Lecture / Ecriture
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Une page d’amour de Emile Zola

Emile Zola
  Thérèse Raquin
  La bête humaine
  L'Assommoir
  Pot-Bouille
  Au Bonheur des Dames
  Le Rêve
  Le ventre de Paris
  Son Excellence Eugène Rougon
  La Curée
  Germinal
  La Fortune des Rougon
  Le Paradis des Chats et autres nouveaux contes à Ninon
  L'œuvre
  La faute de l’abbé Mouret
  Nana
  La Conquête de Plassans
  La terre
  La joie de vivre
  Le docteur Pascal
  Une page d’amour
  L'argent
  Les Mystères de Marseille
  Pour une nuit d’amour
  Paris
  La Débâcle

Émile François Zola, chef de file du mouvement littéraire le Naturalisme, est un écrivain français, né en 1840 et mort en 1902.
Il est principalement connu pour la fresque romanesque en vingt volumes "Les Rougon-Macquart" qui suit les différents membres d'une famille dans la société française du Second Empire.
Les dernières années de sa vie sont marquées par son engagement dans l'affaire Dreyfus avec la publication en janvier 1898, dans le quotidien L'Aurore, de l'article intitulé "J'accuse".
On n'a jamais pu déterminer avec certitude si sa mort, ainsi que celle de son épouse, par intoxication au monoxyde de carbone était purement accidentelle ou criminelle.


Elizabeth Ross a publié un roman inspiré d'une nouvelle peu connue d'Emile Zola: "Les repoussoirs".

Une page d’amour - Emile Zola

Toujours vers le pire
Note :

   Huitième volume de la série des Rougon-Macquart, publié en 1878, "Une Page d’amour" est sans doute le moins connu.
   Mérite-t-il ce passage aux oubliettes?
   
   Hélène Grandjean, l’héroïne est la fille d’Ursule Macquart (pour ceux qui ont lu "la Fortune des Rougon").
   En 1853, c’est une jeune veuve de trente ans elle vit à Paris dans le quartier de Passy, un appartement spacieux, avec Jeanne sa fillette de presque douze ans.
   
   Le récit s’ouvre sur Jeanne atteinte de convulsions en pleine nuit; sa mère fait alors connaissance avec le docteur Henri Deberle venu pour soigner l’enfant. Ce docteur est le premier homme pour lequel Hélène va éprouver le sentiment amoureux. Son époux n’était pas désagréable, mais elle ne le prenait guère au sérieux. Jeanne, qui a eu le temps de connaître son père n’y fera jamais allusion.
   
   En fait, Hélène et sa fille vivent une relation fusionnelle, ne se quittent jamais, vivent cloîtrées, ne rencontrent que l’abbé et son frère qui viennent diner une fois la semaine. Elles n’ont d’autres occupations que les travaux d’aiguille, et la contemplation de Paris par la fenêtre de leur pièce principale. La fillette ne fréquente pas d’école, n’étudie rien, parce qu’elle est en mauvaise santé, et cette oisiveté ainsi que l’enfermement, aggravent son état.
   On la dit atteinte d’une névrose chloro-anémique, soit un état mélancolique avec un cortège de symptôme physiques variés et inquiétants, bien ciblés pour attirer le docteur, que Jeanne pourtant hait, car elle devine qu’il intéresse sa mère.
   
   Hélène et elle vont se risquer dehors, dans le jardin du docteur. L’auteur a enfin l’occasion de faire un peu de critique sociale à l’encontre de Juliette Deberle la femme du docteur, frivole très enfant, qui donne des réceptions court les bonnes œuvres, bavarde à propos d’articles de mode, s’entiche mollement d’un jeune homme fat le «petit Malignon», toujours flanquée de Pauline sa jeune sœur godiche à marier. Tout ce monde ne divertit guère Hélène et sa fille qui retournent à leur fenêtre assister aux coucher levers de soleil (flamboyants) à la pluie et aux brumes qui embellissent les monuments parisiens, dans le meilleur goût impressionniste.
   
   Aujourd’hui, elles contempleraient d’autres fenêtres, la télé, en ouvriraient mille autres sur Internet, et Jeanne serait accro aux jeux vidéo… ce qui ne changerait sûrement pas grand-chose à leur mal de vivre…
   
    J’ai presque tout dit. Le sentiment amoureux ne va pas s’épanouir, on le sent, chez Hélène, et une situation quasi vaudevillesque est créée qui ressemble peu à cette héroïne si timide.
   
   Zola n’explore aucun milieu socio-économique dans ce roman. Le portrait de Jeanne est celui d’une fillette qui dépérit, par absence de socialisation, et d’acquisitions culturelles, coincée qu’elle est toujours dans l’attente de sa mère. Un personnage pitoyable et qui rend triste.
   
   Les portrait des personnages secondaires sont assez bien enlevés, on peut citer celui de la mère Fétu, une vieille dame miséreuse, qui voudrait intriguer.
   
