Lecture / Ecriture
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Mes parents de Hervé Guibert

Hervé Guibert
  Mes parents

Mes parents - Hervé Guibert

Tes parents, si ça tombe…
Note :

   Il était dans une caisse de livres, un matin pluvieux; les bouquins et les fripes de la foire à tout ont l’air plus désolé sous le ciel gris. Il y avait aussi des nouvelles de Carver. L’un des garçons a dit que les livres se vendaient par trois (pour une misère), alors je me suis penchée à nouveau sur le carton et j’ai hésité; j’ai fini par prendre un Steinbeck
   et Hervé Guibert. Vous vous rappelez cet ange blond dont on voyait beaucoup la photo en devanture des librairies dans les années 90? (dans mes souvenirs du moins) Son écriture est à l’opposé de cette beauté classique; tranchante, nette, fouillant les viscères, dégonflant les mensonges et les hypocrisies. J’ai lu il y a longtemps "Le protocole compassionnel", qui relate son rapport à la maladie qui allait l’emporter, le sida.
   
   "Mes parents" est l’autobiographie d’un trentenaire (titre mi-trompeur, puisque c’est son enfance et son émancipation que raconte le narrateur, mais il donne comme point de départ de l’écriture la révélation d’un secret honteux et clôt son récit avec la mort de la mère).
   
   C’est un récit de détestation et d’agacement avec des éclairs d’amour. Il peint un couple uni seulement par le goût de l’argent, marié par calcul (une erreur de jeunesse à maquiller, une situation à obtenir), fui aussi vite que possible par ses enfants, dans la maternité précoce pour la fille aînée, dans le théâtre et des liaisons réprouvées pour le narrateur. Je ne me suis pas sentie loin d’Annie Ernaux lorsqu’il cherche à mesurer le fossé qui s’est creusé entre eux et lui devenu parisien et écrivain, eux prenant naïvement la mesure de sa notoriété à son apparition à la télévision. Je ne peux m’empêcher d’admirer ces faits posés là, en lumière, ces intimités parfois rebutantes qu’on rejette et cherche à oublier à mesure qu’on se fabrique de nouvelles habitudes, intimités qui paraissent plus détestables quand on est forcé de renouer avec elles à l’occasion. Admirer ce compte-rendu, ce rapport sur eux, sur ça, si intime qu’il devient universel.
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critique par Rose




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Récit autobiographique
Note :

   J’avais acheté ce livre après avoir lu A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie, que j’avais bien aimé.
   
    Ici aussi il s’agit d’un récit autobiographique, ou plus exactement d’une autofiction, et il est sans doute peu intéressant de chercher à démêler le vrai du faux, puisque souvent l’imaginaire romanesque est au service de la vérité.
   
   Mes Parents est un livre qui juxtapose des souvenirs de manière à peu près chronologique, de la petite enfance à l’âge adulte, et sur des thèmes variés, mais il m’a semblé que le fil conducteur du récit était l’homosexualité du narrateur, ses attirances, ses amours, ses rencontres, et la manière dont ses parents ont réagi c’est-à-dire avec une bienveillante incompréhension.
   
    Le narrateur dresse un portrait de ses parents peu flatteur : il les présente comme avares, mesquins, assez médiocres par leurs ambitions et leurs talents. En même temps, il semble ressentir un grand amour pour son père, même si ce dernier le décevra souvent.
   
    Par rapport à la mère, on ressent aussi une grande aversion mais des aveux d’amour surgissent tout à coup lorsqu’elle tombe gravement malade dans la dernière partie du livre. Les paragraphes deviennent alors plus courts, moins aboutis littérairement, avec des extraits de journal intime, ce qui témoigne de la douleur du narrateur-auteur et de sa peine à s’exprimer.
   
   Un livre intéressant, émouvant, qui m’a paru cependant moins abouti qu’A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie, avec un côté plus fragmentaire et éparpillé.
   
   Voici un extrait page 64 :
   "Le dimanche matin, ma sœur et moi on est obligés d’aller à la messe, sinon on n’a pas les dix francs d’argent de poche hebdomadaire qui nous permettent l’après-midi d’aller au cinéma. La messe est une torture, le dimanche je déteste mon père. Je l’adore le jeudi après-midi, il devient mon meilleur copain. Après le déjeuner nous descendons ensemble dans la rue, ma mère nous regarde derrière la fenêtre, tout de suite je mets ma main droite dans la main gauche de mon père et il les enfouit toutes les deux dans sa poche."

critique par Etcetera




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