Lecture / Ecriture
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Au bonheur des ogres de Daniel Pennac

Daniel Pennac
  Chagrin d'école
  Dès 10 ans: Kamo et moi
  Au bonheur des ogres
  La fée carabine
  La petite marchande de prose
  Dès 10 ans: L'œil du loup
  Comme un roman
  Journal d’un corps
  Des chrétiens et des maures
  Merci
  Le cas Malaussène
  Aux fruits de la passion
  Mon frère

Daniel Pennac est le nom de plume de Daniel Pennacchioni, écrivain français né en 1944 à Casablanca.
Il a reçu le prix Renaudot en 2007 pour son essai "Chagrin d'école".

Au bonheur des ogres - Daniel Pennac

Histoires de famille...
Note :

   Benjamin Malaussène, à la tête d'une petite famille de demi-frères et demi-sœurs aimablement laissés par sa mère, a un drôle de métier: il est bouc émissaire au service des Réclamations dans un grand magasin. Son rôle est d'apitoyer les clients mécontents pour trouver un arrangement à l'amiable et éviter des procès à l'entreprise. Un soir, à la veille de Noël, une bombe explose au rayons jouets, tuant sur le coup un garagiste sans enfants. Les semaines passent, une autre bombe explose, au rayon pulls cette fois; puis une troisième, près du photomaton. A chaque fois, Malaussène est dans les parages, et tous les soupçons se portent sur lui dans cette vague d'attentats aveugles. Mais s'il n'y avait que cela! Car Malaussène, en plus de ses ennuis au boulot, doit veiller sur toute sa tribu d'enfants terribles: la douce Clara, qui met de la distance entre le monde et elle par le biais de son appareil photo qu'elle a toujours à la main, Thérèse, l'extralucide, qui s'intéresse beaucoup au thème astral des victimes, Louna, enceinte de jumeaux jusqu'au cou, mais qui voudrait se faire avorter, Jérémy, le savant fou, très curieux mais qui n'hésite pas à confectionner des bombes artisanales au risque de faire exploser son collège, le Petit, encore à la maternelle, mais qui inquiète beaucoup ses enseignants depuis qu'il s'est mis à dessiner des "Ogres Noël"... Le tout sous les yeux de Julius, le chien épileptique et à l'odeur épouvantable, et de tante Julia, journaliste sensuelle et volcanique, et sur fond de misère sociale avec la foule de petits vieux à moitié séniles qui viennent bricoler à l'œil dans le grand magasin... Un vrai cirque!
   
   
   Avec ce premier tome des aventures de Malaussène, Pennac nous plonge dans un univers loufoque, où l'humour n'est jamais loin du pathétique voire du tragique (la référence à Zola n'est peut-être pas limitée au titre du roman). Les personnages sont extrêmement attachants, et on leur pardonne aisément leur léger défaut de crédibilité (les enfants sont très matures et ont un sens de la repartie remarquablement développé pour leur âge!). L'intrigue, construite comme celle d'un roman policier, est parfaitement menée, avec une dose d'occultisme pour faire frissonner le lecteur un peu blasé par le sujet "atrocités de la Seconde Guerre Mondiale". Le style est d'une vivacité surprenante, avec des trouvailles de vocabulaire délicieuses, et des remarques d'un cynisme tordant de la part du héros. Ce roman vous donne le sourire pour toute la journée, en dépit de son sujet un peu grave en apparence. Car Pennac sait mettre de la poésie partout, même dans le trivial, le quotidien, l'inintéressant. Sous sa plume, les personnages prennent vie et nous emmènent, pour notre plus grand bonheur, dans leurs tribulations burlesques. Du grand art, souvent décrié parce que trop "populaire" (quel qualificatif stupide...), et pourtant Daniel Pennac a bien sa place au sein du cercle très fermé des grands auteurs français contemporains, n'en déplaise aux Académiciens qui, malgré tout le respect que je leur porte, font plus de mal à la littérature qu'autre chose. Alors ne boudons pas notre plaisir et dévorons ce roman qui, je l'espère, vous donnera, autant qu'à moi, l'envie de lire les autres tomes de la série "Malaussène" !
   
   
   La Saga Malaussène:
   
   Au bonheur des ogres
(1985)
   La Fée Carabine (1987)
   La Petite Marchande de prose (1989)
   Monsieur Malaussène (1995)
   Des Chrétiens et des maures (1996)
   Aux fruits de la passion (1999)
   ↓

critique par Elizabeth Bennet




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C'est que je les aime, ces Malaussène !
Note :

   Extrait :
   
   "Côté famille, maman s'est tirée une fois de plus en m'abandonnant les mômes, et le Petit s'est mis à rêver d'ogres de Noël.
   Côté cœur, tante Julia a été séduite par ma nature de bouc (de bouc émissaire).
   Côté boulot, la première bombe a explosé au rayon des jouets, cinq minutes après mon passage. La deuxième quinze jours plus tard, au rayon des pulls, sous mes yeux. Comme j'étais là aussi pour l'explosion de la troisième, ils m'ont tous soupçonné.
   Pourquoi moi?
   Je dois avoir un don."

