Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

La sonate à Kreutzer - Le bonheur conjugal - le diable de Léon Tolstoï

Léon Tolstoï
  Maître et serviteur
  La mort d'Ivan Ilitch
  Anna Karénine
  La guerre et la paix
  La sonate à Kreutzer - Le bonheur conjugal - le diable
  Les Cosaques
  La tempête de neige
  Résurrection
  T comme: Ce qu'il faut de terre à l'homme

Le comte Lev Nikolaïevitch Tolstoï, dit Léon Tolstoï, est un écrivain russe, né en 1828 et mort en 1910.

Ils ont écrit sur Léon Tolstoï
Tatiana Tolstoï
Sophie Tolstoï
Dominique Fernandez
Alberto Cavallari
George Steiner

La sonate à Kreutzer - Le bonheur conjugal - le diable - Léon Tolstoï

Drame de la jalousie
Note :

   «La Sonate à Kreutzer» a été publiée en 1889 en Russie et traduite en Français pour la première fois un an plus tard.
   
   Le titre fait référence à la Sonate pour violon et piano n° 9 en la majeur dite «Sonate à Kreutzer» de Ludwig van Beethoven, que joue l’un des protagonistes de l’ouvrage.
   
   L’action de cette célèbre «Sonate à Kreutzer» se passe dans un compartiment de train. Très vite la conversation s’engage entre les voyageurs et tourne autour de l’amour, du mariage, du divorce, des unions arrangées ou basées sur un véritable amour. Avec des questions essentielles comme «Comment vivre avec quelqu’un qu’on n’aime pas?», et ainsi une réflexion philosophique très intéressante sur l’amour conjugal et le rôle de la femme dans les couples «On marie des gens qui ne s’aiment pas et on s’étonne qu’ils n’arrivent pas à s’entendre» fait dire Tolstoï à l’un de ses héros.
   
   Mais le récit s’oriente bientôt vers un voyageur qui confie au narrateur qu’il a tué sa femme, revenant sur son histoire conjugale et les raisons qui ont entraîné ce drame. Poussant la révélation dans ses moindres détails, ne ménageant pas le suspens, ce court roman, superbement écrit m’a fait penser aux nouvelles de Maupassant : l’analyse psychologique est menée de main de maître et je dois dire que les thèmes abordés me paraissent d’avant-garde, pour une époque où la femme vivait encore sous le joug de l’autorité masculine.
   
   
   PS: On peut lire "A qui la faute?" de Sophie Tolstoï qui est la réponse de cette dernière à cette "Sonate".
   ↓

critique par Éléonore W.




* * *



Le bonheur conjugal ou le diable ?
Note :

   Le bonheur conjugal
   
    Présentation de l'éditeur

   Ben y en a pas, en fait. Cette nouvelle fait partie du même recueil que "La sonate à Kreutzer" et on ne nous donne qu'un extrait de cette dernière nouvelle sur la quatrième de couverture.
   
   Commentaire
   Voici un récit que j'ai vraiment beaucoup aimé, malgré sa tristesse et la désillusion qui s'en dégage. C'est, je le crois, ma nouvelle préférée du recueil. Il s'agit d'un des récits plus anciens de l'auteur, écrit en 1859, mais où l'on sent poindre cette vision du mariage qui est celle de Tolstoï.
   
   La narratrice, Macha, a 17 ans au début du récit. Orpheline, elle rencontrera l'amour sous les traits de Serge Mikhaïlovich, ami de son père de 20 ans son aîné. Dans cette nouvelle, nous suivrons Macha et son mari dans leur mariage où les sentiments évolueront de l'amour passionné à une affection amicale un peu triste.
   
    J'ai été particulièrement touchée par cette nouvelle. La description des sentiments de la jeune fille qui s'épanouit en souhaitant impressionner un homme qu'elle admire par la beauté de son âme est très juste. On sent l'exaltation d'une jeune âme, son côté excessif et exalté que ce soit pour la religion, pour l'altruisme ou pour l'amour. On y croit aussi quand elle vit l'amour, qu'elle s'émerveille d'être bien avec l'autre et de vivre pour son mari. Je n'ai pu m'empêcher de sourire au souvenir de ces premières amours où l'on s'émerveille qu'il soit possible d'éprouver ça aussi intensément. Et puis la vie les rattrape.
   
   La seconde partie m'a rendue mélancolique et un peu triste. Triste parce qu'à qui ça n'est pas arrivé, de sentir l'amour se transformer, de le voir devenir autre chose, cette relation douce-amère pleine de souvenirs d'avant qu'on ne veut surtout pas vivre quand on est jeune? Tolstoï nous fait vivre l'éloignement qui s'installe, la transformation des sentiments. La résignation des personnages, cette idée que tout est bien, qu'il vaut mieux avoir aimé et s'en souvenir, que de toute façon, ça devait arriver... tout ça est venu me chercher. Il y a également dans cette nouvelles de bien belles pages sur la nature. 
   
