Lecture / Ecriture
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L'empire ultime de Brandon Sanderson

Brandon Sanderson
  L'empire ultime
  Elantris

Brandon Sanderson est un auteur américain de fantasy né en 1975. (et il ressemble à Harry Potter)

L'empire ultime - Brandon Sanderson

Je rouspète, mais j'adore
Note :

   Depuis plus de 1000 ans, le Seigneur Maître règne sur le monde par la tyrannie et la terreur. Sous sa férule et celle de ses inquisiteurs, les nobles commercent et pratiquent, pour certains, l’allomancie, les skaas, esclaves, triment jusqu’à la mort. Mais sous les pluies de cendre et dans les brumes, quelque chose se réveille. A commencer par Vin, une jeune voleuse skaa que ses pouvoirs allomantiques hors du commun font remarquer par Kelsier, le plus célèbre voleur de l’Empire, dont le dernier projet n’est rien moins que renverser le Seigneur Maître.
   
   Comme dirait une de mes connaissances, tout ceci est fort, fort original: imaginez donc, une héroïne/un héros qui se découvre des pouvoirs (rayez la mention inutile)! Fichtre! Et puis une bande de joyeux aventuriers/voleurs/magiciens (rayez la mention inutile) qui se lance dans une quête/guerre/aventure (rayez de nouveau la mention inutile)!! Et un grand méchant pas beau pourvu de super pouvoirs qui lui permettent de pourrir la vie de tout le monde! On verrait deux trois créatures bizarres errer dans le coin qu’on ne serait pas surpris. Ah, oui, en fait il y a des créatures bizarres qui errent dans le coin. Original je vous dis, suivez un peu!
   
   Ca, c’est que j’ai dit en découvrant la quatrième de couverture. Après j’ai pris la mesure de l’objet, soupiré sur la propension des auteurs de fantasy à déverser des torrents de pages sur leurs pauvres lecteurs et la perspective d’une énième trilogie. Avant de gémir en ouvrant la chose et en découvrant des marges réduites, une typo serrée et 600 pages qui me regardaient la bouche en cœur. Et de grogner en revenant sur la couverture pour découvrir un «Vivement recommandé» de Robin Hobb. Je suis comme ça, j’ai mauvais esprit. Et j’aime ronchonner.
   
   C’était donc assez mal parti entre Brian Sanderson et moi. Mais ça s’est bien, très bien terminé. J’ai eu beau grogner, soupirer, gémir, c’est avec le sourire satisfait et repu de l’amatrice-du-genre-dont-on-ne-s’est-pas-fichue que j’ai terminé "L’empire ultime".
   Parce que dans "L’empire ultime", vous trouverez:
   - un héros viril qui cache sous son sourire un grand drame et les bobos qui s’y rattachent dont un certain nombre de cicatrices;
   - une bande de guignols prêts à tout pour le suivre;
   - une héroïne cruchette mais finalement pas;
   - un noble aux nobles sentiments, surtout amoureux;
   - de l’amitié;
   - de la noblesse et de l’honneur;
   - de l’amour (une larmichette);
   - un grand méchant pas beau esclavagiste et tortionnaire avec des pouvoirs funky;
   - de la stratégie;
   - un peu de cuisine;
   - de la baston enthousiasmante.
   
   Sans rire, "L’empire ultime", c’est de la bonne. Bon, certes, il y a quelques défauts dont je vais parler très vite pour les oublier tout aussi vite puisque j’ai pour projet de hurler mon enthousiasme. D'accord, l’intrigue ne casse pas des briques. Oui, on aperçoit deux ou trois petits bouts de ficelles, par ci par là. Effectivement, c’est par moment un brin longuet. Mais avec tout ça, Brian Sanderson construit un univers politiquement crédible, intéressant et y fait bouger des personnages qui, pour archétypaux qu’ils soient, sont fouillés et deviennent très vite terriblement attachants ou terriblement détestables. Il maîtrise son intrigue de bout et bout, et à chaque fois qu’on pense avoir tout compris, sort un atout d’une manche histoire de brouiller un peu les pistes. Or, s’il y a une chose que j’adore, c’est me faire mener en bateau.
   Mais développons un brin cette analyse de haute volée.
   
