Lecture / Ecriture
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Le démon dans ma peau ou L'assassin qui est en moi de Jim Thompson

Jim Thompson
  1275 âmes
  Le démon dans ma peau ou L'assassin qui est en moi
  Rage noire
  Nuit de fureur
  Liberté sous condition
  Le lien Conjugal
  Le criminel
  Ici et maintenant
  Des cliques et des cloaques
  Avant l’orage
  Cent mètres de silence
  Un meurtre et rien d'autre
  Pottsville, 1280 habitants

Jim Thompson est un auteur américain de romans policiers, né en 1906 dans l'Oklahoma et mort en 1977.

Le démon dans ma peau ou L'assassin qui est en moi - Jim Thompson

Vengeance?
Note :

   Lou Ford est le narrateur de cette histoire. Lou Ford est shérif adjoint de Central City, Texas, et meurtrier. Ce qu’il raconte ici c’est comment il a tué cinq personnes. Comment, et pas pourquoi. Des raisons de ses actes, on ne saura pas grand-chose, une histoire de vengeance certes, mais une vengeance à froid, un besoin qui surgit, qui le prend aux tripes comme une certitude, une réponse.
   
   « De toute façon, il faudrait bien en arriver là, dès que ça pourrait se faire sans trop de risques. Il n’y avait pas d’autre moyen d’en sortir. Cette certitude, d’ailleurs, aplanit pour moi bien des difficultés. Je cessais de me faire du mauvais sang ou plutôt de songer à cette perspective. Je m’efforçais d’être encore plus gentil avec elle. Elle me portait sur les nerfs, à tourner toujours autour de moi. Mais elle n’allait plus me traîner bien longtemps dans les jambes. Je me disais qu’il fallait que je sois plus gentil avec elle.»

   
   Ayant arrêté sa décision, Lou est vraiment très gentil avec Lucille. D’ailleurs, Lou Ford est connu pour être un brave type, un de ceux qui se soucient des autres. Tout le monde l’aime bien, lui qui a eu un passé difficile, son père mort suite à l’accident de son frère adoptif, Mike, qui a fait de la prison. Un accident la mort de Mike? Joe Rothman, secrétaire du syndicat du bâtiment se charge de confirmer ses soupçons: si Mike est mort, ça n’est pas juste en raison d’une défaillance du système de sécurité, il aurait bien été poussé du sixième étage en raison d’une autorisation qu’il ne voulait pas délivrer et qui aurait coûté cher, très cher à Chester Conway, le roi du pétrole de Central City.
   
   Mais au court de son récit, Lou Ford laisse échapper quelques éléments qui mettent la puce à l’oreille du lecteur, juste assez pour titiller sa curiosité: si Mike a fait de la prison, c’était pour le protéger lui, pour cacher son crime (viol d’une enfant?). Son père médecin lui a même fait subir une vasectomie pour lutter contre la maladie. Quelle maladie?
   
   Jim Thompson réalise le tour de force de dresser en creux le portrait d’un salaud psychopathe, derrière celui d’un narrateur qui se donne des airs de brave type. C’est un fou intelligent, un type calculateur et sans pitié, qui plait aux femmes et les tabasse, jusqu’à ce que mort s’ensuive si besoin. Il n’y a pas d’analyse dans ce livre, ou à peine, et c’est ce qui est effrayant. Pas d’explication, juste des faits, des morts qui s’accumulent au rythme d’une folie froide et cynique. Jim Thompson fait de son héros un dingue de la pire espèce, pas le cinglé avec une passoire sur la tête, plutôt le genre Dexter, le charisme en moins.
   
   Michael Winterbottom a adapté ce roman (en août chez nous), avec Casey Affleck (Gone Baby Gone) et Jessica Alba. Le film, dont le titre n’a pas été traduit, est annoncé comme très violent.
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critique par Yspaddaden




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Deux versions
Note :

    Cette chronique sera basée sur la traduction (très décriée) de 1966. Cette version tronquée possède en couverture (pas du meilleur goût) une photo de l’excellent film de Michael Winterbottom tiré de cet ouvrage (film qui n’existait pas au moment de cette traduction). Une retraduction du texte intégral est désormais disponible sous le titre L’assassin qui est en moi dont je parlerai bientôt.
   
