Lecture / Ecriture
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Les plus qu’humains de Théodore Sturgeon

Théodore Sturgeon
  Cristal qui songe
  Les plus qu’humains

Theodore Sturgeon est le nom de plume de Edward Hamilton Waldo, écrivain américain né en 1918 et décédé en 1985. S'étant consacré à la science ficiton et au fantastique, il a publié davantage de recueils de nouvelles que de romans. Il a également participé à des films ou séries tv.

Il a été lu dans le cadre des mois "L'Age d'or de la Science Fiction".

Les plus qu’humains - Théodore Sturgeon

Vers « l’Homo Gestalt » …
Note :

   De l’Homo Sapiens vers l’Home Gestalt, telle est la thèse de Theodore Sturgeon. La thèse? Enfin non, la chair de cette œuvre de Science-Fiction. Une Science-Fiction inaccoutumée, dans laquelle point n’est besoin de poser une date, de situer dans des temps invariablement futurs. Non, une Science-Fiction en cela que c’est la Science qui devient fiction et qu’il ne s’agit pas d’une fiction entourée de Science.
   
   Assez difficile à lire par ailleurs, enfin j’ai trouvé, peut-être par le côté désincarné des personnages, l’impression de les voir se débattre comme sous la loupe de l’entomologiste. Par ailleurs, Theodore Sturgeon n’a pas choisi un mode de narration linéaire - pourquoi pas? – mais ses agencements qui débarquent parfois ex-abrupto déroutent et vous font parfois penser que vous êtes restés sur le bord du chemin alors que le véhicule «Les plus qu’humains» commence à s’éloigner.
   
   Qu’est-ce que l’Homo Gestalt? D’après Sturgeon, ce serait le successeur de l’Homo Sapiens – au-revoir brave Homo Sapiens! – ce serait un … plus qu’humain! Plus qu’humain au sens où l’entité serait composée de plusieurs humains, aux dons certains même si non apparents aux yeux du basique Homo Sapiens, joignant leurs capacités mentales, psychologiques, … pour en faire un … Homo Gestalt.
   « L’Homo Gestalt: une fille, deux Noires muettes, un idiot mongoloïde et un homme au visage pointu, et …
   Encore un petit effort sur le même thème: l’Homo Gestalt un échelon plus haut? Et pourquoi pas, en somme? Pourquoi pas une évolution non plus physique mais psychique? Soudain l’Homo Sapiens impuissant, nu, désarmé, à part la gelée plissée qu’il porte à l’intérieur du crâne. L’Homo Sapiens aussi différent des bêtes .
   …/…
   L’Homo Sapiens allait disparaître.
   L’effroi qu’il avait en lui était le bon effroi. La peur est l’instinct de la conservation. Et la peur est quelque chose de réconfortant en ce sens, puisqu’elle signifie que quelque part l’espoir subsiste encore.
   Janie voulait que l’Homo Gestalt acquît un système moral de façon à protéger des hommes comme lui, Hip Barrows. Mais elle souhaitait, à part ça, que l’Homo Gestalt crût et s’épanouît. Et elle-même en était une partie intégrante. Ma main veut que je survive, ma langue aussi, et mon abdomen, et ainsi de suite.»

   
   L’histoire a des racines curieuses, avec un idiot qui vit dans les bois, Tousseul (c’est son nom), à peine capable d’entretenir une relation avec la société des hommes, et puis Janie, petite fille élevée dans des conditions difficiles et qui comprend rapidement posséder des dons de télékinésie, et les deux jumelles, noires, muettes, Bonnie et Beany, douées du don de télétransportation, et Bébé, mongoloïde apparemment incommunicant et génie absolu, … Tout ce petit monde, asocial en diable, qui ne serait rien individuellement, et qui assemblés forment un exemplaire du futur Homo Gestalt.
   
   Theodore Sturgeon n’y va pas de main morte. Il y a du déchet, de la violence, mais surtout il dépasse cet aspect sensationnel pour se concentrer sur l’aspect philosophique ou scientifique de cette idée. C’est parfois un peu confus malheureusement, d’où le 3* … seulement.
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critique par Tistou




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Nécessité pragmatique de l'éthique
Note :

   L'Idiot vit seul dans les bois, Janie est rejetée par sa mère, Beany et Bonnie ne sont guère aimées , Bébé, l'enfant trisomique fait horreur. Quand à Gerry et Hip, orphelins fugueurs, incompris et marginaux, quelque soit leur désir de normalité, ils ne pourront jamais faire partie de la société humaines. Mais ceux qui vivent aux marges se rencontrent toujours un jour ou l'autre. Les liens qu'ils vont tisser entre eux vont donner à leur petit groupe un ordre étrange, plus qu'humain. Seraient-ils un nouveau pas de l'évolution de la race humaine?
   