   Le cadre déjà: celui d’une terre dévastée, d’une tyrannie religieuse à la tête de laquelle se trouve le Seigneur Maître, déifié pour avoir vaincu 1000 ans auparavant l’Insondable, monstre dont on ne saura rien sinon qu’il a manqué détruire la terre. Sous les chutes de cendres et dans les brumes, se dessinent les contours d’un monde désespérant et désespéré où la plus grande partie de la population se contente de survivre et de s’endurcir pendant que les nobles s’adonnent aux intrigues politiques et aux plaisirs de la vie. Ce monde un petit groupe de voleurs, d’aventuriers et de rebelles va tenter de le renverser pour donner, enfin, la liberté aux skaas. Et quel groupe! Une bande de salauds sans beaucoup de scrupules mais le cœur sur la main et le sens de l’amitié chevillé au corps: il y a le charismatique Kelsier, Vin, l’adolescente paranoïaque, Sazed l’intendant aux étranges capacités...
   
   Leurs aventures m’ont tenue en haleine pendant 600 pages, tant les fils des intrigues et des secrets se croisent et s’entrecroisent. Le tout est saupoudré d’une pincée de découverte amoureuse et de découverte tout court, Vin ouvrant les yeux sur un monde complètement différent de celui dans lequel elle a grandit (coups, faim, trahisons and co, idéal donc) et sur quelques petites choses comme l’amitié, la confiance, le sens d’un engagement, la fascination du pouvoir et de la richesse, la manipulation, l'injustice, et l'allomancie. L'allomancie, autre point fort du roman! Pour une fois, pas de sorts et de contre-sorts, mais un système fondé sur la manipulation des métaux, une faculté étrange mais finalement "naturelle", dévolue à certains. J'ai beaucoup aimé découvrir avec Vin le système de classement des métaux et sa prise de conscience de sa nature de Fille-des-Brumes, une des rares personnes à pouvoir utiliser tous les métaux, la suivre en train d'en maîtriser les effets, d'en tester les limites.
   
   J'ai aussi particulièrement apprécié le fait que Brian Sanderson n'hésite pas à malmener ses héros, à les parer de quelques défauts et failles, comme Keslier et sa tendance à classifier le monde en blanc et noir quand il s'agit des nobles, ou Brise et son arrogance... Et qu'au-delà de la quête, on suive surtout la préparation d'un casse hors du commun dans son ampleur et ses ramifications.
   
   Bref, c'est une bonne histoire, bien écrite (ou plutôt très bien traduite, bravo Mélanie Fazi pour ce travail superbe) et maîtrisée, qui, cerise sur le gâteau, ne se termine pas sur un climax idiot: l'histoire se termine, on devine tout juste les développements que les quelques indices et questions posés au fil des pages laissent augurer.
    ↓

critique par Chiffonnette




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Page turner
Note :

   Présentation de l'éditeur: (celle du Livre de Poche... encore une fois, si je peux éviter de traduire, je vais le faire!)
   
   "Les brumes règnent sur la nuit, le Seigneur Maître sur le monde. Vin ne connaît de l’Empire Ultime que les brumes de Luthadel, les pluies de cendre et le regard d’acier des Grands Inquisiteurs.
   Depuis plus de mille ans, le Seigneur Maître gouverne les hommes par la terreur. Seuls les nobles pratiquent l’allomancie, la précieuse magie des métaux. Mais Vin n’est pas une adolescente comme les autres. Et le jour où sa route croise celle de Kelsier, le plus célèbre voleur de l’Empire, elle est entraînée dans un projet fou : renverser l’Empire."

