Lecture / Ecriture
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Le sacristain romantique de Rånö de August Strindberg

August Strindberg
  Mariés!
  Mademoiselle Julie – Le Pélican
  Le sacristain romantique de Rånö

Le sacristain romantique de Rånö - August Strindberg

Fuir la réalité
Note :

   Lorsque nous faisons la connaissance d’Alrik Lundstedt, ce jeune homme débordant d’ambition s’apprête à quitter son village et son emploi de commis d’épicerie pour monter à Stockholm y reprendre des études au Séminaire et à l’Académie de Musique. Mais les enthousiasmes des premiers temps feront longs feux, et le jeune Alrik devra comme beaucoup de ses camarades accumuler les petits boulots – choriste à l’opéra, professeur de chant ou répétiteur – pour subvenir à ses besoins tout en poursuivant sa formation. Et, comme beaucoup de ses camarades, il finira par renoncer à ses velléités d’ascension sociale et par se contenter d’un emploi subalterne, comme sacristain et maître d’école dans son village natal.
   
   De cette tragédie si banale et prévisible, August Strindberg tire pourtant un texte paré de tous les charmes des contes de fée car, à l’instar de la Gerda du “Pélican”, Alrik Lundstedt est un grand rêveur, un de ces héros typiquement strindbergiens qui préfèrent le songe à une réalité trop rude. L’imagination d’Alrik se révèle d’emblée capable de parer de magie les circonstances les plus ordinaires de sa vie à la campagne. Et l’ensorceleuse se fera chaque jour plus chatoyante, à mesure que le jeune homme verra ses ambitions déçues et les secrets trop lourds de son enfance affleurer à la surface de sa conscience…
   
   La tragédie d’Alrik est banale, certes, et son histoire bien courte. Mais August Strindberg n’a sans doute jamais donné forme plus séduisante à ce qui s’impose comme l’un de ces thèmes de prédilection: l’opposition du réel et du rêve.
   
   
   Extrait:
   “Puis, fatigué par tant de musique, il quittait l’église pour se promener le long de la côte, de préférence aux endroits ouverts sur le large. Là, sans être dérangé, il découvrait des tas de choses dont son imagination s’emparait et avec lesquelles elle jouait. Trouvait-il un bouchon coincé dans la dentelle noire qui marquait la limite de l’écume, aussitôt une histoire commençait: le bouchon arrivait de Russie, et une demi-heure durant il dérivait sur la bouteille qu’on avait débouchée pour la servir au déjeuner du tsar, ou sur l’arrière-petit-fils de quelque héros de L’Enseigne Stål qui y avait un jour enfoncé son tire-bouchon; un tolet cassé était le point de départ pour un naufrage dans des conditions dramatiques; il examinait minutieusement chaque bouteille vide pour vérifier si elle ne contenait pas un message stipulant les dernières volontés d’un naufragé. Quand les poubelles de la mer ne lui fournissaient plus de jouets, il s’allongeait sur un rocher et redessinait les nuages, repeignait les vagues, remodelait le bord de mer, rebaptisait les écueils, les îlots et les anses.” (p. 58)

critique par Fée Carabine




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