Lecture / Ecriture
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Le regard de L’Inde de Vidiadhar Surajprasad Naipaul

Vidiadhar Surajprasad Naipaul
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  Le regard de L’Inde

Né en 1932 à Trinité-et-Tobago (îles des Antilles au large du Venezuela indépendantes depuis 1962), Vidiadhar Surajprasad (V. S) Naipaul a la nationalité britannique.
Son œuvre comporte des ouvrages de fiction et d'autres à caractère documentaire.
Couronné par de nombreux prix littéraires dont le Hawthornden Prize en 1964, le Booker Prize en 1971 et le T.S. Eliot Award for Creative Writing en 1986, il s'est finalement vu attribuer le Prix Nobel de Littérature en 2001.
Docteur honoris causa de plusieurs universités, il fut anobli par la reine Élisabeth en 1990.

Le regard de L’Inde - Vidiadhar Surajprasad Naipaul

Des racines oubliées
Note :

   Lors de ma lecture de "L’Inde, un million de révoltes", l’essai monumental que V.S. Naipaul a consacré à la terre de ses ancêtres, j’ai été profondément marquée par le mélange, passionnant mais parfois inconfortable, de familiarité et d’étrangeté qui imprégnait son regard sur ce pays. Un pays que ce petit-fils d’émigrés indiens à Trinidad n’a découvert qu’à l’âge de trente ans. Et "Le regard de l’Inde", tout justement, revient plus en détails sur ce que V.S. Naipaul en connaissait avant de pouvoir s’y rendre en personne: une vision sans aucun doute très fragmentaire qui s’alimentait à une histoire familiale elle-même tronquée car ainsi que nous le confie l’auteur, "Je connais mon père et ma mère, mais je ne peux aller au-delà. Mon ascendance est brouillée. Mon père a perdu son père lorsqu’il était encore bébé. Telle est l’histoire qui m’est parvenue, et tout ce qui remonte si loin n’est qu’une histoire de famille, sujette à des enjolivures ou à l’invention pure et simple, si bien qu’on ne saurait s’y fier." (p. 9)
   
   Entre les premières migrations de travailleurs indiens vers Trinidad, dans les années 1880, et les premiers pèlerinages des descendants des émigrants au pays de leurs origines, dans les années qui suivirent la deuxième guerre mondiale, tout un pan de mémoire s’est perdu que V.S. Naipaul, suivant l’exemple de son père, a tenté de retrouver à travers ses lectures. "Le regard de l’Inde" passe ainsi, presque brutalement, de l’évocation de souvenirs familiaux à l’exercice d'une critique littéraire portant tout particulièrement sur les autobiographies de Rahman Khan - un ouvrier indien émigré au Surinam, et dont la trajectoire est sans doute comparable à celle des grands-parents de V.S. Naipaul – puis de façon à première vue plus surprenante, du Mahatma Gandhi et de son compagnon du combat pour l’Indépendance, Nehru, trois sources auxquelles V.S. Naipaul s’est nourri pour se forger une image de l’Inde – on l’a dit - décidément très fragmentaire, et biaisée en outre par bon nombre d'influences étrangères, néerlandaises dans le cas de Rahman Khan, anglaises, sud-africaines ou même russes dans le cas de Gandhi... L’ensemble peut paraître des plus disparates, et "Le regard de l’Inde" du même coup quelque peu décousu. Mais ce n’en est pas moins un bon complément à la lecture de "L’Inde, un million de révoltes" auquel il offre en quelque sorte un point de départ.
   
   Extrait:
   "La première migration, depuis l’Inde, avait eu lieu entre 1880 et 1897. Je suis né en 1932. La plupart des adultes que j’ai connus dans mon enfance devaient se souvenir de l’Inde.. Mais on n’en parlait jamais. Ceux qui finirent par en parler, huit ou dix ans après ma naissance, appartenaient à la nouvelle génération, éduqués à la nouvelle mode, et leur discours était politique : il évoquait le mouvement de libération et le nom de ses héros. L’Inde du mouvement de libération, un pays dont parlaient les journaux, semblait étrangement distincte de l’Inde plus domestique et plus intime d’où nous étions venus. De cette Inde-là, nous n’entendions rien dire.
   Non que nous ayons oublié ou voulu oublié, en tant que colons, d’où nous venions. Au contraire. L’Inde de nos origines ne se laissait pas oublier. Elle imbibait nos vies, notre religion, nos rites, nos fêtes, une grande partie de notre calendrier sacré, et jusqu’à nos idées sur la société; l’Inde continuait de vivre en nous, même quand nous commençâmes d’en oublier la langue. C’est peut-être à cause de cette persistance complète de l’Inde que nous ne pensions jamais à demander des nouvelles du pays à des gens venus de là-bas et dont les souvenirs devaient être assez frais. Et quand nous perdîmes cette notion d’entièreté et qu’un nouveau sentiment de l’histoire nous conduisît à nous interroger sur les circonstances de notre migration, il était trop tard. Beaucoup des personnes âgées que nous aurions pu questionner sur leur vie là-bas étaient mortes (…)" (pp. 18-20)

   
   
   Titre original: A Writer's People: Ways of Looking and Feeling (2007)

critique par Fée Carabine




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