Lecture / Ecriture
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Un conte de deux villes de Charles Dickens

Charles Dickens
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  De grandes espérances
  La maison d’âpre-vent
  David Copperfield
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  Un chant de Noël
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  Le mystère d'Edwin Drood
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  Ados: De grandes espérances
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  Dès 08 ans: Scrooge, Un Chant de Noël
  Barnabé Rudge
  Nicholas Nickleby
  Dès 10 ans: Le chant de Noël en prose

Charles Dickens est un écrivain anglais né en 1812 et décédé en 1870.

Vous trouverez sur ce site la fiche de l'ouvrage que Marie-Aude Murail a consacré à Charles Dickens, ainsi que la bibliographie rédigée par J.P Ohl.

Les amateurs pourront peut-être également s'intéresser au fantaisiste "Monsieur Dick" qui tente de résoudre le mystère d'Edwin Drood ainsi qu'au "Drood" de Dan Simmons.

On trouve une des nouvelles de C. Dickens dans le recueil "Les Fantômes des Victoriens" .

Un conte de deux villes - Charles Dickens

Enorme méga coup de cœur
Note :

   Titre original: A tale of two cities
   
   
   "Il était une fois le temps de la révolution française - un temps de changement et de dangers.  Il était un temps où l'injustice était combattue par un désir de vengeance, et où la distinction entre les innocents et les coupables étaient rarement faites. C'est dans ce décor que cette histoire nous est racontée.
   Injustement emprisonné pendant 18 ans à la Bastille, le Dr. Alexander Manette retrouve sa fille Lucie et est transporté en Angleterre pour y vivre en paix. Le destin veut toutefois qu'ils soient tous les deux demandés comme témoins à Old Bailey pour témoigner contre un jeune Français - Charles Darnay - faussement accusé de trahison. Étrangement, Darnay présente une ressemblance étonnante avec un autre homme dans la salle de Cour, un homme dissolu du nom de Sydney Carton. Cette coïncidence sauvera Darnay d'une mort certaine."
   (traduction très très libre du résumé de l'éditeur)

   
   
   Commentaire
   Autant le dire en partant, c'est un énorme méga coup de cœur que j'ai eu pour ce livre de Dickens. Ayant déjà lu "Les grandes espérances", j'ai déterré ce livre du fond de ma PAL "officieuse" (i.e. : celle que j'ai cachée quelque part et que j'ai décidé de ne plus compter tellement ça fait longtemps que j'ai ces livres... et que je ne les lis pas). Et ce fut une révélation. Immédiatement, je me suis laissée porter par les mots de Dickens... et j'y étais. J'ai passé trois jours carrément magiques plongée dans cet univers. Bref j'ai adoré.  
   
   Avant de parler de l'histoire, il FAUT que je parle de la plume de Charles Dickens qui est un merveilleux, merveilleux conteur. J'avais apprécié la dite plume dans "Great Expectations" et "A Christmas Carol" mais dans ce livre-ci, j'ai vraiment goûté toute sa magie... et pour que je savoure à ce point en VO, il faut quand même que ce soit particulier. Sa façon de dire les choses, de décrire les personnages, les événements, les atmosphères m'a permis de voir un film se dérouler devant moi. Certains mots qui reviennent, certains thèmes (l'ombre et la lumière, par exemple) ou caractéristiques associées à un personnage, les surnoms, toutes les redondances...  chacun de ces éléments donne un cachet vraiment particulier au roman.
   
    J'ai aussi particulièrement aimé la construction du roman, où chaque épisode trouve son sens plus tard, où rien n'est de trop. Les échos de l'avenir dispersés ici et là m'ont également beaucoup plu. Le chapitre où on voit le temps s'écouler à travers ces échos dans la maison de SoHo... wow!  Et cet humour qui pointe son nez de temps en temps - surtout au début, dans ce cas-ci- sans crier gare...  magistral selon moi! Pas une seconde d'ennui!! Entendons-nous tout de suite, je n'ai absolument pas les mots pour parler du style d'un roman... mais j'essaie! Dans un autre ordre idée, quand je lis Dickens, j'ai toujours le goût de boire du thé... mais cette fois, en plus, j'ai été submergée par un goût incroyable de manger des scones avec de la crème lorsque l'action se déroule à Londres... sans même qu'on mentionne ce dessert dans le roman! Faut-il que ce soit assez British à votre goût?? (Je sais, je sais, ce commentaire est sans aucun intérêt... mais ce n'est pas une joke, j'en ai cherché partout!!! Et NON je ne suis pas enceinte pour avoir des goûts si bizarres!)
   
