Lecture / Ecriture
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La patience de Mauricette de Lucien Suel

Lucien Suel
  La patience de Mauricette
  Mort d'un jardinier
  Blanche étincelle
  Je suis debout

Lucien Suel est un auteur français né en 1948.

La patience de Mauricette - Lucien Suel

« Je recycle la souffrance. »
Note :

   Un cahier jaune où elle écrit pour sa thérapeute. Un panier vert dans lequel elle trimballe de drôles de trésors. La tentation serait grande de résumer Mauricette à ces deux objets. Mais quand elle disparaît de l'hôpital où on soigne sa santé mentale, son ami Christophe Moreel va prendre conscience de la richesse de la personnalité de cette femme de soixante quinze ans, beaucoup moins ordinaire qu'il  n'y paraît à première vue...
   
   Entrecroisant passé et présent, Lucien Suel brosse le portrait d'une personne, marquée par la souffrance dès l'enfance mais qui trouve refuge dans les mots et dans la poésie en particulier. Débusquant les alexandrins dans les phrases de la vie quotidienne, jouant avec les mots, les triturant, les faisant rouler dans sa  bouche, tout comme son "noyau de souffrance. Je le suce et le roule entre les gencives depuis des années. Quelquefois je le prends dans ma main et je la referme. Il est caché dans ma paume je regarde les taches de vieillesse sur le dos de ma main et je remets le noyau dans ma bouche.",Mauricette recèle bien des trésors et des originalités littéraires... Ses mots partent parfois en roue libre, comme ses pensées, mais l'humour n'en n'est jamais absent: "Le mou des veaux, les mots de vous" et ce n'est certainement pas un hasard si Mauricette avait entrepris une anthologie regroupant les phrases où apparaît le mot "veau" comme un écho au livre de Lucien Suel et Patrick Roy "Têtes de porcs moues de  veaux".
   
   L'émotion est aussi au rendez-vous avec cette personnalité aux multiples facettes, qui  «se conduisait dans l'univers moderne comme une femme des cavernes. Une femme d'avant l'invention des horloges et des tranquillisants ."Je marche avec les yeux au plafond."» et qui s'estime elle même être son pire tribunal... Ce pourrait être lourd et étouffant, c'est poignant, lumineux et plein de joyeuses surprises car l'écriture de Mauricette est d'une richesse poétique inouïe 
   
   Un livre aux très nombreuses pages cornées, bien sûr. Un livre qui résonne longtemps en nous et qu'à peine fini on a envie de rouvrir pour mieux le savourer, plus lentement cette fois. Un gros gros coup de cœur!
   
   233 pages lumineuses.
    ↓

critique par Cathulu




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Bon moment de lecture
Note :

   "Mauricette Beaussart, soixante-quinze ans, a disparu de l'hôpital où l'on soigne sa santé mentale. Son ami Christophe Moreel entreprend de la retrouver. Au fil de sa quête, le passé et le présent de Mauricette s'entrecroisent, tissant peu à peu le portrait d'une femme riche de ses grandes souffrances et de ses petits bonheurs" (Extrait 4e de couverture).
   
   En refermant ce roman, je crois voir s'éloigner la petite silhouette de Mauricette, avec son cabas vert serré contre elle. Mauricette, ses fêlures et son habileté à jouer avec les mots, Mauricette la vieille dame épuisée par ses souffrances et Mauricette la petite fille à vélo à qui la vie aurait pu sourire si...
   
   Les malheurs ne lui ont pas manqué, que Christophe l'ami fidèle va découvrir lentement, patiemment. Malgré ses problèmes, Mauricette a pu devenir professeur de français un temps, et s'est beaucoup réfugiée dans la poésie et les mots. Nous approchons sa vérité à travers la quête de Christophe, et surtout le journal que tient Mauricette dans un cahier. C'est dans sa prose étrange et colorée que l'on devine entre les lignes comment l'excès de douleur lui fait lâcher régulièrement prise. Pourtant, Mauricette ne désespère pas, et le livre se termine sur une belle ouverture.
   
   Ce roman se lit facilement, mais au début j'ai eu du mal avec les parties écrites par Mauricette, qui me paraissaient assez décousues, je ne voyais pas où elles menaient. Et puis, une fois habituée à sa manière de s'exprimer, j'en ai vu tout l'intérêt et ce sont celles qui éclairent les tourments intérieurs de Mauricette et son douloureux parcours.
   "J'entends l'alarme siffler dans mon oreille, surtout la droite qui me réduit en esclavage. A Houplines, l'inspecteur est venu me voir par surprise. Mon cœur toquait dans ma poitrine. Ma jambe qui tremble. Il prend ma place sur le bureau assez antique. La poussière en gants blancs. Les rideaux noirs sont fermés. J'ai peur d'improviser. L'inspecteur me dit que je ne suis pas là pour être aimée. Ma bohème est trop difficile pour l'école primaire. C'est dommage. J'ai des aptitudes et la hauteur de ma conscience professionnelle."

   
   Ce n'est pas un coup de cœur pour moi, mais un bon moment de lecture.

critique par Aifelle




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