoire de la publicité: depuis le rôle de servante qu'elle avait à l'époque où il ne s'agissait que d'écouler des produits déjà manufacturés jusqu'à sa mission actuelle qui consistait à créer des industries nouvelles et à remodeler les habitudes des gens dans l'intérêt du commerce.» (16)

   Il est totalement acquis à sa vocation de vendeur et rien ne le trouble, ni l'intoxication des consommateurs en vue de les rendre dépendants au produit (exemple pour le Surcafé):
   «La méthode classique: une provision de surcafé pour treize semaines, mille dollars en espèces et un week-end sur la Riviera ligurienne à chaque client. Mais -et c'est là ce qui fait à mon avis la grandeur de cette campagne- chaque dose de surcafé contient trois milligrammes d'un alcaloïde simple. Absolument pas nocif. Mais qui crée une habitude. Au bout de dix semaines, il n'y a rien à faire, le consommateur ne peut plus s'en passer. Une cure de désintoxication lui couterait au moins cinq mille dollars, et il lui est plus facile de continuer à boire du surcafé» 13

   ni l'engrenage financier
   « J'avais maintenant très bien compris le mécanisme des contrats de type B. On ne parvenait jamais à se débarrasser de ses dettes. On trouvait facilement du crédit: cela faisait partie du système, et les raisons ne manquaient pas non plus pour en profiter. Si chaque semaine, je me trouvais débiteur de dix dollars, à la fin de mon contrat j'aurais à l'égard de la Chlorella un arriéré de onze cents dollars, et je serais obligé de travailler pour m'acquitter de ma dette. Et ce faisant, je ne réussirais qu'à l'accroître.» 103
   
Rien ne le trouble et tout lui semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.
   Son problème à lui, c'est de vendre toujours davantage:«Un accroissement de la population était toujours une bonne nouvelle pour nous. Plus de gens, donc plus de ventes. Nous accueillons non moins favorablement l'annonce que le taux d'intelligence avait baissé. Moins de jugeote, plus de ventes.» (117) Mais la terre se heurte à un insoluble et poignant problème de place et ne voit qu'une solution:
   « Il y a trop de gens sur terre, Mitch, C'est trop encombré. Je suis tout à fait d'accord avec vous. Nous avons besoin de Venus, Mitch, nous avons besoin d'espace...»(36)
   Mais Venus... c'est l'enfer, inhabitable. Qu'à cela ne tienne, une campagne publicitaire bien faite aura tôt fait de motiver une vague d'émigrants. Mitch s'en charge. Il avait été autrement compliqué de résoudre le problème du transport:
   « On pouvait mettre quelques jours pour faire le voyage; mais cela nécessitait une telle dépense de carburant que dix fusées n'auraient pu le transporter. Ou bien, on pouvait utiliser les orbites naturelles, comme on laisse flotter une péniche à la dérive, ce qui économisait le carburant mais allongeait de plusieurs mois la durée du voyage. En quatre-vingts jours, un homme mange deux fois son poids de nourriture, respire neuf fois son poids d'air et boit suffisamment d'eau pour faire flotter une yole. On rétorqua: distillez l'eau des produits de déjection et réutilisez-la; faites de même avec les aliments solides et avec l'air. Désolés, répondirent les techniciens. L'équipement nécessaire à ces processus de régénération pèse plus lourd que la nourriture, l'air et l'eau nécessaires au voyage.» (32)
Ça avait l'air insoluble n'est-ce pas? et je vous laisse voir comment le problème se régla (en attendant, vous pouvez essayer de deviner, la SF, c'est l'encouragement à l'imagination)
   
   Bref, je ne vais pas plus loin dans ma mise en situation, si vous devez être "accroché", je pense que c'est fait. Vous ne serez pas déçu non plus par les analyses du monde du travail en usine, du rôle des psy, des écologistes, du racisme (Évoquant la vie de quasi esclavage des ouvrier de bas d'échelle sociale: «la vie douce et fainéante d'un écumeur flânant sous le soleil des tropiques...» ça rappelle quelque chose quand même...), du conditionnement social, de la domination des femmes etc. le tout sur un ton de perpétuel humour pince sans rire:
   « Avez-vous jamais monté trente-cinq étages à pied?
   Vers la fin, ça n'allait plus.»

   qui m'a enchantée!
   
   A lire absolument!
   
   
   Encore des extraits?:
   
   « Il fallait faire vite. Si je ne sortais pas de là dans les délais les plus brefs, je ne sortirais jamais. Je sentais mon esprit d'initiative, ma personnalité, se dissoudre en moi, cellule après cellule. (…) et surtout j'avais l'impression désespérante que c'était comme ça, que ce serait toujours comme ça, que ce n'était pas si terrible et qu'on avait toujours la ressource de s'installer devant un hypnotéléviseur, ou de s'enivrer à la limonade ou peut-être de goûter à une de ces capsules vertes qui se vendaient sous le manteau à des cours variant chaque jour.» (106)
   
    (dans une petite bibliothèque) « Mais j'étais incapable de me détendre parmi tous ces livres dont aucun ne comportait une ligne de publicité. Je ne suis pas systématiquement ennemi des distractions solitaires quand elles ont leur utilité. Mais ma tolérance a des limites.» (122)
   
   « Il aurait pu jouer son rôle dans le monde, acheter, consommer, travailler et procurer des bénéfices à ses semblables, accroissant ses besoins et accroissant par là-même les bénéfices du circuit de consommation où il se trouvait, il aurait pu élever des enfants qui auraient fait de futurs consommateurs.» (110)
   
   « Quand la publicité se développe, la poésie lyrique est en régression. Il n'y a qu'un certain nombre de gens capables d'assembler des mots qui émeuvent et qui éveillent des échos dans l'âme du lecteur. Quand on a commencé à pouvoir très honnêtement gagner sa vie en exerçant ce talent dans la publicité, la poésie lyrique a été abandonnée à des excités sans inspiration qui étaient obligés de pousser des cris pour attirer l'attention et qui ne rivalisaient entre eux que d'excentricités.» (56)
   
   Avec son analyste:
   « J'engageai un étudiant en médecine pour qu'il m'invente des traumas justifiant l'hypothèse suivant laquelle mon stage parmi les consommateurs avait été une fugue de névrosé; il me trouva des merveilles. Je dus m'opposer à quelques une de ses trouvailles que je jugeai peu compatibles avec ma dignité, mais il en restait quand même assez pour que le docteur Lawler en lâche de temps en temps son crayon.» (180)

critique par Sibylline




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