Lecture / Ecriture
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La joie de vivre de Emile Zola

Emile Zola
  Thérèse Raquin
  La bête humaine
  L'Assommoir
  Pot-Bouille
  Au Bonheur des Dames
  Le Rêve
  Le ventre de Paris
  Son Excellence Eugène Rougon
  La Curée
  Germinal
  La Fortune des Rougon
  Le Paradis des Chats et autres nouveaux contes à Ninon
  L'œuvre
  La faute de l’abbé Mouret
  Nana
  La Conquête de Plassans
  La terre
  La joie de vivre
  Le docteur Pascal
  Une page d’amour
  L'argent
  Les Mystères de Marseille
  Pour une nuit d’amour
  Paris
  La Débâcle

Émile François Zola, chef de file du mouvement littéraire le Naturalisme, est un écrivain français, né en 1840 et mort en 1902.
Il est principalement connu pour la fresque romanesque en vingt volumes "Les Rougon-Macquart" qui suit les différents membres d'une famille dans la société française du Second Empire.
Les dernières années de sa vie sont marquées par son engagement dans l'affaire Dreyfus avec la publication en janvier 1898, dans le quotidien L'Aurore, de l'article intitulé "J'accuse".
On n'a jamais pu déterminer avec certitude si sa mort, ainsi que celle de son épouse, par intoxication au monoxyde de carbone était purement accidentelle ou criminelle.


Elizabeth Ross a publié un roman inspiré d'une nouvelle peu connue d'Emile Zola: "Les repoussoirs".

La joie de vivre - Emile Zola

Pauline ou la joie de vivre
Note :

   Douzième tome des Rougon-Macquart, publié en 1884 juste après «Nana» , Pauline est tout son contraire…
   
   La famille Chanteau recueille Pauline Quenu 10 ans, orpheline d’un couple de charcutiers déjà connus des lecteurs du "Bonheur des dames". Mme Chanteau présente cela comme une bonne action. En réalité, Pauline dispose d’une bonne fortune qui tranquillise cette dame, bien qu’elle n’ait pas l’intention d’y toucher: les Chanteau sont ruinés. Le mari est handicapé précocement par la goutte et n’a fait que de mauvaises affaires.
   
   Pauline a pour compagnon son cousin Lazare déjà jeune homme. Comme elle est gaie de nature elle le distrait de ses tristes pensées. En effet Lazare est tourmenté par l’angoisse de mort, lecteur de Schopenhauer, souvent nihiliste, de caractère instable.
   
   Les Chanteau vivent à Bonneville un petit village perdu sur la côte normande, souvent battu par les tempêtes.
   
   Le temps passe et Lazare se lance tous les trois mois dans une occupation différente, vite abandonnée. Tour à tour il veut devenir médecin, puis compose de la musique, enfin exploite chimiquement le varech, fait construire un barrage pour retenir la mer lors des tempêtes… ces dernières occupations avec l’argent de sa cousine.
   
   On prend l’habitude de puiser dans la fortune de Pauline, même pour les dépenses courantes.
   
   En grandissant, elle a l’espoir d’épouser son cousin qui lui plaît. Mais survient Louise, une voisine qui se révèle être une rivale….
   
   
   Ce roman est particulièrement éprouvant, et, je partage l’opinion de ceux qui ont vu dans le titre «La joie de vivre» un sous-entendu ironique. En effet, ce n’est que malheur et misère que l’auteur nous décrit: le père Chanteau ne fait que souffrir abominablement de la goutte du début à la fin du roman, et comme il survit à tout, cette souffrance rappelée à chaque page nous accompagne sans relâche. Lazare souffre moralement et gâche tout ce qu’il entreprend, la maîtresse de maison meurt dans d’horribles souffrances; nous avons encore la maladie de Pauline, un accouchement difficile et fort long, la misère des villageois abondamment décrite, leurs maisons périodiquement détruites par la mer, sans compter le suicide de la servante… et le médecin Cazenove, qui assiste à tous ces malheurs en déclarant qu’il ne peut rien faire.
   
   Et nous avons Pauline, l’incorrigible optimiste qui semble être la bonté même, abandonne ses rentes à tout le monde, la famille, les miséreux du village, et sacrifie son bonheur à Lazare.
   
