Lecture / Ecriture
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Dérive de François Vallejo

François Vallejo
  Le voyage des grands hommes
  Ouest
  Madame Angeloso
  Groom
  L'incendie Du Chiado
  Dérive
  Les sœurs Brelan
  Vacarme dans la salle de bal
  Métamorphoses
  Fleur et sang
  Hôtel Waldheim

François Vallejo est un enseignant et écrivain français, né au Mans en 1960.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Dérive - François Vallejo

Une boucle coupée
Note :

   Dans "Ouest", un des personnages principaux, le Baron de l'Aubépine, projetait de rencontrer Victor Hugo exilé à Guernesey mais, à la suite d'un rebondissement que je vous laisserai découvrir, cette rencontre ne se faisait pas. Nous voyons ici comment cela se serait passé si elle s'était faite.
   
   Je ne pense pas que l'on puisse comprendre grand chose à ce court texte (environ 70 pages) si on n'a pas lu auparavant "Ouest" du même auteur car nous avons là ce qu'il appelle joliment «une sorte d'îlot à part, comme Guernesey», une boucle du récit, qui fut coupée de la version définitive du roman. Et je dois dire tout de suite que le choix qui fut fait de supprimer ce méandre me semble juste. Non qu'il ait été sans intérêt (loin de là) mais justement parce que par sa force il déviait la trajectoire du récit plus pure et puissante dans la version que nous connaissons. En ce sens, cette «dérive» en était une.
   
   En ce sens et en quelques autres.:
   Dérive que cette façon de foncer vers le sud quand on se rend au nord «pour dérouter» des polices sans doute imaginaires, mais quel révolutionnaire est-on si on n'est même pas surveillé par les espions? Détour qui, à cette époque de moyens de locomotions balbutiants n'est pas insignifiant et fait d'entrée de jeu de ce périple une épreuve de fatigue.
   
   Dérive que cette façon dont les soupçons des Lambert se révèlent des certitudes plus ils sont éloignés longtemps de chez eux, des contingences du quotidien. Ici, ils ne doutent plus de rien, alors qu'ils le feront toujours un peu dans «Ouest»
   
   Dérive que ce portrait de Hugo qui manque de partager le sort de sa fille Léopoldine et qui, vu de près, cesse d'être une icône, presque un concept, pour rentrer dans le corps de chair -et pas qu'un peu- d'un homme qui aime les chiens, les femmes, bien que les siennes...
   
   Dérive que cette scène de déshabillage qui sera reprise dans "Ouest", mais avec un autre protagoniste et qui est un basculement des personnages hors de leurs rôles officiels.
   
   Dérive que cette allure minable de chien mouillé, peut-être battu mais par là même dangereux que prend le baron. Je l'ai trouvé plus pitoyable dans cette aventure que dans le roman lui-même. On sent ce rejet qu'il subit depuis toujours, on sent qu'il a fixé en Hugo l'image du père, ce qui rend si violent ce besoin de reconnaissance voire d'estime, cette menace implicite d'explosion face à un nouveau refus. C'est plus que ce pauvre baron n'en peut supporter mais «pauvre» et digne de compassion, le baron a le malheur de ne jamais le sembler. Il souffre. On ne le plaint pas.
   
   
   Ce texte m'a semblé moins travaillé que le roman sans doute car issu d'un moment plus jeune de sa rédaction et, à l'origine, non destiné à être publié. Valléjo, s'il accepte la publication (a-t-il le choix?) ne dit pas qu'il la souhaite quand il en parle dans sa préface.
   
   En tout cas, très intéressant à lire après "Ouest".
    ↓

critique par Sibylline




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En complément de "Ouest"
Note :

   Dans "Ouest", Lambert est le garde chasse employé par M. de L'Aubépine, dont le rêve est de faire tomber Napoléon III et de rejoindre Victor Hugo. Mais ce rêve ne se réalisera jamais.
   
   Pourtant, François Vallejo a imaginé cette rencontre entre l'Aubépine et Hugo, mais elle n'a pas été retenue dans le manuscrit final. Son éditrice, Viviane Hamy, a décidé de publier ce récit dans un ouvrage à part, qui donne un nouvel éclairage à l'œuvre initiale.
   
   On retrouve donc Lambert, sa fille Magdeleine et le baron de l'Aubépine au moment où ils quittent la propriété pour se rendre à Guernesey, chez Victor Hugo. Alors que le baron est persuadé d'être attendu par l'opposant au régime, Lambert ne partage pas l'optimisme de son patron. Le voyage est fatigant, difficile, et la traversée du petit bout de Manche n'est pas de tout repos. Néanmoins, ils arrivent à destination, et sont reçus par Hugo. Mais, alors que Lambert attend des instructions pour mener la révolte, Hugo ne lui dit rien. Lambert comprend que, malheureusement, Hugo n'a aucunement l'intention de donner des responsabilités à ce baron de province.
   
   Dans cette échappée loin du manoir au cœur de l'intrigue de "Ouest", François Vallejo donne une autre dimension aux rêves du baron. Alors que ceux-ci sont toujours vus comme des possibilités lointaines, ils deviennent ici une possibilité tangible, avec la présence de l'écrivain. Mais la présence ne suffit pas, et la désillusion du baron est rendue de manière beaucoup plus sensible. La pitié éprouvée pour le baron est d'ailleurs beaucoup plus forte.
   
   L'autre élément très intéressant de ce court texte est de voir comment François Vallejo traite la figure de Hugo. S'il est habitué aux recours à des personnalités historiques dans ses autres romans, l'auteur aborde la personnalité de l'écrivain de manière assez surprenante. Hugo n'est pas un écrivain et un homme politique de grand intérêt, mais c'est un être qui a des désirs, et qui cherche à assouvir même les plus vils d'entre eux. Cette image de Hugo, assez iconoclaste pour un maigre connaisseur de Hugo comme moi, déroute et apporte du piment à cette rencontre ratée.
   
   Voilà donc un petit apport supplémentaire à l'œuvre de Vallejo, qui n'a pas vocation à être lu de manière indépendante, mais qui est un éclairage et un angle supplémentaire dans la lecture de "Ouest".

critique par Yohan




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