Lecture / Ecriture
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La blessure de Anna Enquist

Anna Enquist
  Les porteurs de glace
  Le saut
  Le chef d'oeuvre
  Le retour
  La blessure
  Les endormeurs
  Quatuor
  Contrepoint

Anna Enquist est le pseudonyme de l'écrivain néerlandais Christa Widlund-Broer, née le 19 juillet 1945 à Amsterdam aux Pays-Bas, elle a grandi à Delft.
Après des études de piano au conservatoire de musique de La Haye, elle a étudié la psychologie clinique à Leiden ayant envisagé les carrières de musicienne ou de psychanalyste.
Elle a publié des recueils de poèmes et des romans, et a connu le succès dès son premier roman "Le chef-d’œuvre". Elle se consacre maintenant à l'écriture.

La blessure - Anna Enquist

Simple, net et efficace
Note :

   "La blessure" est un recueil de nouvelles parfaitement clos sur lui même. En effet, Anna Enquist réussit le tour de force de partir d'un fait authentique, un père et ses deux fils qui ont erré sur un bloc de glace pendant quatorze jours au 19 ème siècle "la traversée", de nous parler de relations familiales plus contemporaines, de football, de l'organisation de la cuisine d'un hôpital, de tableau retrouvé, pour terminer par un texte qui nous donne, mine de rien, en passant, des nouvelles de personnages évoqués précédemment, dans un paysage d'une luminosité, une blancheur absolue, équivalente à celle inaugurant le recueil. Armature solide donc.
   
   Point commun à tous ces personnages, qu'ils soient adultes ou enfants? Une blessure, une fragilité,"Je me sens comme un tache mal délimitée" qui va soudain les faire basculer , un peu -ou plus - dans un état de bouleversement qu'ils affronteront avec des armes variées. Ce peut être la politesse car "La politesse est un poignard en or", la connaissance: Jacob qui est le seul à savoir nager et lire dans cette famille de pêcheurs, veut à tout prix s'en sortir, alors que son père et son frère, plus frustes, s'abandonnent aux éléments...
   
   Anna Enquist souligne les ambivalences de ses héros, ainsi une adolescente qui ment à ses parents pour aller rejoindre celui dont elle croit être amoureuse: "Pourquoi ne sait-elle pas ce que je fais, pense Hanna, pourquoi est-ce que je me mets à pleurer, pourtant je ne veux surtout pas qu'elle le sache."
   
   L'auteure excelle à nous montrer, sans pathos, l'hystérie qui s'enflamme soudain dans une communauté vivant en quasi autarcie, ou celle qui couve à bas bruit dans le cerveau d'un excellent gestionnaire, plus apte à la déceler chez les autres qu'à la reconnaître chez lui. La description de toutes les stratégies qu'il met en place inconsciemment pour la tenir à distance est proprement époustouflante. Quant à celle, hallucinée, des relations d'un couple hollandais dans un camping français à la veille d'un match de foot, elle vaut aussi tous les romans."Les vacances se passent à laver. De la vaisselle, des vêtements, des corps. Tout est enduit de savon et maintenu sous un filet d'eau. Pendant ce temps, il faut crier comme dans une conversation en plein ouragan.
   -Je voudrais être morte.
   -Je n'arriverai pas à me débarrasser de cette tache de gras.
   - Ce soir je vais me pendre
   -J'aimerais faire des rognons.
   Et cetera. Tout se perd dans le vent."

   
   C'est en effet avec une grande économie de moyens, mais avec beaucoup d'empathie, qu'Anna Enquist relate ces instants, sans jamais céder à la facilité de la nouvelle à chute, préférant évoquer des atmosphères, raconter de manière simple, nette et efficace. Ainsi en deux phrases : "Le morceau de glace remonte en basculant à la surface. Pas père." Du grand art.
   
    267 pages infiniment justes.

critique par Cathulu




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