Lecture / Ecriture
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La théorie quantitative de la démence de Will Self

Will Self
  Dr Mukti
  Ainsi vivent les morts
  No smoking
  La théorie quantitative de la démence
  Le livre de Dave
  Mon idée du plaisir

Will Self est un écrivain et journaliste anglais né en 1961.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

La théorie quantitative de la démence - Will Self

Will's wild world
Note :

   Tout d'abord, ne lisez surtout pas la courte préface (anonyme, on comprend pourquoi) de ce recueil dont le seul but semble être de dévoiler en quelques mots le "piquant" de chaque nouvelle. Une étonnante forme de sabotage promue par l'éditeur lui-même... on reste dubitatif (une fois qu'on a réussi à calmer sa colère pour le gâchis). Déjà la 4ème de couverture était à peine à frôler du regard ou même éviter si possible, et cela le sera tout à fait si vous avez lu ce billet qui lui, n'en dira pas trop.
   
   Premier ouvrage publié de l'auteur (1991), on trouve dans ce recueil les thèmes, situations et types de personnages qui se développeront dans ses romans ultérieurs. Mais si vous ne connaissez pas Will Self, je ne vous conseillerais cependant pas de commencer votre découverte par ces nouvelles que j'ai trouvées pour ma part peu commodes ou agréables à lire et qui pour moi a surtout pris son intérêt en référence à mes connaissance antérieures de l'auteur. Je pense donc que ce recueil intéressera plutôt les amateurs de Will Self qui seront contents de découvrir ici certaines racines et prémices.
   
   La première nouvelle: «Le livre des morts» exprime le trouble (le mot n'est pas trop fort, au contraire) d'un homme que l'on comprend trop attaché à sa mère qui vient de mourir et j'ai retrouvé avec plaisir le ton de Will Self qui est une de mes raisons de l'aimer:
   « Quand je cessai de voir des fausses mamans dans la rue, je me dis que j'avais enfin accepté sa mort. Je pensais encore à elle de temps en temps, tantôt avec tristesse, tantôt avec joie, mais son absence ne me rongeait plus comme un rat un fil électrique. J'avais tourné la page. Cependant, de même que Marcel après la disparition d'Albertine, j'avais parfois le sentiment que, si la disparition de maman m'était désormais moins insupportable, c'était parce que j'étais devenu quelqu'un d'autre. J'avais changé. Je n'étais plus homme à avoir une mère telle que maman. (…) Ma mère était morte.»

   Qui n'a pas vécu cela, exactement, après une perte (et pas forcément pour sa mère ni pour un décès)?
   Toujours est-il qu'à sa (et notre) grande stupéfaction, il la découvre dans un autre quartier de Londres, le déménagement semblant être le lot des morts londoniens, ou alors ce serait que...
   J'ai trouvé l'idée excellentissime mais la nouvelle cruellement inaboutie. Cela tourne court. Une "racine", quoi.
   
   La seconde nouvelle «Service 9» nous permet de visiter sur les pas de son nouvel arto-thérapeuthe (à moins que...), un service hospitalier tout à fait novateur: "Dans le Service 9 vous pouvez être thérapeute ou patient". Idée qui sera reprise dans d'autres nouvelles, tout comme nous retrouverons le Dr Busner, le génial théoricien de cette méthode (mais pas que)*. A noter cependant les dommages collatéraux qui semblent apparaître dans l'entourage familial des thérapeutes ou mala... je ne sais plus. En tout cas, j'ai retrouvé avec plaisir l'humour de Will Self qui est une de mes autres raisons de l'aimer.
   
   La troisième nouvelle «A la découverte des Ur-bororos» se paie la fiole de tous les anthropologues admirateurs de civilisations primitives à un point jamais atteint. Le pastiche est très réussi et drôle. Et l'idée, tournant le dos à l'attendu respect du mode de vie primaire admirable, tout à fait bien vue. Sans compter qu'au détour d'une remarque, des ressemblances apparaissent entre eux et nous, à l'improviste. Et c'est ainsi que j'ai retrouvé avec plaisir l'originalité de la pensée de Will Self qui est une de mes raisons de l'aimer.
   
   Dans la quatrième nouvelle, éponyme, qui nous permettra de retrouver le Dr Busner, le narrateur nous expliquera bien en détail comment lui est venue sa découverte géniale de la théorie quantitative de la démence. Après une assez longue mise en situation, quand j'ai compris quels étaient les termes de cette théorie, j'en suis restée baba! Et vous ferez de même (du moins si vous n'avez pas lu la préface). Dans cette longue nouvelle sont évoqués des personnages et des situations des autres récits. Ici j'ai retrouvé mais avec des lenteurs et trop de détails de récit, l'ironie de Will Self qui est une de mes autres raisons de l'aimer.
   « Quant aux "thérapeutes" recrutés par Busner, ils étaient eux-mêmes des gens assez instables, ce qui s'explique par le fait qu'ils venaient des chapelles les plus avant-gardistes du monde psychiatrique.(...) Bref, la tendance était un peu au crétinisme.»
   
