Lecture / Ecriture
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La dernière métamorphose de Keîîchîrō Hirano

Keîîchîrō Hirano
  La dernière métamorphose
  Conte de la première lune

Keiichirō Hirano (平野 啓一郎, Hirano Keiichirō) est un romancier japonais né en 1975.
Il a reçu en 1999 le prix Akutagawa (équivalent du prix Goncourt en France) pour "Nisshoku" ("L’Eclipse"), devenant alors le plus jeune auteur récompensé par ce prix.

La dernière métamorphose - Keîîchîrō Hirano

Le web du parano
Note :

   Dans un long monologue théâtral que l’on hésite à qualifier de roman, un jeune homme met en scène son mal de vivre.
   
   Suite à des problèmes avec son despote de patron, il a décidé de s’enfermer dans sa chambre et de n’en plus sortir, c'est-à-dire de devenir un hikikomori (reclus volontaire). En outre, il entretient ses parents car son père est au chômage depuis très longtemps. C’est la dépression disent les autres. Lui, il pense à La métamorphose de Kafka, souhaitant parvenir à se transformer en «cancrelat». (Mot écrit en gras et répété).
   
   A défaut de réussir une transformation aussi radicale que Gregoire Samsa, il réfléchit à la Métamorphose ainsi qu’à d’autres nouvelles de Kafka, et fait sur ces textes des commentaires sur la condition humaine et les rôles que l’on nous impose, tout au long de la vie, la société, les proches (ceci n’a rien de bien nouveau) mais ce qui est plus fin, c’est que l’auteur réfléchit aussi sur les rôles que l’on joue pour soi… en face de soi, pour se duper soi-même.
   
   Bientôt nous apprenons que la réclusion du narrateur fait suite au dépit qu’il éprouva après avoir tenu un blog «journal intime plus critique de livres» sur le Net, avide qu’il était de reconnaissance par un public plus vaste que ses parents et quelques liaisons sentimentales décevantes. Un site qu’il appelait EARL (le comte dit-il mais il y a aussi Lear dedans). Il envisage d’annoncer son suicide sur tous les sites possibles croyant intéresser les gens par ce biais:
   « Ça fera un sacré grabuge, c’est sûr! Le téléphone sonnera sans répit dans tous les commissariats du pays, dans le combiné on entendra des cris désespérés demandant d’empêcher mon suicide! Ils chercheront tous éperdument à savoir qui est EARL! … les médias eux aussi, ayant eu vent de ce tumulte, se rueront sur mon site!... "Moi" désignera en même temps l’ensemble de tous les anonymes du cyberespace! Tout le monde sera "Moi"!»
   
   Le roman s’achève dans une progression nette vers la paranoïa, l’auteur ayant voulu montrer semble-t-il le développement d’un ressassement qui tourne au délire et à l’explosion de haine contre soi.
   
   Le propos est décousu et volubile, le ton vif et rageur donne tantôt dans la dérision, tantôt dans l’analyse introspective, Quelquefois de l’humour et aussi un peu d’ennui. L’ensemble vaut la peine d’être lu.
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critique par Jehanne




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Hikikomori
Note :

   Encore un bien curieux roman livré par un écrivain japonais contemporain. Le narrateur, dont nous ne savons presque rien au départ, si ce n’est qu’il est un homme jeune qui vient de démissionner de son travail, nous livre ses confessions.
   
   Ce sont celles d’un "hikikomori" c’est-à-dire d’une de ces victimes de la société japonaise moderne stressante, une victime qui se retranche définitivement chez elle pour ne plus en sortir, afin de fuir toute relation au monde qui la harcèle.
   
   Ce jeune homme, qui habite chez ses parents, se retranche dans sa chambre. Il ne se lave pas, ne se change pas. A force de crasse et de négligence, il finit par ressembler à la façon dont il se perçoit : un énorme cancrelat. Il provoque le rejet et le remords chez ses parents.
   
   Assis derrière son clavier d’ordinateur, il n’a de cesse de nous interpeller sur qui il est vraiment. Une urgence à crier son étrange personnalité et à détailler les multiples métamorphoses qui ont fini par faire de lui ce cancrelat physique et psychologique.
   
   Nous allons peu à peu découvrir qu’il s’agit d’un homme totalement déconstruit et qui faute d’avoir compris véritablement l'être humain qu'il était, s’est réfugié sur autant de rôles qu’il souhaitait donner de visages aux autres. Une conséquence de ses métamorphoses comme une erreur d’une suite de manipulations chimiques mal maîtrisées.
   
   Rien ne lui est jamais naturel et il transcende toute timidité, toute terreur de ne pas trouver sa place en adoptant de multiples stratégies sociales qui visent, toutes, sans exception, à se faire accepter coûte que coûte. Une acceptation dépourvue de tout sentiment, une acceptation synonyme de ne pas avoir à répondre aux vraies questions, celles de savoir qui il, nous, sommes vraiment. La négation comme prix à payer pour exister aux yeux des autres.
   
   S’appuyant sur une intelligente comparaison avec "La métamorphose" de Kafka, K. Hirano nous emmène au cœur de l’angoisse d’un de ces cadres japonais à qui tout souriait. Tout à coup, l’homme s’effondre, la pression devient trop forte et ne trouve aucune contrepartie dans un équilibre affectif ou familial. Il ne reste que l’image d’un terrible échec qui ne peut avoir comme conclusion que l’autodestruction, symbolique, psychologique et/ou physique.
   
   Le récit est brillant, le cheminement hallucinant, pathologique.
   
   L’analyse de la façon d’être aux autres sur la Toile et les quelques pages sur la manipulation possible par la tenue d’un blog littéraire devenu soudainement célèbre sont très intéressantes. Encore une façon de se détruire en détruisant les autres, pour refuser de se regarder soi. Critiquer sans fondement pour métamorphoser son personnage, pour ne cesser d’apparaître sous un visage nouveau, pour séduire à nouveau en même temps que détruire ceux qui vous ont fait connaître.
   
   Ici, je dirais que j'ai trouvé ce livre dérangeant et inégal. Les comparaisons avec le chef-d’œuvre de Kafka sont parfois un peu ennuyeuses ; le récit est sans espoir, sans joie, sans futur. A lire uniquement pour les amateurs de curiosité et des approches qui sortent des sentiers battus.

critique par Cetalir




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