Lecture / Ecriture
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Entrez donc, je vous attendais de François Caradec

François Caradec
  Entrez donc, je vous attendais
  Nous deux mon chien
  La Vie exemplaire de la femme à barbe : Clémentine Delait 1865-1939

François Caradec est un écrivain français, biographe et auteur de pastiches, membre de l'Oulipo et du Collège de Pataphysique. Il est né en 1924 à Quimper et mort en 2008 à Paris.
Il participa à "Des Papous dans la tête" de France-Culture.

Entrez donc, je vous attendais - François Caradec

Des nouvelles de l'au-delà
Note :

   "Contes et devis"
   
   Le titre choisi, la forme courte des histoires présentées, leur côté disparate et la proximité de la mort de François Caradec (le 13 novembre 2008) pourraient laisser croire qu'on a raclé les fonds de tiroir de l'écrivain pour ce recueil posthume. Il n'en est rien. "Entrez donc, je vous attendais" est un ensemble construit, voulu, donné à Fayard en même temps que "Le Doigt coupé de la rue du Bison", dernier titre de Caradec paru un mois avant sa disparition. On y devine toutefois le désir de ne pas prendre congé sans avoir une dernière fois rendu hommage à toutes les figures qui l'ont accompagné dans une existence passée au service de la littérature. Sont ainsi rassemblés Alphonse Allais, Raymond Roussel, Alfred Jarry, le Pétomane, dont Caradec fut le biographe, Artaud, Michaux et Max Jacob qu'il fréquenta, Ducasse, Villiers de l'Isle-Adam et Jules Verne qu'il admira. Tous, et bien d'autres, héros ou silhouettes de contes express, de brefs dialogues, de fantaisies où l'absurde a le beau rôle.
   
    L'humour est assez inégal, certaines franches réussites (la meilleure parodie du Petit chaperon rouge jamais écrite) côtoient des textes un peu moins brillants ou trop faciles mais cette impression mitigée est avant tout due à une absence, celle de la voix de Caradec. On imagine ce que ces histoires auraient donné, lues par lui au micro des Papous de France Culture, des Papous qui, soit dit en passant, sont devenus bien fades depuis que Bertrand Jérôme, Caradec et d'autres sont partis. Souvenir ici de Caradec au colloque des Invalides, appelé à la tribune pour une intervention qu'il n'avait manifestement pas préparée, s'exclamant de son organe de stentor: "Je suis aphone!"
   
    A noter que Caradec ne succombe pas à la tentation d'aligner les noms pour faire riche. Certaines figures sont à deviner par des citations, des allusions, des anecdotes qui laissent au lecteur le soin de chercher la référence. Comme dans ce texte, "Un beau mariage", sur lequel semble planer l'ombre d'André Frédérique:
   
   "Pour un beau mariage, c'est un beau mariage.
   Les parents de la jeune femme sont aux anges.
   Beaucoup de militaires (le marié fait son service).
   Danses.
   Les jeunes mariés, enlacés, sortent discrètement.
   On sourit.
   On s'étonne tout de même de leur absence. On les cherche.
   Coucou? Où sont-ils donc allés se cacher?
   Dans le petit bois? Ouh, ouh!
   Ah, les voilà!
   Ils sont bien dans le petit bois. Ils se sont pendus."

critique par P.Didion




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