   Bien que je n'aie pas encore exploré de fond en comble l'œuvre de monsieur Sturgeon, il me semble pouvoir affirmer sans grande chance de me tromper qu'il affectionne les freaks, les anormaux, tout ceux qui sont rejetés parce qu'ils ne correspondent pas aux canons d'une normalité définie par le nombre, ceux qui interrogent les normes et qui les mettent en danger. On retrouve un peu dans "Les plus qu'humains" les personnages et les thèmes de "Cristal qui songe". Mais là où le récit se concentrait sur le cas d'un enfant transformé par son contact avec les cristaux, "Les plus qu'humains" étudie un groupe: des enfants aux capacités a-normales ou sur-normales qui pour reprendre le joli néologisme utilisé dans le roman, c'est -à-dire qui sont en symbiose, chacun avec ses capacités et font naître par leur communauté un être nouveau, une Gestalt très différente de l'être humain. A chacun sa place, sa tâche: il y a la tête, L'Idiot puis Gerry, le cœur ou Janie, l'esprit qu'est Bébé, la force d'action...
   
   "Les plus qu'humains" est un récit à plusieurs voix, à plusieurs niveaux qui s'entrecroisent. Sous une apparence de simplicité, Sturgeon invite à une réflexion profonde sur l'humain, explorant des perspectives multiples. Gerry par exemple, l'enfant en rupture ne connaît aucun frein. Pour lui, seule compte la survie et la satisfaction de ses besoins. Son indifférence aux autres et aux conséquences de ses actes va le mener vers la cruauté et la volonté de dominer à n'importe quel prix. En cela, il est l'enfant d'une société qui régit par la dictature de la normalité et des convenances et qui rejette aux marges ou élimine tout ce qui menace cette normalité. Faute de pouvoir adopter la morale de la société dans laquelle il vit, Gerry devient le monstre qu'il est accusé d'être. A l'opposé, Hip et les autres, la Gestalt qui devient adulte, adopte une éthique qui lui permet d'être et qui trouve son équilibre quand elle rencontre, enfin, des pareils.
   
   Deux voies s'esquissent: l'une qui mène vers la folie, la volonté de domination, l'orgueil et la perte, l'autre qui va vers une utilisation raisonnée et bienveillante de la puissance. En fait, on voit de quelle manière se construit une éthique et comment morale et éthique peuvent s'opposer, se nourrir l'une de l'autre, se compléter parfois.
   
   Sturgeon se livre à une critique amère, dure de l'humain et de sa capacité à faire le mal, de son rejet de toute différence. Il n'y a guère de lumière, toute tolérance étant fragile et limitée. Reste l'espoir d'un dépassement de l'humain, d'une force qui serait capable de le faire évoluer, de le guider. L'espoir d'une éthique de vie qui permette la tolérance.
   
   "Les plus qu'humains" est un roman très dense, ardu parfois, confus à certains moments, au style un peu daté, mais c'est un texte magnifique par les thèmes qu'il aborde. Un texte philosophie, politique même qui se paie le luxe de raconter une histoire passionnante.
   
   Autant dire que je conseille.
   
   
   " Tu ne peux obéir à des règles destinées à une espèce, alors que tu n'appartiens à aucune espèce. Tu n'es pas un homme ordinaire, si bien que la morale d'un homme ordinaire ne te convient pas. Pas plus que ne te conviendrait celle d'une fourmilière. Tant et si bien que personne ne veut de toi et que tu es un monstre. Personne ne voulait de moi quand j'étais un monstre. Mais écoute-moi bien, Gerry, il existe une autre sorte de code de vie qui doit te convenir. C'est un code qui exige de la foi plutôt que de l'obéissance. C'est ce que nous appelons une éthique. L'éthique te donne des règles de survie. Mais il ne s'agit pas de ta survie individuelle. Il s'agit d'une survie plus grande que celle-là. C'est en réalité le respect pour ceux de qui tu viens et pour ta postérité. C'est l'étude du courant d'où tu sors et dans lequel tu vas créer quelque chose d'encore plus grand quand le temps viendra."

critique par Chiffonnette




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