   La cinquième nouvelle «Monocellulaire»... vous verrez par vous-même, je ne l'ai pas comprise; ou alors, si ce n'est que ce que j'ai compris, cela ne m'a pas intéressée. Malheureusement donc, je n'ai pas retrouvé là mes raisons d'aimer Will Self.
   
   La dernière nouvelle «Attendre» est ma préférée. Je salue l'habileté qu'il y a à finir sur une bonne impression. Elle m'a également parue d'un niveau d'écriture supérieur aux autres. C'est l'histoire d'un homme qui ne supporte plus d'attendre et tout particulièrement dans les embouteillages (ce que tout le monde ressentira aisément dans sa chair en lisant l'histoire, participant ainsi à la puissance de son impact). Cet homme sera finalement mentalement testé par ce bon Dr Busner (toujours aussi brillant) de même que nous verrons quelques réapparitions comme celle des toboggans d'autoroute qui préoccupaient déjà fort un patient (ou psy?) du Service 9. Et j'ai retrouvé avec plaisir l'art du portrait et l'écriture de Will Self qui sont de mes raisons de l'aimer.
   
   Mais je le répète, évitez de commencer votre découverte de cet auteur par ce recueil, il est trop "spécial", trop perso je crois pour faire une bonne entrée en matière.
   
   Alors, 2- 3 bouchées, par gourmandise, juste pour goûter..:
   
   "Qu'on ne se méprenne pas, je ne voudrais pas donner l'impression que MacLintock était un homme au grand cœur. Il était incroyablement méchant, irritable et, à l'occasion, violent."
   
   "Nous avons mangé des crumpets et bu du earl grey au milieu d'un grand déploiement de moquette."
   
   "Dire qu'il était prognathe serait un euphémisme grossier. Son menton était une sorte de gaffe (dans les deux sens du terme)..."
   
   "En réalité, je me sentais calfeutré, comme si toutes les fissures de ma vision du monde avaient été colmatées par une espèce de plombage pour les caries de la vie."

   
   
   * Et le Dr Busner est également un des protagonistes de "Dr Mukti"
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critique par Sibylline




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DémentSelf
Note :

   Six nouvelles. Et un ensemble de planètes formant un système Selfaire.
   
   Des raisons d’admirer l’écriture de Will Self, il en existe beaucoup.
   
   L’imagination en premier lieu. D’abord des morts qui reviennent et l’on y croit. Ensuite des malades et des soignants dans un hôpital psy au fonctionnement farfelu et on y est. Puis une tribu lymphatique Ur-bororos d’Amazonie et on se marre. Ou encore un chercheur ayant toute une théorie, titre du livre, et on l’écoute. Puis un petit tour prisonnier, dans la peau d’une cellule et on fait le voyage. Enfin l’abîme dans lequel sombre l’homme qui ne veut plus attendre et on sombre aussi.
   
   L’humour, l’ironie partout et notamment dans la troisième nouvelle qui m’a fait pouffer!
   Jugez-en : «Les Ur-bororos s’intitulent eux-mêmes, avec un auto dénigrement exaspérant, «Ceux à côté de qui vous ne voudriez pas être assis dans un banquet » ou encore « Ils ont un dicton qu’on peut traduire à peu près comme ceci : « Où que tu ailles dans ce monde, tu occuperas toujours le même volume d’espace. » et enfin toujours dans la troisième nouvelle «En théorie, les relations sexuelles avant le mariage, l’homosexualité et l’infidélité sont mal vues mais, en pratique, tout le monde se fout éperdument de ce que fait le voisin. En réalité, la seule chose qui les étonne, c’est que tu aies trouvé l’énergie de le faire.»
   
   La plume bien aiguisée est partout mélange de sarcasmes et d’observations tordues. L’écriture pleine de trouvailles: «… et tendait les médicaments au premier de la file avec un gobelet d’eau en papier, en forme de cône, conçu comme un best-seller, en ce sens qu’il était impossible de le reposer avant de l’avoir fini.»
   
   Le tout est habilement mené. Je trouve admirable la capacité à nous embarquer dans des mondes déstabilisants avec naturel. Tout est plausible, tout est possible. On y croit. Bravo.

critique par OB1




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