Lecture / Ecriture
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La promenade des délices de Mercedes Deambrosis

Mercedes Deambrosis
  La promenade des délices
  Un après-midi avec Rock Hudson
  Candelaria ne viendra pas
  Juste pour le plaisir
  De naissance
  L'étrange apparition de Tecla Osorio

Mercedes Deambrosis est une écrivaine espagnole d'expression française et vivant en France, née en 1955.

* Interview dans la rubrique "Rencontres"

La promenade des délices - Mercedes Deambrosis

Viva la muerte
Note :

   La promenade des délices n´est pas une promenade et ne nous raconte rien de délicieux. La Promenade des délices nous emmène plutôt en enfer.
   
    Les nouvelles sont courtes, comme les tronçons d´histoires qu´elles nous livrent, brutes, sans glose ni commentaire. Et ils sont là, ces Espagnols qui ont vécu cela, qui ont fait cela. J´en suis restée pour ma part assez dubitative. On comprend, après cette lecture, cette vision plutôt pessimiste que Mercedes Deambrosis a du monde et de la vie.
   
   Elle qui a quitté l´Espagne à 12 ans, d´où tient-elle ces récits ? Sont-ce traditions orales, histoires que l´on se rappelle aux réunions de famille, qui reviennent irrésistiblement quand on évoque le passé, les origines ? Ou les a-t-elle inventés sur la trame bien assez riche des récits réels, qu´elle avait entendus ? Elle a elle-même vécu dans l´Espagne de Franco assez longtemps pour avoir gravé au fond du coeur ce qu´est une dictature tant par ses grands effets, ses faits d´armes, ses prisons et le garrot, que par ses petits, la mentalité d´une population soumise à ce genre de régime.
   
   Ces huit nouvelles nous font revivre des scènes dures, voire insoutenables, et presque toujours sordides de cette grande boucherie que fut la Guerre d´Espagne. Ainsi, la «Promenade des délices» elle même, par exemple, seconde nouvelle de ce recueil, est-il un dépotoir d´ordures et également le lieu où les miliciens se livrent à des exécutions sommaires.
   
   En dehors de ces considérations sur le fond de ces nouvelles, on ne peut qu´être saisi par l´adéquation du style employé. L´écriture de M. Deambrosis est brève et incisive. Sans boucles inutiles, mais non dépourvue d´images que l´on emportera avec soi, comme si l´on s´était approprié ces souvenirs, cette Histoire d´Espagne et qu´ils seraient devenus un peu les nôtres. C´est, je pense, grâce à ce style de Deambrosis, que l´on parvient à ce résultat. J´étais restée à George Orwell. J´avais une vision bien romantique de la Guerre d´Espagne comme nombre de ceux des Brigades Internationales qui sont partis là-bas, accorder leur vie à leur idéal, j´ai découvert l´autre face, le quotidien et le sordide, sans qu´ils aient même trop songé apparemment à se poser la question du choix, le sort de ceux qui n´ont eu à aller nulle part et que le malheur a frappés chez eux, souvent enfants encore,. Ceux aussi, qui ont fait ce malheur, si proches et mélangés... La Guerre civile, c´est aussi cela.
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critique par Sibylline




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Guerre d’Espagne
Note :

   Ce sont les affreux évènements de la guerre civile espagnole qui sont le lien directeur des huit nouvelles de ce recueil. Comme si Mercedes Deambrosis avait besoin d’exorciser ce mal, qu’elle n’a pas connu directement mais dont elle a beaucoup entendu parler durant son enfance. C’est manifestement douloureux puisque M. Deambrosis n’épargne rien au lecteur. L’écriture est directe et sobre et vous frappe au plexus comme les crochets d’un boxeur. Peut être même excès de sobriété par instants, qui oblige à revenir en arrière pour être sûr de comprendre de qui il est question.
   
   Il y a de la matière. Il y a une manière adaptée, directe on l’a dit. Le titre est empreint d’une ironie désabusée. C’est le titre d’une des nouvelles, très belle. A défaut de délices, ça parle plutôt de cela :
   « Des hommes, une dizaine, deux ou trois femmes, tous ligotés les mains dans le dos attendaient près du camion. Beaucoup pleuraient. Don Luis regardait autour de lui avec curiosité, peut être à la recherche d’un dernier papillon.
   Les miliciens les poussèrent devant eux, sur les ordures. Ils formèrent deux haies serrées, leurs mains brandissaient des bâtons, longs et épais.
   Une femme cria. Son cri fut repris par un homme, mais il était jeune.
   Une voix grave hurla :
   - A paseo ! Cojones ! A paseo !
   Un fusil dans le dos, les prisonniers commencèrent à avancer, puis à courir entre les hommes qui les frappaient sans joie, le visage grave. »
   C’est dans le ton des nouvelles. Graves et exorcisantes.

critique par Tistou




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