   J'ai refermé cette nouvelle avec un sourire un peu mélancolique mais en me disant que même si la passion folle ne dure pas éternellement, il y doit y avoir mieux que ça. Il faut qu'il y ait mieux que ça.  
   
   
   Le diable :
   
   Commentaire

   Ceci est la dernière nouvelle du recueil. Plus courte que les deux autres, mais portant sur le même thème; le mariage et ses désillusions. On rencontre ici Eugène Ivanovich Irténiev, jeune homme qui tente de redresser la situation de la fortune familiale suite à la mort de son père, criblé de dettes. Bon pour sa mère, travaillant, Irténiev, pour satisfaire ses besoins et rester en santé, prend une amante dans le village, Stépanida. Il ne s'attache pas à cette femme et quand plus tard, il rencontre la jolie et gentille Lise et qu'il l'épouse, il rompt définitivement avec Stépanida. Mais plusieurs mois après son mariage, il la revoit par hasard et commence alors à être obsédé par l'idée de coucher avec elle.
   
   C'est donc la descente aux enfers de cet homme, qui se veut bon et fidèle et qui se découvre irrésistiblement attiré vers une femme à laquelle il ne devrait plus penser. Il n'y comprend rien et ne sait plus comment échapper à ces tourments. Tolstoï réussit à nous faire ressentir les sentiments d'Irténiev, emmuré dans un mariage qui ne devrait pas être malheureux. La femme est présentée comme un objet sensuel et maléfique et le mariage comme un idéal qui ne devrait pas être. Pendant toute la nouvelle, j'ai eu l'impression que l'auteur souhaitait nous faire passer ses idées, sa vision du mariage et de la femme.
   
   Pourtant, malgré son côté "preachy", la nouvelle m'a plu. Pas pour la morale qui s'en dégage mais pour la justesse des émotions que Tolstoï m'a fait ressentir. Son écriture est accessible, évocatrice et je me laisse prendre au jeu à chaque fois. Il réussit à exposer différents aspects de la nature humaine, il soulève des questions. La seconde partie aurait peut-être pu être un peu plus longue mais somme toute, j'ai bien aimé.
    ↓

critique par Karine




* * *



Les errances de l'esprit
Note :

   La Sonate à Kreutzer
   
   Ce court récit débute dans un train, comme c’était assez fréquent au XIXème siècle, surtout chez les romanciers russes.
   
   Dans le compartiment, trois voyageurs ont pris place : une femme âgée avec un avocat qui l’accompagne, et un homme indéfinissable.
   
   Les deux premiers évoquent la recrudescence des divorces en Russie. Le voyageur solitaire intervient dans la conversation en affirmant que l’amour est un mythe, que seule l’attirance physique pousse les humains à s’unir. Cet individu nommé Poznychev finit par déclarer qu’il a tué sa femme. Il va alors expliquer le déroulement des événements qui l’ont amené à accomplir ce meurtre.
   
   Dès les premiers temps, son mariage apparaissait comme un échec, et les relations entre les deux conjoints étaient mauvaises. Poznychev affirme que les unions ne reposent que sur des illusions et sur l’attirance physique que ressentent les individus, ce qu’il considère comme néfaste et coupable. Il prétend que le devoir des humains est de suivre l’exemple du Christ.
   
   Néanmoins, au cours de sa conversation, il déclare qu’il présenta un musicien à sa femme qui, elle-même, jouait du piano. Celui-ci, nommé Troukhachevski, jouait du violon. Ils s’exerçaient de concert à interpréter la Sonate à Kreutzer de Beethoven.
   
   Assistant à l’entente parfaite des musiciens au cours de leur répétitions, Poznychev ressent une jalousie insoutenable et va accomplir l’irréparable.
   
   Toute la matière de cette nouvelle, somme toute relativement banale, incite Tolstoï à ajouter une longue postface à son œuvre, dans laquelle il dénonce l’attirance des jeunes gens pour la vie sexuelle, et même la procréation.
   
   Il en vient même à nier toute pertinence à la reproduction en tant que telle, c’est-à-dire à envisager l’extinction de l’espèce comme remède aux maux qu’il dénonce.
   
   Il est difficile pour le lecteur contemporain d’imaginer que Tolstoï avait toute sa raison lorsqu’il écrivit la postface totalement nihiliste à son œuvre. Il est également connu qu’à la fin de sa vie il s’était mis à errer comme un vagabond.

critique par Jean Prévost




* * *