   En y regardant de plus près, on voit que Pauline, recueillie par Mme Chanteau par intérêt et n’y pouvant rien, en donnant son bien ne fait qu’anticiper une spoliation qui aurait lieu de toute manière. Lorsqu’elle a grandi et pourrait quitter la famille, que le docteur Cazenove lui propose un établissement plus prudent, il est déjà trop tard. Elle s’est engagée dans un processus, et surtout fabriqué une identité de femme généreuse et sublime dans ses sacrifices à laquelle elle ne peut renoncer sans danger pour sa propre image d’elle-même.
   
   Sa manière de sacrifier son bonheur en mariant Lazare avec sa rivale, n’est là encore qu’une façon de sauver son honneur, car elle se rend bien compte que le jeune homme lui a échappé, et que s’il l’épousait elle, il ne renoncerait pas à l’autre…
   
   Bref, à mes yeux, Pauline ne fait que se tirer d’affaire au mieux, dans une situation fort délicate.
   
   Zola a décrit plutôt bien ses manœuvres avisées, la cupidité et l’hypocrisie effrayante de sa tante, le personnage ombrageux de Lazare, l’omniprésence de la mer, même les animaux sont bien observés, le chien fidèle qui ressemble à Pauline et la chatte maniérée, version animale de Louise.
   
   
    * Spéciale Rougon-Macquart !
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critique par Jehanne




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Dévouée Pauline
Note :

   J’imagine que le titre, "la joie de vivre", est ironique. Parce qu’à part la Minouche, personne n’est super heureux. Certes, il y a Pauline, notre personnage principal, qui tente par tous les moyens d’être heureuse, d’être une source de bonheur pour son entourage, et elle y réussit pas mal… mais quelle vie, et quelle abnégation! Bref, elle est adorable (un peu trop, en fait… des fois, j’avais le goût de la secouer), mais j’ai quand même eu du mal à m’identifier à elle, disons.
   
   Notre lien avec la grande famille, c’est Pauline, qui est la fille de Lisa Quenu, née Macquart, qu’on a connue dans "Le ventre de Paris". Elle a perdu ses parents et est hébergée par sa tante, qui l’accueille au départ avec beaucoup de générosité, elle et sa fortune d’environ 150 000 francs. Pauline est une fillette gentille, généreuse. Rapidement, elle forme un lien avec son oncle, sa tante et son grand cousin Lazare. Seule la bonne, Véronique, ne l’aime pas du tout. Nous sommes dans un petit village en Normandie, près de Bayeux et de Caen, un tout petit mini ridicule village au bord de la mer peuplé de pauvres gens dont les maisons se font manger une par une par la gueuse, cette mer si belle et si terrible.
   
   C’est l’un des romans de Zola que j’ai trouvé les plus durs à lire. Au début, j’avoue qu’il a même fait un petit vol plané dans la maison tellement Madame Chanteau, la tante (qui ne reste pas gentille super longtemps) m’a hérissée. Cette femme est horrible pour la pauvre Pauline qui essaie d’aider en donnant un coup de main à sa tante avec les sous. Elle prête, bien entendu. Mais petit à petit, sa fortune sera mangée, tout comme la mer mange le village d’en bas. Et la tante va lui en vouloir et la mépriser tandis que la petite fille (elle a 10 ans au début du roman) n’est que bonté pour son oncle qui souffre de la goutte et son cousin, jeune homme angoissé et en questionnement chronique sur la vie et l’univers.
   
   Heureusement, cette situation ne dure pas, sinon j’aurais hurlé, je pense. Le personnage de Lazare est complexe, souvent faible, qui suit ses envies du moment. Il est volage dans ses idées, s’enthousiasme… et se plante souvent. Il a une peur horrible de la mort et est en perpétuel questionnement, suffisamment pour entraver sa vie. Il est souvent cruel sans le vouloir pour sa cousine, qu’il aime beaucoup. J’ai pu lire que Zola avait mis beaucoup de lui-même dans ce personnage. Peut-être pour ça qu’on a quand même de la sympathie pour ce pauvre type.
   
   En plus de la famille Chanteau et de leurs déboires (il y a des scènes horribles… vraiment), il y a aussi la misère des gens qui sont nés au mauvais endroit et qui sont soumis aux caprices de cette mer, dont les vagues marquent les journées. Ils ne sont pas sympathiques, mais impossible de ne pas souffrir pour eux malgré tout. La vraie misère. Et très peu de joie de vivre.
   
   Un roman dur, servi par une magnifique écriture. J’aime les descriptions, est-ce que ça se voit? Et ça y est, je suis devenue totalement fan du style de Zola!

critique par Karine




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