Lecture / Ecriture
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Mémoires de deux jeunes mariées de Honoré de Balzac

Honoré de Balzac
  La peau de chagrin
  la fille aux yeux d'or
  Le colonel Chabert
  L'interdiction
  La messe de l’athée
  Le contrat de mariage
  Une ténèbreuse affaire
  Le lys dans la vallée
  Mémoires de deux jeunes mariées
  Illusions perdues
  Le Chef-d’œuvre inconnu
  Philosophie de la vie conjugale
  Louis Lambert
  Séraphîta
  Béatrix
  Splendeurs et misères des courtisanes
  La Grande Bretèche
  La Recherche de l'Absolu
  Eugénie Grandet
  Le curé de village
  La duchesse de Langeais
  Le médecin de campagne
  La Rabouilleuse
  La Grenardière
  L’auberge rouge
  La Cousine Bette
  Adieu
  Le bal de Sceaux

Honoré de Balzac est un écrivain français né en 1799 et mort en 1850. Très prolifique, il a publié 91 romans et nouvelles de 1829 à 1852 et laissé une cinquantaine d'œuvres non achevées.


* Voir la fiche "Du roman considéré comme un des beaux-arts".

Mémoires de deux jeunes mariées - Honoré de Balzac

Débat d'idées
Note :

   Que les choses soient tout de suite claires, je n'aime pas Balzac (j'entends d'ici le hurlement outré de Fashion), je ne l'ai jamais aimé, mais allez savoir pourquoi, de temps à autre, me vient la lubie de me prouver que j'ai tort. Dans ces cas-là, je m'empare généralement d'un roman de ce bon vieil Honoré que je laisse généralement tomber avec un soupir de souffrance absolu après un nombre plus ou moins important de pages. Pour vous donner un exemple, je n'ai jamais passé les quarante premières pages du "Père Goriot", "Splendeur et misère d'une courtisane" a tenu le choc un peu plus longtemps puisque je suis parvenue au début de la dernière partie et seules sont rescapées du massacre les œuvres que j'ai dû lire contrainte et forcée pendant mes études. Les aventures du colonel Chabert m'ont laissé un souvenir perplexe, mais j'avais 13 ans et quelques excuses. J'admets avoir plutôt apprécié "La recherche de l'absolu", mais la peau de vache qui me servait de professeur de lettre cette année là m'aurait fait aimer n'importe quoi tant était grand son talent à être peau de vache ET passionné par son sujet (et à porter les cravates les plus improbables et les moins assorties à son costume, mais là n'est pas le sujet). Tiens, j'allais oublier cette pauvre Eugénie et son triste destin... Pour tout dire, je ne me souviens quasi plus de ce en quoi consistait le triste destin de cette brave et pauvre Eugénie, si ce n'est qu'il contenait un banc et de la mousse. Enfin je crois. Bref, entre Honoré et moi ce n'est pas gagné, et pour tout dire, ce n'est pas "Mémoires d'une jeune mariée"* qui va me faire changer d'avis sur la question.
   
   Mais venons-en au sujet de ce billet et à nos deux jeunes mariées. Louise de Chaulieu et Renée de Maucombe sont amies intimes depuis leurs études au couvent des carmélites de Blois. Toute leur vie, elles vont échanger des lettres racontant leur vie familiale et amoureuse. La première, Louise, est destinée au couvent par ses parents, mais se révoltant, elle fait son entrée dans le monde et se permettra deux mariages d'amour, le premier avec un noble espagnol qui la laissera veuve éplorée, le second avec un poète plus jeune qu'elle qui la fera mourir d'amour. Face à elle, Renée qui tente de la raisonner et de lui donner en exemple son mariage de raison et sa vie heureuse de mère de famille malgré les luttes qu'elle a dû mener contre elle-même dans les premiers temps d'une union dans laquelle elle était entrée avec la volonté de se sacrifier et de se dévouer à un homme qu'elle n'aimait pas plutôt que de regagner le couvent.
   
   S'il y a une chose que je reconnais à Balzac, c'est sa capacité à créer et faire vivre des personnages étonnants. Louise et Renée sont, chacune à leur manière, assez fascinantes. Louise, amoureuse de l'amour, incapable d'entendre raison et refusant la tiédeur d'une union sans passion. Renée capable de l'abnégation la plus totale, mère dévouée. Louise et Renée, chacune à sa manière monstre d'égoïsme et de rouerie, chacune à sa manière affirmant sa liberté dans les chaînes que leur condition de femme leur impose. Par le mode épistolaire, Balzac entre dans leur intimité et livre leurs échanges autour de leurs conceptions opposées de l'amour et du mariage. Mais s'il lui arrive de faire preuve d'une certaine finesse psychologique, ses personnages m'ont plus paru être l'incarnation de principes que des êtres de chair et de sentiment. L'une est l'Amoureuse, l'autre la Mère, et chacune défend son pré carré avec moult arguments et j'oserais dire, arguties. Pour être franche, j'ai trouvé cette lecture longue et fastidieuse ce qui est un comble pour un récit qui dure un peu moins de 300 pages. Les premières lettres, où Louise et Renée racontent la découverte qu'elles ont de leur nouvelle vie sont intéressantes: elles montrent la société et ses mœurs à travers les yeux de deux jeunes femmes qui ont oublié d'être bêtes et dont l'esprit leur permet de percer à jour le fonctionnement du monde dans lequel elles entrent. Puis, chaque lettre redit peu ou prou ce que disait la précédente: Louise répète les mêmes erreurs, porte toujours ou presque le même regard sur la vie de Renée, et inversement. Chacune reste campée dans sa conception du monde. Seul intérêt de la chose, Balzac montre ainsi ce que peut cacher la façade de mère ou d'épouse présentée au monde et dit bien que dans la société dans laquelle il vit, mariage et amour sont antinomiques, il confronte, il montre parfois la cruauté de cette amitié féminine, la jalousie, les doutes. Il crée aussi et au-delà de cet aspect deux personnages de femmes qui cherchent le pouvoir et dans une certaine mesure, l'obtiennent et font preuve d'une ambition certaine. Ce qui est dommage, c'est que finalement, le débat sur le mariage, sur la famille et sur l'amour prend le pas sur les personnages et leur histoire, ce qui rend la plupart des lettres assez fastidieuses malgré de beaux passages. Je passe sur le fait que les deux parties m'ont parues un miroir assez lassant et sur le fait que nos deux héroïnes ont fini par m'agacer prodigieusement. Il semble que les grandes envolées lyriques sur l'amour et la maternité ne soient pas ma tasse de thé.
   
   Bref, si la langue est belle et le fond intéressant, c'est de nouveau un semi-échec! Mais je ne m'avoue pas vaincue!
   
   
   * voire de deux

critique par Chiffonnette




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