   Quant à l'histoire, j'ai réussi à m'attacher à ces personnages parfois stéréotypés mais tout de même très vivants. Le fond historique est très intéressant et ajoute un aspect de plus au roman. L'injustice sociale est encore une fois abordée, mais des deux côtés. J'ai tremblé devant leur destin car après quelques heures auprès de Lucie et son père près de la fenêtre, après avoir assisté au mariage de Lucie et Charles, après quelques minutes à la banque Tellson avec Mr. Lorry, après quelques promenades nocturnes avec Sydney dans les rues de Londres, après avoir assisté aux procès de Charles Darnay, après avoir vu comploter les personnages d'ombre, comment ne pas s'attacher à ces personnages pris dans un tumulte qu'ils ne contrôlent pas? J'ai été carrément emportée. 
   
   Et pour la petite histoire, je suis certaine que tous mes collègues de travail qui dînaient dehors avec moi le midi où j'ai terminé ce livre vont garder ce jour en mémoire... parce que je leur ai flanqué une frousse pas possible en éclatant en sanglots à un certain moment et en refusant toute tentative de secours de leur part (pas question de perdre de l'intensité en me faisant consoler!!!). Je pense qu'ils vont penser que je suis complètement folle (bon... de ça, ils en avaient une vague idée, déjà)!!! Aurais-je des tendances "madeleine" ces temps-ci??? (Et je le répète, je ne suis PAS enceinte!!!)
   
   À noter que ce livre a aussi porté le titre français de "Paris et Londres en 1793". 
   
   Mon plus gros coup de cœur de l'année à cette date!  Désolée pour l'incohérence, je suis encore émue, faut croire!!
   ↓

critique par Karine




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Roman historique
Note :

   Année de publication : 1850
   
   A Londres en 1775, Mr Lorry, fondé de pouvoir à La banque Tellson, et qui s'occupe des intérêts de Lucie Marette, 17 ans, française, élevée par une gouvernante, Miss Cross, est chargé d'emmener la jeune fille à Paris, faubourg Saint-Antoine, chez Mr Defarge, marchand de vin, qui cache le père de Lucie, dont il a été autrefois le domestique et auquel il reste attaché. Mr Marette, embastillé peu après la naissance de Lucie, sous la foi d'une lettre de cachet, se remet mal de sa longue incarcération.
   Par ailleurs, le cabaret de Defarge sert de lieu de réunion, pour préparer un soulèvement social de grande envergure. Malgré les circonstances, Lucie retrouve son père, et les protagonistes regagnent Londres sans encombre.
   Lucie y fait connaissance d'un beau jeune homme, Charles Darnay, accusé d'escroquerie, et qui risque la pendaison. Sauvé par le jeune avocat Sydney Carton, il va pouvoir épouser Lucie. Sydney est le rival malheureux de Charles. Il s'adonne à l'alcoolisme, mais reste l'ami de la famille, partage leurs joies et leurs souffrances, et renonce complètement à vivre pour son propre compte.
   En fait, Charles est un cousin du marquis de Saint-Evremond célèbre pour ses exactions. Il a coupé les liens avec sa famille, porte un pseudonyme, et a chargé un administrateur de s'occuper de ses terres en France. Ce dernier lui envoie un message de détresse: il a été jugé mauvais citoyen, risque le pire, Charles doit le soutenir de sa présence. Il se précipite en France, suivi sans le savoir, par Lucie, maintenant sa femme, leur enfant, et leurs protecteurs Mr Lorry et Miss Cross ainsi que son ami Sydney, lesquels avaient tenté de le dissuader sans résultat d'entreprendre ce périlleux voyage..
   Le temps a passé et les événements là-bas sont bien au-delà de ce qu'on imagine même à la banque Tellson...
   
   Extrait
   - Allons-y , alors!" s'écria Defarge d'une voix tonnante. Patriotes et amis, nous sommes prêts. A la Bastille!
   Comme si le souffle de la France entière avait vociféré le nom abhorré, le flot humain se soulève en rugissant, vague sur vague, profondeur sur profondeur, et inonde la cité. Le tocsin sonne, les tambours roulent, la mer fait rage et déferle comme un tonnerre sur cette nouvelle grève, et l'assaut commence.
   Fossés profonds, double pont-levis, murailles énormes, huit grosses tours, canons, fusils, feu et fumée. A travers le feu et la fumée!(...) Defarge le cabaretier lutte en brave de puis deux cruelles heures.
   Un fossé profond, un seul pont-levis, murailles épaisses, huit grosses tours, canons, fusils, feu et fumée. Un pont-levis à bas! "A l’œuvre, camarades! A l’œuvre, Jacques un, Jacques deux, Jacques mille, Jacques deux mille, Jacques vingt-cinq mille! Au nom des saints ou du diable-comme vous voudrez- À l’œuvre!" Hurle Defarge le cabaretier, toujours à son canon qui est brûlant depuis longtemps.
   - A moi, les femmes! s'écrie Mme Defarge. Nous pourrons tuer tout aussi bien que les hommes quand la place sera prise!

