Lecture / Ecriture
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Océan Pacifique de Hubert Mingarelli

Hubert Mingarelli
  Hommes sans mère
  L'arbre
  La Dernière Neige
  Le Bruit du vent
  Le jour de la cavalerie
  Le voyage d'Eladio
  Une rivière verte et silencieuse
  Vie de sable
  Océan Pacifique
  Quatre soldats
  La beauté des loutres
  Marcher sur la rivière
  La promesse
  L'année du soulèvement
  La lettre de Buenos Aires
  Un repas en hiver
  L’homme qui avait soif
  La route de Beit Zera
  L'incendie
  Ados: La lumière volée
  La vague
  La source

Hubert Mingarelli est un écrivain français né en 1956 en Lorraine.


* Interview dans la rubrique "Rencontres"

Océan Pacifique - Hubert Mingarelli

La mer, les hommes.
Note :

   Dernier opus en date d'Hubert Mingarelli, ce recueil contient 3 nouvelles. Trois nouvelles en liaison avec l'océan, et les hommes, et les bateaux. Hubert Mingarelli a été amené à s'engager à l'âge de 17 ans dans la Marine Nationale et l'expérience ressort régulièrement sous une forme ou une autre. La forme est très explicite dans les 2 premières : Océan Pacifique, et Giovanni. Le bonheur n'est pas au rendez-vous. Enfin au rendez-vous du lecteur, si ! C'est au rendez-vous du matelot que le bonheur a fait faux bond.
   Dans la première ; Océan Pacifique, l'art de Mingarelli de pousser jusqu'au bout l'analyse d'une situation restreinte, en audience restreinte, a un sacré os à ronger. L'expérience de matelots « couvrant » un essai nucléaire dans le Pacifique. Ou comment un évènement de ce type peut déstabiliser des hommes. Une vision de l'horreur très intériorisée puisqu'on parlera essentiellement du souffle de l'explosion.
   Et toujours deux, trois personnages. Un laps de temps de l'ordre de la journée. L'apocalypse envisagée par le petit bout de la lorgnette ; le nôtre.
   Dans la seconde, Mingarelli exprime à merveille la déshérence et le mal-être de ces hommes appelés à se retrancher du monde pour naviguer, à se mettre entre parenthèses, avec la douleur intérieure que ça peut représenter.
   « J'étais fatigué, la nuit était passée, et nous manquions tous de bonté à bord. Alors je me suis mis à pleurer. Je pleurais sur moi, sur Giovanni et le vrai Giovanni. Puis j'ai joint les mains derrière la nuque et resserré mes bras sur les tempes, et alors j'ai pleuré sur la mère de Bocchi, et sur toutes les mères qui ignorent combien nous souffrons. »
   Pas de doute Hubert Mingarelli possède l'art de réveiller en nous des sentiments enfouis, pas toujours faciles à regarder en face.
   Dans la troisième, l'océan n'est qu'évoqué, même si omniprésent. Un père, son fils. Une relation jamais simple. Encore moins quand décrite par Mingarelli.
   Un bien beau recueil, annoncé dans l'interview donné en 2004, et qui figure sur le site. A l'époque c'était de l'écriture de ces nouvelles dont il aurait voulu parler. C'était son présent. Et bien c'est disponible maintenant!
    ↓

critique par Tistou




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De l'océan et du manque de bonté des hommes
Note :

   La Marine Nationale, dans laquelle Hubert Mingarelli s'était lui-même engagé à l'âge de dix-sept ans, assure le lien entre les trois nouvelles qui forment ce recueil. Les héros des deux premières – "Océan Pacifique" et "Giovanni" – y sont en poste, l'un à Mururoa, l'autre Dieu-seul-sait-où mais en tout cas bien loin de chez lui. Quant à Svevo, le jeune narrateur de "Bateau sous la neige", il passe sa dernière soirée dans sa famille avant de rejoindre sa première affectation.
   
   L'ensemble est long et lent, à l'égal de l'océan illimité et du temps qui s'étire à l'infini pendant les heures de quart, de minuit à quatre heures, ces heures que les personnages d'Hubert Mingarelli - adolescents trop vite montés en graines - passent à lutter contre le sommeil, tout en songeant à la vacuité de leur vie à bord et au manque de bonté des hommes. La présence affectueuse du chien Giovanni (qui donne son titre à la deuxième nouvelle) n'y change rien. Ni la belle complicité de Svevo et de son père dans "Un bateau sous la neige" qui, par proximité, se voit comme contaminé par la mélancolie des deux textes précédents.
   
   Il flotte décidément sur ces nouvelles une vague tristesse. Un air d'attentes déçues. Un parfum d'illusions perdues. C'est – bizarrement - très beau et cela serre le cœur. Et c'est admirablement rendu par la toute récente adaptation cinématographique, réalisée par Marion Hänsel sous le titre "Noir océan", des nouvelles "Océan Pacifique" et "Giovanni".
   
   
   Extrait:
   
   "J'ai terminé ma cigarette là-bas, en regardant le large. Des cumulus blancs se formaient sur l'horizon à des milles de là. Mais à part ces nuages, il n'y avait rien à voir que la ligne courbe et immense de l'horizon, et chaque fois que j'avais sous les yeux cette immense courbe vide, cela suscitait en moi tout le temps la même impression d'irréalité. J'étais là et l'horizon courbe était là-bas, voilà tout, et je ne ressentais rien en particulier. J'étais à des milliers de milles des endroits où j'avais vécu, et je ne me sentais ni heureux ni malheureux." (p. 31)

critique par Fée Carabine




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