Lecture / Ecriture
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Obscura de Régis  Descott

Régis  Descott
  Obscura
  Pavillon 38

Obscura - Régis  Descott

Bilan mitigé
Note :

   Me voilà assez partagée à l’issue de cette lecture car malgré de nombreux atouts évidents, ce roman n’a pas complètement comblé mes attentes pour ce qui est du registre policier.
   
   Jean Corbel est jeune médecin à Paris. Il vit depuis quatre ans avec une jeune actrice, Sybille Auclair, au-dessus du magasin de couleurs de son père, au bord de la Seine. Une lettre d’un de ses confrères du Sud de la France et certaines découvertes morbides vont le lancer sur les traces d’un esthète d’un genre particulier, un homme qui reproduit les toiles les plus célèbres de Manet en photographiant des cadavres. Le meurtrier utilise des femmes ressemblant aux modèles du célèbre peintre, et notamment à Olympia qui posa pour le scandaleux tableau éponyme.
   Le jeune médecin rencontre bientôt une ravissante prostituée entretenue par un mystérieux protecteur. Elle ressemble à Olympia, au même titre que Sybille d’ailleurs, et il ne faudrait pas trop le pousser pour qu’il succombe aux charmes tarifés de la jeune femme.
   
   L’enquête tourne autour de l’art et de la folie, deux thèmes qui ont retenu mon attention. Régis Descott entraine son lecteur jusque dans la clinique du docteur Blanche, là où séjournèrent les «fous» les plus prestigieux du XIXe siècle. Pourtant, en cette année 1885, les émules de Charcot font entendre leurs voix et le célèbre aliéniste ne sera bientôt plus à la pointe en matière de traitement des maladies mentales.
   J’ai beaucoup aimé la description du quotidien du docteur Corbel. Il travaille plus que de raison, dans les pires conditions, pour soulager le petit peuple parisien, mais sa propre situation n’est guère enviable:
   «Soixante pour cent des médecins parisiens ne gagnaient pas de quoi vivre décemment, certains n’atteignaient pas le seuil de survie des trois mille francs. Même les charges officielles étaient misérables. [...] La plupart des médecins gagnaient moins que la plupart des ouvriers, qu’il s’agisse de colleurs de papier, de charpentiers, de marbriers, de peintres en bâtiment ou de charretiers.» 

   
   Les visites de prostituées à son cabinet, celles qu’il donne à domicile montrent très bien la misère de tous ces gens qui s’entassent dans la plus grande promiscuité et pour le plus grand plaisir de la syphilis, du croup et autres microbes. Qui donnent d’ailleurs lieu à de belles descriptions:
   « Après sa première réaction de répulsion, Jean approcha son visage de la région pubienne. Formant un archipel couleur corail, une éruption de syphilides pustulo-crustacées serpigineuses semblait sortir du vagin et essaimait vers le périnée, les racines des cuisses et les aines. A cet instant, ce n’était plus une femme souffrante, ni même une patiente qu’il avait en face de lui, mais un sujet d’études, et ces lésions cutanées objectivement atroces lui apparaissaient dans toute leur beauté clinique. De un à cinq centimètres de diamètre, les croûtes étaient noirâtres, saillantes, coniques, stratifiées comme des écailles d’huitres, et entourées d’une auréole cuivrée, cette fameuse coloration qui aussitôt évoque la syphilis et que Fallope, dans le traité qu’il consacre à la maladie au XVIe siècle, comparait à du maigre de jambon».

   
   Je suis moins convaincue par l’intrigue elle-même, dont la résolution tient à un nombre de coïncidences qui dépasse le seuil du vraisemblable, comme le remarque le héros lui-même («Un hasard extraordinaire avait voulu que sa mère soit internée chez Blanche et confiée aux bons soins de Gérard»). Et j’ai toujours beaucoup de mal avec ces romans qui se résolvent à coups de "hasards extraordinaires"…

critique par Yspaddaden




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