Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Sur l’aile de Régine Detambel

Régine Detambel
  Le long séjour
  Album
  Pandémonium
  L'écrivaillon Ou L'enfance de l'écriture
  Mésanges
  Petit éloge de la peau
  Sur l’aile
  50 histoires fraîches
  Son corps extrême
  Noces de chêne
  Opéra sérieux

Vous trouverez sur ce site une interview de cet auteur dans la rubrique "Rencontres" et des Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Sur l’aile - Régine Detambel

Histoire d’L
Note :

    « Un colombier est une immense réserve de calme, de consentement confiant et d’accord.»
   
   Quelle étrange histoire que celle que Régine Detambel nous conte là!
   
   C’est celle d’un homme qui jeune, a été brisé par le décès subit de sa compagne. (Jusque là, rien de foncièrement nouveau mais cela ne va pas durer) Incapable de surmonter le choc et après avoir caressé pendant plusieurs années l’idée du suicide et abandonné le bébé qu’ils avaient eu, il trouve soudain un allègement à sa douleur dans le soin et la compagnie des pigeons. Il ne dépassera jamais ce stade de son évolution et c’est en semi-clochard habitant un pigeonnier à la nombreuse population et ouvert à tous les vents qu’il finira sa vie. Dans l’intervalle, le bébé sera devenu une femme qui l’aura retrouvé.
   
   Voila succinctement résumé le fil de ce curieux roman aux courts chapitres vraiment très évocateurs, chacun porteur d’une scène ou d’une image originale et forte. C’est cela, ainsi que l’écriture belle et si particulière que l’on connaît à l’auteur, qui va donner son prix à cet ouvrage.
   
   Et au lecteur, cela donnera l’occasion de découvrir cet étrange monde des pigeons, ses beautés, ses contingences. Un monde qui, sans me répugner, ne parvient pas vraiment à me charmer. (Pourtant je suis assez axée bestioles en tous genres) Mais là, trop de plumes, trop de fientes, trop de bruit et pas assez de câlins ou de beauté.
   Et pour les humains qui sont là, pas assez de pureté non plus.
   
   A l’arrière plan peu à peu paraît une histoire noire et –à mon point de vue– hautement discutable qui a fait que je n’ai pas adhéré au monde qui m’était montré là. Mais ce recul du lecteur –tous ou moi seule?– est loin d’être mauvais. Nous ne sommes pas obligés d’être en empathie avec au moins un des personnages à chaque fois que nous lisons. Nous pouvons également être là en observateurs, et non partie prenante. Nous ouvrons grand les yeux et l’esprit, observons et tentons de comprendre. Ensuite, la sympathie vient… ou pas. Dans la vie comme dans les livres. Ici je n’ai aimé personne, mais le livre, oui, je l’ai aimé. Il est beau.
   
   
   Extrait pour goûter:
   « Les quelques syllabes qu’on peut faire tenir autour de la patte d’un pigeon constituent la structure poétique la plus commode à maîtriser. Supposons que l’on soit en colère. La colère s’enroule aussitôt autour de la patte. Et sa transmutation en vol de pigeon en fait la colère d’un autre. Une même personne ne peut pas en même temps souffrir et composer un message pour le ciel. On verse des larmes, on métamorphose ces larmes en bagage pour le pigeon. On en ressent un bonheur immédiat. Une fois envolées, les larmes de douleur ou de joie nous ont quittés et on se réjouit de savoir que ce chagrin était si léger qu’un pigeon peut l'emporter. Aussitôt il se fait clair en nous. Réconciliation. Le calme revient et le courage aussi. Tu comprends?»

critique par Sibylline




* * *