Lecture / Ecriture
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Blanc comme neige de George Pelecanos

George Pelecanos
  Anacostia river blues
  Blanc comme neige
  Une Balade dans la nuit

George Pelecanos est un écrivain américain de romans policiers, né en 1957.

Blanc comme neige - George Pelecanos

Ni tout blanc, ni tout noir
Note :

   Boston a Dennis Lehane, Los Angeles James Ellroy et Washington George Pelecanos. Mêmes thèmes sous d’autres cieux, même regard sur la société américaine: les flics, la violence, la corruption, les inégalités sociales. Mais ici, ce qui est au cœur du premier volume du tandem Strange / Quinn, c’est le racisme. Tous deux sont d’anciens flics reconvertis, mais Derek Strange, le Noir, est devenu détective privé tandis que Terry Quinn, le Blanc, est libraire.
   
   Ils font connaissance à l’occasion d’une enquête de Strange: la mère de Chris Wilson, flic noir assassiné par un flic blanc alors qu’il n’était pas en service, charge Derek de reprendre les recherches pour réhabiliter la mémoire de son fils. Or, quand Wilson a été tué, il était en civil, en train d’agresser un Blanc. Deux flics ont jailli d’une voiture de patrouille et le flic blanc a tiré à trois reprises sur le noir. Et le flic blanc s’appelait Terry Quinn. Quinn a quitté la police mais vit quotidiennement avec le doute: aurait-il tiré si Wilson avait été blanc. L’enquête a lavé Quinn, il est blanc comme neige, et pourtant coupable de meurtre.
   
   L’amitié nait entre les deux hommes et Derek associe Quinn à son enquête qui va les mener dans le monde des dealers de la capitale administrative des États-Unis.
   
   Ce que souligne ici Pelecanos, c’est que l’égalité des droits entre Blancs et Noirs aux États-Unis n’est qu’illusion, façade fraternelle pour se donner bonne conscience. Pour quelques réussites sociales, il y a des millions de laissés-pour-compte dont le destin est écrit dès la naissance. La misère, la précarité, la drogue sont leur quotidien et rien ne change dans les mentalités malgré les lois sociales.
   
   Mais Pelecanos ne fait pas dans le manichéisme. Tout ça n’est pas la faute des riches méchants Blancs. Il est clair que le racisme est valable des deux côtés et que les Noirs non plus ne sont pas prêts à faire changer les choses. Le couple Derek / Quinn n’est pas bien vu, de même que celui que Quinn forme avec sa petite amie du moment, Juana, métisse de Noir et de Portoricaine.
   
   Il n’y a pas de bons et de méchants chez Pelecanos, mais une société et des personnages pleins de contradictions. Il existe pourtant quelques valeurs comme l’amitié et la musique, omniprésente.
   
   Loin, très loin de l’idée bien proprette qu’on se fait de cette ville, Pelecanos dresse un portrait du Washington populaire à travers des gens du commun et des flics (ou anciens flics) travaillés par le doute. La ville quitte son apparence administrative pour devenir vivante. Pelecanos déclare cependant: « La ville n’est pas un personnage. Pour moi, les personnages, ce sont toujours les gens. Je les connais bien, j’ai grandi avec eux. Je ne m’intéresse pas seulement aux criminels, à ceux qui vivent dans l’ombre des grandes avenues, j’essaie aussi d’insister sur tous ceux qui vivent dans un tel environnement et qui ne sont pas des dealers » (Interview à L’Humanité).
   
   L’Amérique n’est encore pas bien reluisante vue de chez Pelecanos, pourtant ses personnages portent l’espoir des petites gens qui ont l’air si vivants et réalistes.
   
   
   Titre original: Right as Rain, parution aux Etats-Unis : 2001

critique par Yspaddaden




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