        
   Charles Dickens a voulu écrire sur la Révolution française à l'exemple de l'historien Carlisle dont il a épousé les convictions. Les atrocités de L'Ancien Régime ont provoqué "cette terrible époque", dont il décrit certaines actions spectaculaires avec brio, trouvant là l'occasion de se mesurer avec talent aux difficultés du récit épique.
   Cependant l'intrigue romanesque est prépondérante dans ce roman. Les manœuvres de Sydney Carton pour faire échapper son ami à la guillotine plaisent pour leurs suspenses et rebondissements mais son sacrifice n'est pas très vraisemblable, enfin je veux dire il agace un peu.
    ↓

critique par Jehanne




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« Liberté, égalité, fraternité ou la mort! »
Note :

   Certains critiques ont dit du conte de deux villes (ou de deux cités, selon les traductions) que c’était le roman le moins dickensien de Dickens.
   
   Il s’agit donc pour l’auteur de raconter une histoire de la révolution française, depuis ses prémisses en 1775 jusqu’à la Terreur en 1793. Il va pour cela s’employer à utiliser la méthode de l’ambivalence. L’action va donc se dérouler à la fois à Paris et à Londres. Les personnages vont aller et venir entre ces deux villes tandis qu’en France grondent la révolution et la fin des privilèges. L’auteur y mêle petites gens, boutiquiers (M. et Mme Defarge à Paris) et aristocrates punis ou non (les Saint-Évremond). L’ambivalence continue entre la prison et la liberté (Darnay), le bonheur et le malheur (Carton), le souvenir et la mémoire (le docteur Manette et les Defarge), la vengeance et le pardon, l’individu et la populace, l’amour et la haine et se prolonge jusqu’aux personnages eux-mêmes entre les aristocrates pétris d’idéaux (Darnay)et ceux attachés à leurs privilèges (le marquis de Saint-Evremond.)
   
   Tout en se rangeant manifestement du côté des révolutionnaires, des gueux affamés et des exploités de longue date, Dickens soulève néanmoins un point important sur la Terreur : les citoyens de la nouvelle république en profitent pour assouvir leur vengeance personnelle. En ce sens, les Defarge, tenanciers d’une échoppe de vin sont des personnages avec une vraie profondeur, une véritable épaisseur car ils participent non seulement à la survie du docteur injustement emprisonné par les ancêtres de Darnay mais ils poursuivent néanmoins leur vengeance en dépit de toute logique puisqu’ils punissent ledit Darnay, innocent des crimes qu’on lui impute mais seul descendant de la famille Sainte-Evrémonde. Pour Dickens il s’agit aussi de monter que des tyrans peuvent en remplacer d’autres bien qu’il nous fasse sentir que ceux-ci ont quelques excuses.
   
   Néanmoins, la lecture fut lente et peu distrayante. On a aussi reproché à Dickens, le manque d’humour de ce roman. J’avoue que ce n’est pas ce qui m’a vraiment manqué dans ce roman parfois morose dont la fin est digne d’une tragédie grecque. Enfin ce livre sombre m’a paru assez souvent obscur dans ses tenants et aboutissants. On se perd vite entre Paris et Londres, entre les anciens et les nouveaux, les espions, les vrais amis et autres comploteurs de toute sorte, les cauchemars, les visions et la "réalité" fictionnelle ("diégèse", dit-on dans le grand monde). De même, certains passages, descriptifs ou contemplatifs avec ce détachement dans le style à l’image prégnante, à la métaphore recherchée – peut-être est-ce en cela que réside l’humour de Dickens- alterne avec des chapitres où l’action se fait pressante et non dépourvue d’un certain suspens, presque comme dans un roman policier et où la lecture devient passionnante et captivante.
   
   Pour conclure, je dirai que j’étais assez content d’avoir terminé ce roman. Je l’avais déjà commencé il y a quelques années sans parvenir à m’y intéresser. Ce ne sera pas mon Dickens préféré.
   « It was nothing to her, that an innocent man was to die for the sins of his forefathers; she saw, not him, but them. It was nothing to her, that his wife was to be made a widow and his daughter an orphan; that was insufficient punishment, because they were her natural enemies and her prey, and as such had no right to live. To appeal to her, was made hopeless by her having no sense of pity, even for herself.
   Book the Third, The Track of the Storm, Chapter XIV, “The Knitting Done.”

   Ce n’était rien pour elle qu’un homme dût mourir pour les crimes de ses ancêtres. Ce n’est pas lui qu’elle voyait mais eux. Ce n’était rien pour elle que son épouse dût devenir veuve et sa fille orpheline. Le châtiment n’était pas assez sévère parce qu’ils étaient ses ennemis naturels et sa proie et qu’ainsi n’avaient pas le droit de vivre. L’appel à la clémence était rendu inutile par un manque de pitié qu’elle n’avait même pas pour elle.
   Livre troisième, Le souffle de la tempête, chapitre XIV, "Fin de la tricoteuse".

critique par Mouton Noir




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