   Sur 435 pages, j’en ai passé au moins cinquante…
   
   Un Zola en tout cas très très noir, une situation qui va toujours vers le pire, sans évolution…
   
   
    * Spéciale Rougon-Macquart !
   ↓

critique par Jehanne




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Une pause tout à fait digne d'intérêt!
Note :

   Alors que ma lecture du tome annuel des Rougon-Macquart a habituellement lieu en février-mars, elle a attendu cette année le mois de juillet. Enfin, ce n'est pas bien grave, vu que c'est un défi que je mène seul, et comme je décide des règles, je peux bien les changer quand bon me semble.
    
   Huitième opus des Rougon-Macquart, "Une page d'amour" prend place entre deux monuments de la bibliographie de Zola: "L'assommoir" et "Nana". On quitte donc pour un moment Gervaise et sa fille, pour se plonger dans l'histoire de l'amour impossible entre Hélène et le docteur Deberle.
    
   Hélène est arrivée de Plassans avec son mari et sa fille, Jeanne. Malheureusement, son mari est rapidement décédé, et elle s'est retrouvée seule. Elle a néanmoins pu compter sur quelques amis, l'Abbé Jouve et Monsieur Rambaud, qui lui ont permis de trouver un appartement à Passy. Le propriétaire du logement est le docteur Deberle, qui habite à proximité. Hélène va rencontrer pour la première fois Henri Deberle alors qu'elle cherche désespérément un médecin pour Jeanne. En sauvant l'enfant, Deberle et Hélène se trouvent liés par le destin de manière beaucoup plus forte qu'ils ne l'auraient souhaité. Mais il n'est pas très bon pour une veuve et un médecin marié de vivre un amour au grand jour.
    
   Dans ce nouveau roman, Zola poursuit son exploration de la vie parisienne. Cette fois, on se trouve dans les villages de l'ouest parisien, qui deviendront bientôt des quartiers de la capitale. Du haut des collines de Passy, Hélène vit une passion dont elle sait qu'elle est déraisonnable mais contre laquelle elle est incapable de lutter. Son attirance pour Deberle est forte, et réciproque. Pourtant, l'amitié d'Hélène avec la femme du docteur, une mondaine qui ne jure que par les soirées qu'elle organise ou les vacances à la mer, et les relations entre leurs enfants respectifs devraient être un frein assez fort. Mais cette relation, qu'on voit naître, grandir par des faits et gestes infimes, en particulier par l'émoi qui touche Hélène à chaque fois qu'elle aperçoit le docteur, ne sera finalement qu'un moment à passer dans la vie des amants.
    
   Hormis Hélène, Jeanne est un des personnages très intéressant du roman. L'enfant, malade, va être le ressort dramatique de cette histoire d'amour. Hélène est beaucoup plus touchée par les demandes de sa fille qui souhaite ne plus voir Henri Deberle que par les scrupules liés à son amitié avec Mme Deberle. Jeanne est jalouse de ces hommes qui convoitent sa mère, Rambaud puis Deberle, et elle fait tout pour qu'ils ne se voient que peu. C'est d'ailleurs lors de l'absence de sa mère que Jeanne contracte les maladies les plus graves.
    
   Hélène est totalement dépendante de sa fille, et étouffé par le remord. Elle sait qu'elle ne doit pas aimer, et s'efforce de se tenir. Mais quand elle voit que Mme Deberle cache à peine sa relation avec Malignon, un jeune dandy qui a un avis sur tout, et souvent contraire à celui de la majorité, elle oublie ses scrupules et souhaite confondre les amants, avant de regretter son geste. Femme indécise, qui a du mal à assumer ses décisions, Hélène est le centre de cette histoire, parfois un peu trop centrée sur cette histoire d'amour, mais elle reste un personnage tout à fait attachant.
    
   L'autre grande vedette de ce roman, c'est Paris. Zola utilise la vue qu'a Hélène depuis sa fenêtre de Passy pour décrire à de multiples reprises le paysage parisien, changeant au gré des évolutions de l'histoire. L'auteur prend quelques libertés avec la chronologie (il cite des monuments qui ne seront créés que quelques années après la période du récit), mais son exploration aérienne de Paris est palpitante. Les méandres de la Seine, ou les réverbérations du ciel sur les toits donnent lieu à de très belles pages.
    
   "Une page d'amour" n'est certainement pas le meilleur Zola. Comme dans "La faute de l'abbé Mouret", il a une tendance à être démonstratif, en faisant de tous les éléments des signes de l'évolution de l'intrigue amoureuse. Néanmoins, les personnages secondaires et certaines scènes marquantes, comme celle de la balançoire ou de la réception pour les enfants, méritent vraiment qu'on s'attarde sur ce roman qui fut une pause dans la rédaction de la série. Mais une pause tout à fait digne d'intérêt! Et quel plaisir de lire Zola! Un régal à chaque fois (ou presque!) 

critique par Yohan




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