   
   
   Quelle bonne surprise que ce roman. Je ne me souviens plus si c'est Fashion ou Yueyin (ou les deux) qui m'a convaincue mais bon, peu importe qui, je vais lui dire un gros merci. J'ai adoré. Et en plus, allez savoir pourquoi, je m'imaginais que c'était un peu barbant. Mais pas du tout! Une lecture limite jubilatoire, où l'intrigue et les personnages sont farfelus en apparence (mais pas tant que ça, au fond) et où l'auteur s'amuse avec les mots et la narration. Tout à fait pour moi, quoi.
   
   Benjamin Malaussène est donc frère aîné. Sa mère est éternellement fugueuse et lui dépose régulièrement un nouveau demi-frère/demi-sœur au pas de la porte. La famille Malaussène, ce sont donc Ben, Louna (en plein dilemme concernant de petits locataires), Thérèse (mi-sténo, mi-voyante), Clara (qui photographie les horreurs du monde), Jeremy (qui fait presque sauter son école) et le Petit (qui rêve d'ogres de Noël). Ah oui, et il y a Julius aussi. État civil: chien. État de santé: épileptique. Le boulot officiel de Ben, c'est contrôleur technique dans un grand magasin. Officieusement, ce n'est pas tout à fait ça... mais passons.
   
   Entre les engueulades quotidiennes de son patron, une charmante voleuse à l'étalage qu'il baptise tante Julia, son copain Théo et ses photomatons et les petits vieux de Théo, Benjamin fait son petit bonhomme de chemin. Jusqu'au jour où une bombe explose dans le magasin. Puis une autre. Et encore une autre. Entre l'enquête réelle où Ben a l'air disons... légèrement suspect et celle qu'il raconte à ses frères et sœurs pour les distraire, nous voyons se dérouler sous nos yeux une série de scènes un peu folles et je me suis délectée des réflexions de Ben et de sa fratrie tout en m'attendrissant devant leurs relations, aimantes malgré tout. C'est drôle, c'est touchant, on approche du grand n'importe quoi par moments sans jamais l'atteindre et on passe un très très bon moment.
   
   Définitivement, je lirai la suite. C'est que je les aime, ces Malaussène dans toute leur originalité. Une lecture tout à fait adaptée à mes goûts et si ça continue comme ça, on risque la série fétiche!
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critique par Karine




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Idéal pour retrouver le goût de lire...
Note :

   Daniel Pennac est un des auteurs qui ont marqué ma folle jeunesse grâce à sa fabuleuse série sur Kamo, lue et relue il y a bien des années. J'ai été heureuse de le retrouver il y a dix ans (déjà!) avec son très sympathique "Comme un roman" (qui donne encore plus envie de lire au lecteur avide et m'avait en l’occurrence remonté le moral un jour où j'étais clouée au lit) et l'amusant "La Fée Carabine". Mais toutes les bonnes choses ont une fin et il m'arrive bien souvent de planter là un auteur dont je pense beaucoup de bien pour la bonne raison qu'un livre d'un autre genre pointe le bout de son nez, puis un deuxième, puis un troisième, si bien qu'à la fin les projets de lecture initiaux en sont bouleversés.
   
   Trouvant peu de temps pour moi et constatant ma grande difficulté à me concentrer ces dernières semaines, j'ai fait récemment le pari d'emporter avec moi "Au Bonheur des Ogres" dans de sauvages contrées (certains sauront reconnaître le lieu en question et en frémiront sans aucun doute). Revenons-en à nos moutons, ou plutôt à nos chiens puants dans le cas précis, le miracle a eu lieu et je suis parvenue à lire en un temps record pour ma condition actuelle de ramollie du bulbe cet amusant récit.
   
   Le personnage principal de ce roman et de ceux qui suivent est Benjamin Malaussène, affecté au contrôle technique d'un grand magasin, fonction classique qui cache un emploi bien plus ingrat : bouc émissaire. Dans ce charmant magasin parisien, aucun contrôle technique n'est jamais effectué. Ainsi, lorsqu'un réfrigérateur se met à incinérer un repas de Noël et à brûler les sourcils de sa propriétaire ou lorsqu'un lit cède sous le poids d'un colosse à la première utilisation, Malaussène endosse le rôle du contrôleur technique tellement pitoyable et raté qu'il parvient à faire retirer la plupart des plaintes des clients. Mais alors qu'il sillonne le magasin en cet hiver particulier, une première explosion se produit, faisant un mort. Elle sera bientôt suivie de plusieurs autres. Benjamin étant toujours sur les lieux, il est rapidement suspecté. Et franchement, il n'avait pas besoin de cet ennui supplémentaire, entre sa mère toujours partie avec de nouveaux amours, tous ses frères et sœurs à élever (difficile alors que l'une joue les voyantes ou que l'autre dessine des ogres de Noël qui inquiètent l'école et collectionne les photos de travestis à Boulogne), sans parler d'un chien épileptique qui aurait grand besoin d'un bain.
   
   Je suis ravie d'avoir jeté mon dévolu sur ce roman qui a enfin su me happer (ce qui n'était pas évident visiblement car ces derniers temps j'ouvre un livre pour le reposer dix pages plus tard). C'est drôle, les personnages sont hauts en couleur, le héros est décalé... on passe un très bon moment à démasquer le poseur de bombes. Si je suis cette fois-ci mon idée je ne tarderai pas à relire "La Fée Carabine" et à découvrir enfin "La Petite Marchande de Prose", depuis longtemps dans ma PAL et si souvent croisé au CDI du collège ou sur les listes de lectures recommandées à cette tendre époque.

critique par Lou




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