Lecture / Ecriture
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Pavillon 38 de Régis  Descott

Régis  Descott
  Obscura
  Pavillon 38

Pavillon 38 - Régis  Descott

Deus ex machina
Note :

   Suzanne Lohmann, psychiatre de renom travaillant dans l'Unité pour Malades Difficiles de Villejuif et experte auprès des tribunaux, partage difficilement sa vie entre son métier et sa vie de famille: mariée à un séduisant chirurgien esthétique, mais qui semble préférer ses patientes retouchées à son épouse, elle est mère de deux filles, qui ne comprennent pas toujours la passion morbide de leur mère pour les aliénés et autres détraqués mentaux. Un jour, un nouveau patient débarque à l'UMD: Erwann Dantec-Leguen, surnommé Dante, arrêté après avoir tenté d'agresser au couteau une jeune femme, mais incapable de se souvenir de son passage à l'acte. Diagnostiqué par le Dr Lohmann comme schizophrène, il dit entendre dans sa tête la voix d'un serpent, lui intimant de violer et de tuer une femme, de la démembrer et d'enrouler ses viscères autour de son buste. Cet inquiétant fantasme, qui, d'après l'enquête, est resté inassouvi, lui vaut tout de même un internement de quatre ans dans le Pavillon 38. Mais en le libérant, le Dr Lohmann ignorait qu'elle laissait partir un dangereux psychopathe, qui ne va pas tarder à replonger dans sa folie meurtrière: plusieurs cadavres de femme sont retrouvés, présentant tous le même modus operandi, et visiblement l'œuvre de Dante. Erreur de diagnostic? Simulation? Fausse piste? Suzanne, rongée par la culpabilité, décide de mener sa propre enquête, quitte à mettre en danger sa personne et sa famille, et se lance sur les traces de cet étrange meurtrier qui semble obnubilé par les serpents et les Saintes Ecritures. Parallèlement, François Müller, journaliste d'investigation spécialisé dans les faits divers, se lance sur les traces du serial-killer, dont il suit en fait les agissements depuis des années, à travers toute l'Europe. Et pourtant, lui aussi va se retrouver beaucoup plus impliqué dans cette affaire qu'il ne l'aurait souhaité...
   
   
   Chouette, un thriller psychiatrique à la française, se dit-on en lisant la quatrième de couverture du roman (qui bat d'ailleurs des records de brièveté et de densité). Et pourtant, l'enthousiasme retombe aussi vite qu'il était venu, en premier lieu à cause de l'intrigue, qui délaisse rapidement le milieu psychiatrique pour se transformer en banale enquête policière digne de n'importe quel feuilleton diffusé sur TF1. Mais autant le dire tout de suite, ce roman est une véritable trahison du genre, puisque l'auteur nous fait sortir un coupable de son chapeau dans les deux derniers chapitres. Eh oui, Dante n'était qu'une diversion, en réalité, toute l'histoire est beaucoup plus compliquée que cela, et contrevient à toutes les règles du roman policier.
   
   Outre l'invraisemblance totale du dénouement, donc, on assiste à une succession de scènes prévisibles (le flirt entre la psychiatre et le charmant commissaire de police désabusé, la traque menée par le journaliste passionné de faits divers, veuf et père d'un enfant malade, qui se bat en fait pour une noble cause, le mari qui trompe allègrement son épouse dans les bras de ses patientes...), sur fond de crimes en série dont la description est particulièrement ignoble (mieux vaut avoir le cœur bien accroché, l'hémoglobine coule à flots ici) et de références bibliques grosses comme des maisons. Les clichés s'accumulent, l'enquête piétine et avance tout d'un coup sans aucune raison, l'héroïne semble avoir un don naturel pour se retrouver dans des situations délicates (sa rencontre pour le moins malsaine avec les frères de Dante rappellera "Délivrance" à plus d'un titre), et le lecteur s'ennuie ferme, malgré les promesses alléchantes du début. Ajoutons que les héros manquent sérieusement d'envergure, même dans leurs "failles" (surexploitées, histoire de donner un peu de pathos à l'intrigue), et que le style est horripilant, laissant penser que Descott a voulu faire dans l'originalité avec des créations lexicales et syntaxiques, mais sombre dans le ridicule, car un polar n'est pas l'endroit approprié pour ce genre de démonstration.
   
   Pas grand chose à sauver dans ce roman, donc, qui vise plus haut que ses moyens et déçoit rapidement, si ce n'est, peut-être, la perspective narrative intéressante (avec une enquête menée parallèlement par la police, la psychiatre et le journaliste), et l'intention, louable malgré l'échec final. Encore une précision: si vous êtes herpétophobe (peur des serpents et autres reptiles), ne mettez pas le nez dans ce thriller, vous n'en dormiriez plus. Enfin, moi je dis ça...

critique par Elizabeth Bennet




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