Lecture / Ecriture
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Le colonel désaccordé de Olivier Bleys

Olivier Bleys
  Le colonel désaccordé
  Concerto pour la main morte
  Le maître de café
  B comme: Chambres Noires Tome 1 Esprit, es-tu là?
  Semper Augustus
  L'art de la marche

Olivier Bleys est un écrivain français né en 1970.

Le colonel désaccordé - Olivier Bleys

Brésil du début du XIXeme
Note :

   Eduardo Rymar est au service du Roi du Portugal. Face à l’avancée de l’armée napoléonienne qui menace son pays, une partie de la Cour se rend au Brésil, possession de l’autre côté de l’Atlantique. Rymar reçoit l’ordre d’accompagner la cour, contre son gré: il voudrait combattre, défendre sa patrie face aux envahisseurs. Il est d’autant plus aigri que sa seule mission est d’accompagner les instruments de musique de la Cour lors de la traversée, et de les livrer sans dommages au Brésil. Sa carrière militaire est mise entre parenthèse, mais il transpose sur ses enfants les rêves de gloire qu’il n’a pas pu réaliser.
   
   Le colonel désaccordé est Eduardo, cet homme qui rêve d’être connu pour ses exploits militaires et redonner son lustre au nom qu’il porte. Mais, pour des raisons obscures, il est mis à l’écart, condamné à surveiller ces pianos, lui qui ne connaît rien à la musique. Son aigreur augmente, et il abandonne peu à peu ses missions en les laissant à son homme de main, Querubim. Il n’arrive pas à se faire à ce pays, où les indiens et les métisses sont en grand nombre et se mélangent aux blancs, où rien ne ressemble à son ancienne patrie chérie. Le prince lui propose alors d’épouser une femme, et c’est avec Rosalia qu’il fondera une famille, composée de deux fils et un enfant.
   
   La deuxième partie du récit s’attarde sur le personnage d’Angelo, le fils de Rosalia qu’Eduardo Rymar prend sous son aile après le mariage. Mais le fils s’éloigne rapidement de la carrière militaire voulue par son père, et se tourne vers la musique, au grand dam de ce dernier. Cette seconde partie, avec la formation d’Angelo à l’Académie militaire et les campagnes dans les régions du nord du Brésil, est assez passionnante. Le début de l’ouvrage, s’il donne l’occasion de scènes intéressantes (notamment la traversée en mer), est plus long à se mettre en place. Cette difficulté est certainement liée au personnage d’Eduardo Rymar, homme sûr de son pouvoir et de sa force, assez antipathique. Mais peu à peu, le récit prend de l’ampleur, et le lecteur se laisse emporter par l’écriture un peu surannée et très classique de Olivier Bleys. Petit regret: deux dernières pages un peu décevantes (voire de trop), qui suivent de très belles scènes dans la salle à manger d’une maison en ruine et de remontées de fleuves en pirogue.
   
   Ce roman est surtout l’occasion d’une très instructive plongée dans le Brésil du début du XIXeme Siècle. Période pendant laquelle le Brésil prend son indépendance, événement qui ne transparaît que par instants, en toile de fond, et qui ne modifie pas fondamentalement la vie des protagonistes de ce roman. En laissant de coté cet événement historique, l’auteur prend le parti d’indiquer que l’indépendance, si elle est importante pour les autochtones, est sans grande conséquence pour les colonisateurs. Mais l’histoire finit par rattraper la famille Rymar, par là où elle l’attend le moins…
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critique par Yohan




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Récit d’aventures sur trame historique
Note :

    Le livre d’Olivier Bleys paru aux Editions Gallimard: "le colonel désaccordé" est dédié à Chiquinha Gonzaga (1847-1935) pianiste et auteur de chansons brésiliennes qui a milité contre l’esclavage au Brésil. Il s’adresse aussi à tous ceux qui ont l’amour de la musique et en portent le regret.
   
   Et en effet, le Brésil et la musique sont au cœur de ce roman même si le principal personnage, Dom Eduardo Alfonso Rymar, pauvre mais héritier d’un grand nom, capitaine dans l’armée portugaise, exècre les deux! Nous sommes en 1807 et le régent portugais Dom Joao et toute la famille royale quittent Lisbonne pour s’exiler au Brésil, fuyant les armées napoléoniennes. Le capitaine Rymar, qui a perdu une jambe dans une bataille, embarque sur un navire dont il doit mener à bon port un chargement extrêmement précieux d’instruments de musique, pianos et clavecins appartenant à la noblesse. Le capitaine s’acclimate très mal à son nouveau pays et ceci d’autant plus qu’il est nommé conservateur royal des instruments à clavier alors qu’il n’a aucune notion de musique, qu’il ne supporte pas le son des instruments et qu’il ne rêve que d’en découdre à la tête d’un bataillon. C’est là pourtant, qu’il va construire sa vie, dirigeant avec l’aide de son ordonnance, Querubim, un atelier de restauration de pianos, gravissant les échelons jusqu’au grade de colonel sans livrer un seul combat. C’est là, dans ce pays en pleine évolution, qui gagne peu à peu son indépendance, qu’il va fonder une famille, reportant sur ses fils son idéal d’un métier militaire. Oui, mais son fils adoptif, Angelo, ne rêve que de musique…
   
