Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Finnigan et moi de Sonya Hartnett

Sonya Hartnett
  Une enfance australienne
  Finnigan et moi
  L'enfant du jeudi

Sonya Hartnett est une écrivaine australienne née en 1968.

Finnigan et moi - Sonya Hartnett

Atmosphère très pesante
Note :

   "Ce jour-là, avec Finnigan, regardant mes mains vides et inutiles, j'avais pris conscience de quelque chose qui m'avait échappé jusqu'à présent: personne ne m'avait jamais caressé, j'ignorais comment m'y prendre. Je ne pouvais pas me fier au feu de l'action. Jamais je ne serai spontané. J'aurais dû apprendre avant. Désormais, il était trop tard".
   
   Anwell a 20 ans et agonise, terrassé par une mystérieuse maladie. Seul dans une petite chambre blanche, il se remémore les évènements marquants de sa courte vie.
   
   C'était un gamin profondément seul, affligé d'une famille "zinzin" un frère aîné handicapé Vernon, une mère indifférente, souffreteuse, incapable de l'aimer et un père avocat, rigide, intraitable, qui le tabasse et le dresse à coups d'interdictions et de règles plus méchantes les unes que les autres.
   "On était entre connaisseurs. A Mulyan, frapper les enfants n'a rien d'exceptionnel. Entre camarades, on compare les blessures de guerre. Mais j'avais conscience que mes parents n'aimeraient pas savoir que je profitais de ma punition pour me faire mousser; alors j'avais rabattu mon pantalon".

   
   La mort de Vernon a 11 ans va précipiter sa pauvre existence dans le drame permanent. Dans ce contexte, sa rencontre avec Finnigan, apparu un beau jour devant sa barrière va être salvatrice. Finnigan est sauvage, libre, loqueteux, fier, sûr de lui. Il propose un curieux pacte à Anwell, qu'il surnomme "l'ange". Il se chargera de faire le mal à sa place, et lui laissera le bien. Anwell ne va pas tarder à comprendre que Finnigan est sérieux quand les incendies se répandent au village, toujours en réponse aux humiliations subies.
   
   Encore un roman dont il ne faut quasiment rien dire parce que l'on avance en terrain miné. J'ai été prise d'un soupçon dès le début, à partir de là j'ai cherché des indices et il a vraiment fallu arriver à la fin pour les trouver. Mais vous pensez bien que je ne peux pas vous dire la nature du soupçon, je vous donnerais la clé de toute l'histoire et ce serait dommage.
   
   Encore que... le livre refermé, je me demande ce que j'ai lu exactement. Un certain flou subsiste, que le lecteur peut interpréter comme il veut. J'ai lu çà et là que le roman comportait une part de fantastique, je ne l'ai pas ressenti de cette manière-là. J'ai plutôt eu l'impression d'être entortillée dans les méandres de dérèglements mentaux sérieux.
   
   Est-ce que j'ai aimé cette lecture? J'ai admiré l'habileté de l'auteur dans la construction de l'histoire, son style, l'excellence qu'elle met à décrire une petite bourgade bruissante de rumeurs, de puritanisme, de vieilles histoires connues de tous, mais l'atmosphère est très pesante, chargée de menaces. On attend en permanence une catastrophe et elle ne manque pas d'arriver. Un peu trop éprouvant pour mes pauvres nerfs.
   
   J'avais préféré "Une enfance australienne" tout aussi poignant sur les drames de l'enfance malmenée et pulvérisée, mais dont l'ensemble était plus feutré et plus efficace.
   
   "Il essaye de me poignarder avec son regard tranchant. Je suis pas très inquiet. Je risque pas grand-chose. Il a du mal à respirer. Dans ses poumons, çà siffle, çà gronde. Il est en train de comprendre que, si malade qu'il soit, je n'aurai pas pitié de lui. Il commence à s'enfoncer dans le ciboulot que je suis là parce que çà sent le sapin pour lui. Je ne reculerai pas. Je ne renoncerai pas. Il le savait, mais il l'avait pas encore intégré pour de bon."

    ↓

critique par Aifelle




* * *



Enfance malheureuse
Note :

   J'ai lu avec plaisir "Finnigan et moi" de Sonya Harnett qui m'a tenue en haleine par un suspense habile, un jeu entre le fantastique et le réel déstabilisant. Il s'agit aussi d'un roman psychologique qui raconte comment un enfant peut-être marqué à vie par un acte qui dépasse son entendement au moment où il l'accomplit.
   
   Anwell est en train d'agoniser; il n'a que vingt ans mais l'on comprend que toute son enfance a été marquée par le décès de son jeune frère, Vernon, survenu alors qu'il n'avait que sept ans et que Vernon était sous sa surveillance. Cette tragédie fait de lui un être à part, un solitaire qui ne parvient pas à se faire des amis à l'école et ceci, d'autant plus que ses parents sont des personnes rigides, égoïstes et asociaux, incapables de lui porter le moindre amour. Pourtant lorsque Anwell rencontre Finnigan, petit sauvage qui vit dans les bois, totalement en marge de la société lui aussi, il comprend que celui-ci va devenir son ami, presque un frère. Entre ces deux enfants étranges, vont se tisser des liens très forts, ce qui aboutit à un pacte pour le moins bizarre : Anwell sera l'ange sous le nom choisi de Gabriel, celui qui ne fera que le bien. Peut-être, alors, arrivera-t-il à satisfaire ses parents hostiles et de plus en plus exigeants envers lui. Finnigan se chargera, lui, de faire le mal. Et c'est précisément ce qui va arriver!
   
   J'ai malheureusement raté l'effet de surprise que cause la révélation du dénouement quant à l'identité des personnages parce que j'ai compris rapidement ce qu'il en était. Ce que je me garderai bien de vous révéler! Je ne peux donc savoir l'effet que cela produit sur les lecteurs qui restent dans le doute jusqu'à la fin. Mais, malgré cela le récit est si bien mené qu'il reste efficace et j'ai suivi avec intérêt les péripéties de l'histoire.
   Mulyan, cette petite ville australienne, enveloppée par des montagnes en mâchoires de requin, où personne ne choisit de vivre, dit Anwell, se prête bien à la description d'une société étroite dans son enfermement physique et mental, hostile au changement, et qui chérit les secrets et la médisance. C'est un cadre parfait pour les évènements qui vont amplifier les rumeurs, les peurs et les calomnies. On songe, un peu, à l'ambiance décrite par Clouzot dans "Le Corbeau". Avec le thème de l'enfance malheureuse, c'est cet aspect-là du roman qui a le plus retenu mon attention.

critique par Claudialucia




* * *