Lecture / Ecriture
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Roman de Renart de Anonyme

Anonyme
  Vocation nègre
  Roman de Renart
  Le livre du chevalier Zifar
  Le roman d'Enéas
  Dès 09 ans: Contes Norvégiens

Roman de Renart - Anonyme

Une épopée très humaine
Note :

   Du "Roman de Renart", j’en avais surtout des souvenirs du CE2 où je le lis d’une traite cet hiver où j’avais une «bonne» grippe, en version expurgée certes, mais encore fallait-il que je sois malade pour lire un livre en ce temps-là! Pour comble, ce sont les mêmes extraits que nous avons retrouvés cette même année pour en monter un spectacle de marionnettes… les plus belles années de ma vie! Nostalgie, quand tu nous tiens. Mais, baste!
   
   Donc c’est avec un plaisir évident que je retrouvai il y a peu de temps notre ami Renart le rusé contre son compère Isengrin le loup et autres animaux de la forêt, embarqué dans cette épopée, cette lutte constante pour sa survie, car Renart, bien sûr malicieux voire parfois un peu méchant pense aussi à nourrir sa famille en qui il trouve à chaque fois le réconfort, le pardon et le moyen de se ressourcer après bien des vicissitudes. Voilà qui nous le rend proche de nous: son égoïsme, sa méfiance des autres (qui ne valent pas mieux souvent) ses moyens de ruse, son astuce à toute épreuve, sa sensualité (lorsqu’il copule avec la femme d’Isengrin dans le rôle du cocu et du berné, le loup est un homme pour le renard!).
   
   Il s’agit surtout de se nourrir dans cet hiver médiéval et comment le faire aux dépends des autres? Il s’agit aussi par ce biais de ridiculiser des travers humains: la gourmandise d’Isengrin est punie quand sa queue gèle dans le lac, celle de Brun l’ours quand il coince sa tête dans un tronc et s’arrache la peau. Pour venir profiter des anguilles que Renart a eues par la ruse, Isengrin n’hésite pas à se faire tondre comme un moine … De là à penser que les moines de cette époque prennent la tonsure pour avoir à manger… Bien sûr on y raille la religion, l’hypocrisie d’une certaine société qui se permet de juger alors que bien de ses membres ne valent guère mieux (Brun l’ours, Roënel le chien, Chantecler le coq et Tibert le chat…) On se gausse de la bêtise, d’Isengrin bien sûr, aveuglé par sa cupidité , mais aussi de Tiécelin le corbeau qui lâche son fromage par vanité après les (fausses) louanges de Renart. Tiens, ça nous rappelle quelque chose qui fut écrit plus tard.
   
   Tout cela finira par le «jugement de Renart» où tous lui rappellent ses méfaits –ce qui est un aide-mémoire formidable, genre «résumé des épisodes précédents» - et où Noble, le lion roi propose que Renart et Isengrin s’affrontent en duel avec leurs témoins et partis respectifs. On notera que dans le camp de Renart il y a Grimbert le blaireau, Epineux , le hérisson, Beaucent le sanglier et…Belin le mouton! Quant au duel même, laissons au lecteur deviner ce qu’il adviendra. Mais le suspense n’est pas trop grand puisqu’il s’agit ici d’un premier tome.
   
   Le texte que j’avais sous les yeux était dans l’édition Garnier-Flammarion en vieux français face à la traduction en français moderne. Il est regrettable de ne pas pouvoir lire ces aventures en vieux français car le vocabulaire y semble foisonnant de mots oubliés parlant de bonne chère, de ruse et de sensualité, tout en vers dans une épopée très humaine qui a laissé des traces indélébiles puisque le goupil a pris le nom du héros.

critique par Mouton Noir




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