Lecture / Ecriture
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L'enfant perdu de John Hart

John Hart
  L'enfant perdu

L'enfant perdu - John Hart

Suspens psychologique
Note :

   Comment choisit-on ses lectures? Comment malgré une PAL¹ insolente et une LAL² délirante, peut-on céder à l’attrait de la nouveauté? En voici une démonstration, grâce à l’interview d’Isabelle Laffont dans le numéro 31 du magazine Maison de la Presse:
   « L’enfant perdu est ce qu’il est convenu d’appeler un "suspens psychologique", c’est-à-dire une intrigue qui capte l’attention du lecteur mais où le déroulement de l’action est d’abord prétexte à l’analyse psychologique des personnages, leurs attentes, leurs émotions, leurs sentiments. [...] Ce roman est très profondément américain. Par moment, on a le sentiment de lire du John Steinbeck ou du Mark Twain. Au travers d’une bourgade de Caroline du Nord, c’est toute la violence qui peut régner dans les petites villes bien tranquilles de l’Amérique profonde que John Hart montre.»
   Et là, je suis fichue, ma PAL aussi et me voilà plongée pour deux jours dans ce roman qui n’est pourtant pas exceptionnel (comme l’affirme bien sûr plus loin Isabelle Laffont).
   
   Johnny a treize ans. Depuis un an, sa sœur jumelle a disparu. Son père est ensuite parti et n’a jamais donné signe de vie, tandis que sa mère est tombée sous la coupe du riche, puissant et respecté Ken Holloway qui n’est en fait qu’un salaud qui l’a fait basculer dans la drogue et l’alcoolisme, et la frappe. Malgré l’incurie de la police locale, Johnny n’a pas renoncé: il continue à chercher des traces de sa sœur, avec son pote Jack, fils de flic. Il visite les voisins, surveille les hommes suspectés de pédophilie.
   Pourtant, la police n’a pas baissé les bras, bien au contraire. Depuis un an, l’inspecteur Hunt est obnubilé par cette histoire, au point que sa femme l’a quitté et que sa relation avec son fils unique tourne au vinaigre. Il faut dire qu’il est très sensible au charme de Katherine Merrimon, la mère de Johnny. Bientôt, l’enquête prend un tour nouveau car une autre jeune fille disparait et Johnny est témoin d’un accident de la route dont la victime, avant d’expirer, lui affirme «je l’ai trouvée».
   
   Une petite ville des États-Unis, des enfants qui disparaissent, un jeune garçon qui mène sa propre enquête… il ne me faut rien de plus pour croire avoir trouvé un roman aussi captivant que "Seul le silence". Il me faudra pourtant bien reconnaître un jour que celui-ci est exceptionnel et qu’il ne s’en écrit pas tous les jours. Peut-être alors pourrai-je apprécier ce genre de romans sans les mesurer à l’aune du petit bijou de Roger Jon Ellory… Car ce suspens psychologique de John Hart n’est pas mal construit même si la fin m’a surprise car elle est de moindre envergure que ce que l’auteur nous fait imaginer (ça n’est pas décevant, juste étonnant).
   
   Je pense que ce roman perd en force à cause de l’éparpillement des points de vue: Johnny, l’inspecteur Hunt, Levi Freemantle (le géant local un peu allumé), Jack… L’auteur aurait, me semble-t-il, gagné en tension dramatique en ne gardant que le point de vue de l’enfant. C’est un petit gars brisé par le chagrin, qui a perdu la moitié de lui-même en perdant sa sœur et qui est déterminé à la retrouver, même si les adultes ont baissé les bras. Et là, j’émettrais une autre réserve: j’ai du mal à croire aux coïncidences et globalement à la chance de ce petit garçon dans son enquête. Sans vouloir en révéler trop, je me demande comment il est possible qu’à lui tout seul, il démasque un pédophile dangereux (je rassure les futurs lecteurs, ça ne résout en rien l’énigme): que fait la police? Ben elle enquête pourtant, comme nous le montre le personnage de l’inspecteur qui ruine sa vie et sa santé au travail. Et que la victime de l’accident de moto qui prétend avoir trouvé une petite fille tombe justement aux pieds de Johnny, j’ai du mal à y croire aussi… Je trouve ce genre de facilités presque indigne. Que dans un roman jeunesse, le jeune héros soit plus malin que la police passe encore, mais là… Je n’adhère pas à ce genre de procédés éculés jusqu’à la corde.
   
   Ce qui est plus qu’appréciable cependant, c’est que l’auteur ne profite pas du thème archi-rebattu de la disparition d’un enfant pour nous imposer un livre glauque aux descriptions insupportables. On suit vraiment l’évolution parallèle des deux enquêtes, celle du flic et celle de l’enfant, la tension s’installe et on en vient à soupçonner tout le monde. Le personnage de l’inspecteur est intéressant, quoique assez classique par certains points, en particulier son auto-destruction par le travail et ses rapports houleux avec sa hiérarchie. Sa femme l’a quitté, il est en délicatesse avec son fils qui tourne délinquant et s’il ne boit pas encore, ça ne va pas tarder.
   
   Alors oui, c’est bien fait, mais ça n’en fait pas à mes yeux un grand suspens psychologique (qui se doit de n’être ni bien fait ni bien ficelé, mais bien écrit…). Il parait que ce sera un des polars de l’été… peut-être… moi, il me reste Vendetta à lire, avant la parution en octobre du troisième roman traduit de Ellory, Les anonymes (je tourne à l’obsession!).
   
   
   Titre original: The Last Child, parution aux Etats-Unis : 2009
   
   
   ¹ PAL = Pile A Lire
   ² LAL = Liste A Lire

critique par Yspaddaden




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