   Le roman de Olivier Bleys se lit avec beaucoup de plaisir. Il allie l’intérêt d’une trame historique à celui d’un récit d’aventures. La chronique du Brésil de 1807 aux années 1836 est haute en couleurs et bien documentée. L’écrivain donne un tableau vivant et animé de ce pays où la nature est luxuriante et la population tout autant. En plein devenir, le Brésil tranche avec le mode de vie collet monté du vieux pays européen. La population y est cosmopolite où se mêlent européens fraîchement arrivés, anciens colons qui forment une classe un peu à part, très reconnaissable à ses vêtements colorés et aussi esclaves affranchis, produits de métissage qui tout en supportant le mépris des blancs accèdent à un statut supérieur. Les planteurs avec leur morgue et leur cruauté vis à vis des noirs sont aussi représentés. Pendant cette période le Brésil prendra conscience d’être un pays à part entière et conquerra son indépendance; il devra faire face, aussi, aux révoltes des esclaves cherchant à se libérer.
   
   Le capitaine Rymar est une sorte d’anti-héros qui n’est pas très sympathique et qui prête souvent à rire; il ne manque pas de pittoresque avec son moignon reposant sur un pilon de bois de chêne du Portugal, qu’il refuse de changer - même si celui-ci est grignoté par la vermine- par un bois exotique du Brésil, patriotisme oblige! Voué à la musique sur ordre royal alors qu’il ne supporte pas le bruit le plus infime comme le frottement des cils sur des lunettes, il doit se se protéger en portant des oreillettes en forme d’oreilles de cocker. Militaire malchanceux, il ne remettra plus les pieds sur un champ de bataille. Conventionnel dans ses mœurs, raciste, imbu de lui-même, il tombe dans un piège et épouse une métisse dont il est amoureux qui non seulement n’est pas vierge mais a déjà un enfant. C’est un personnage à qui il arrive tellement de mésaventures que l’on finit par s’y intéresser malgré ou peut-être à cause de ses contradictions. Tous ceux qui l’entourent, à commencer par le métis Eusébio qui devient son ami, sa femme Rosalia, son esclave Lisandre, ses fils, jeunes apprentis militaires, forment aussi des figures typiques de ce pays en mutation.
   
   Enfin il y la musique, omniprésente, que nous découvrons à travers l’histoire des instruments apportés au Brésil, eux aussi en pleine évolution, les airs brésiliens, et l’amour indéfectible du fils de Rymar, Angelo, musicien contrarié dans sa vocation mais compositeur de génie.
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critique par Claudialucia




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Ils me manquent déjà, tous !
Note :

    1807, le roi du Portugal s'exile au Brésil, une lointaine colonie, fuyant la déroute prévisible des armées de son pays contre celles de Napoléon. Il emporte avec lui quantité d'objets, dont des clavecins et piano-forte. Le capitaine Eduardo Rymar, vaillant officier de l'armée portugaise est du voyage comme convoyeur de ces appareils à musique. Lui, qui n'entend rien à la musique vit cela comme un outrage. Son installation au Brésil ne se fera pas sans mal, ni son adaptation. Ce roman est donc le périple de ce glorieux capitaine et son rapport à la musique, omniprésente.
   
    Quel beau roman! Dépaysement garanti : le Brésil aux moments de son indépendance, Rio de Janeiro, ses rues mal famées, la sensualité se dégageant de ses habitants, la jungle amazonienne. J'ai dégusté lentement les pages refusant de quitter Eduardo Rymar et sa famille. Je regrette d'ailleurs d'avoir eu à les laisser, une fois la dernière page tournée.
   
    Pour être franc, il ne se passe pas de grandes choses dans le roman, mais plein de petits événements qui le rendent passionnant et qui forgent des personnages attachants, émouvants, parfois désagréables, misogynes et racistes, mais rien de "scandaleux" si l'on se réfère à l'époque. Toujours très humains.
   
    Olivier Bleys fait preuve d'une écriture particulièrement agréable, maitrisée, et limpide. Il parait bien documenté -je dis "il parait" parce que moi, le Brésil du début 19ème siècle, je n'en connais rien. J'ai donc appris plein de choses sur le Brésil : la période de son indépendance, qu'il avait été un royaume, la révolte des esclaves demandant leur élargissement, ...
   
   Instructif, très bien écrit, beaux paysages et personnages de belles stature ; autant de raisons pour ouvrir très vite ce livre.

critique par Yv




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