    Lou Ford est un personnage à première vue plus que respectable. Fils d’un médecin connu, habitant encore la maison familiale après le décès de celui-ci, il est en plus adjoint du shérif. Un poste éminemment respectable, qui le place au-dessus de tous soupçons !
   
   Car la face cachée de l’individu est tout autre. Tueur psychopathe, violent et froid, il voue une haine féroce à Chester Conway, de la Conway Construction Company.
    Le début de sa vengeance est enfin à portée de son esprit diabolique. Il se souvient que son demi-frère Mike est mort sur un chantier de la Company et que des économies de bouts de chandelle sont à l’origine d’un manque de sécurité évidente.
   
    Elmer Conway, fils alcoolique de Conway et amoureux fou de Joyce Lakeland, prostituée et maîtresse de Lou avec qui il entretient des relations plutôt violentes.
    Ils trouveront la mort, dans la même pièce le jour où il avait décidé de quitter la ville, elle battue à mort !
   
    Alors commence pour Lou une longue, très longue et sanglante descente aux enfers.
   
    Lucille, amie d’enfance et maîtresse officielle, décède, elle aussi, puis tous les gens qui de près ou de loin peuvent avoir des raisons de le soupçonner… et la liste est longue.
   
    Lou Ford est le digne penchant en plus violent du Nick Corey de 1275 âmes. Sous des airs de brave homme, de flic débonnaire dans une petite ville sans trop de problèmes. En réalité, être avide de sang et machiavélique, les traumatismes de son enfance resurgissent en lui. Et ce malgré les attentions que lui a apportées son médecin de père. Il est également responsable des années de prison effectuées par Mick qui s’est accusé d’un forfait qu’il avait commis.
   
    Beaucoup de personnages secondaires dans ce roman de Lucille, éternelle fiancée et maîtresse attitrée ; Joyce Lakeland, maîtresse de passage adepte d’une certaine violence sexuelle ; les gens de la police ; Bob Maples, le vieux sheriff ; Johnny Pappas, pauvre gosse et beaucoup d’autres tous à des degrés divers victimes de la folie de Lou.
   
    Un des premiers romans très noir de Jim Thompson, qui laisse augurer de la suite, sorte de prémices de "1275 âmes". Même trame, un homme de loi, un sentiment d’être rabaissé par la vie et les gens, d’où cet esprit de vengeance meurtrière.
   
    Je vais dans quelques temps lire ce roman dans son intégralité et sa nouvelle traduction.
   
    Extraits :
   
   - S'il y a au monde quelque chose de pire qu'un casse-pieds, c'est un casse-pieds sentencieux, amateur de banalités.
   
   - Elle me parut formidable. Le bon Dieu avait su coller la chair juste là où il en fallait et ça faisait le plus bel effet.
   
   - C'était une petite bonne femme qui obtenait toujours ce qu'elle voulait et se fichait pas mal de ce que ça pouvait lui coûter.
   
   - Elle m'embrassait, puis s'est mis à tirailler ma cravate, les boutons de ma chemise ; elle entreprit de me déshabiller alors que j'ai failli l'écorcher vive !
   
   - Avez-vous déjà vu un vieux monsieur, dans la construction métallique ? Avez-vous jamais pris le temps de songer que, s'il y a toutes sortes de façons de mourir, il n'y en a qu'une d'être mort ?
   
   - Nous vivons dans un monde bougrement tordu, un monde de salauds j'ai bien peur que ça ne change pas. Et je vais te dire pourquoi. Parce que personne, presque personne ne trouve rien à redire.
   
   - Donc, il n'y avait rien d'inquiétant. Rien d'insolite chez lui, ni chez le shérif ni chez Conway. Il n'y avait rien... mais l'impression persistait et s'aggravait de jour en jour.
   

   Éditions : Gallimard (1966) Folio pour la version poche (2010)
   Titre original : The Killer Inside me. (1952)

critique par Eireann Yvon




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