   
   
   Commentaire :
   

   J'ai commencé cette trilogie qui s'amorce de façon magnifique.
   
   Nous sommes dans un univers fantasy. Un univers couvert de cendres et de brumes depuis que le Lord Ruler règne sur la terre. Être immortel, considéré comme un Dieu, il fait régner l'ordre (le sien, of course) depuis plus de 1000 ans, avec l'aide des terribles Inquisitors et Obligators. Les skaa (tout le monde sauf la nobilité, en fait) sont à peine plus que des esclaves. Condamnés à travailler dans les plantations ou pour les riches familles, ils reçoivent des coupons pour se nourrir et sont à peine considérés comme des humains. Quant à l'aristocratie, elle danse dans les bals entourée de richesses et somptuosités diverses. Et puis un jour, comme ça, une petite bande de voleurs décide de renverser l'empire. Rien de moins. Et c'est cette histoire que l'auteur va nous raconter.
   
   Classique, vous direz? Ben la trame, un peu, oui. Mais l'auteur prend les clichés et les retourne souvent habilement pour nous offrir une histoire enlevante, remplie d'aventures, de défis, de trahisons, de batailles et d'intrigues politiques. Le tout est habilement mélangé, on découvre le monde petit à petit, chaque élément est dévoilé à temps, tout m'a paru juste. L'auteur ne nous épargne pas et j'ai eu la sensation, tout au long de ma lecture que ça allait mal tourner, tout ça. J'ai été tenue à la gorge tout le temps, me demandant d'où le danger allait venir, quelle était la folie qui serait de trop. Et j'ai tourné les pages à toute vitesse.
   
   Nous découvrons petit à petit cet univers avec Vin, jeune voleuse skaa de 16 ans. Habituée à vivre parmi la cendre et la crasse, elle est toujours sur ses gardes. On lui a appris que tout le monde la trahirait, que faire confiance, c'était dangereux. Son frère, pour bien lui apprendre l'a d'ailleurs abandonnée, comme ça. Elle est un peu spéciale. Elle semble porter chance. Et c'est avec Kelsier (j'aime Kelsier. D'amour), voleur génial, utopiste, complètement fou et perpétuellement en retard qu'elle découvrira le monde de l'allomancie, le "don" qu'ont certains aristocrates de brûler certains métaux pour en tirer des effets surprenants. Et ce plan complètement fou, tellement extravagants, grandiose et impossible fera grandir l'enfant et l'adulte et les entraînera plus loin qu'ils ne l'avaient imaginé. Du moins que certains ne l'avaient imaginé.
   
   J'ai tout aimé dans ce roman. J'ai aimé me balader dans les ruelles sales de Luthadiel, j'ai aimé voir les bals, espionner Elend, celui qui préfère lire dans les soirées au lieu de danser. J'ai aimé les complots, les intrigues, la planification minutieuse. J'ai aimé les batailles virevoltantes, très bien décrites, jamais anodines. J'ai aimé que l'auteur ose, j'ai aimé hurler à quelques moments. J'ai aimé que parfois, ça ne fonctionne pas comme prévu. Et j'ai aimé ces personnages. Kelsier le survivant blessé et torturé, qui sourit malgré tout. Sazed le Terrisman, gardien des secrets et de l'histoire. Mais aussi toute la petite bande: Dox, Breeze, Ham le philosophe, Clubs, Marsh et Spook. Ils ne sont pas parfaits, très humains mais loyaux. Hors-la-loi mais bonnes personnes (on ne s'en fait pas, hein... ce sont quand même les bons!) aux personnalités différentes et typées. Et des méchants bien méchants, tout puissants, invincibles. Des méchants comme je les aime, quoi!
   
   Bref, une lecture qui m'a captivée, qui est entrée profondément dans mon imaginaire et qui m'a décidément beaucoup plu. Je vais essayer (essayer étant le mot clé) d'attendre un peu pour la lecture du tome 2... mais je ne sais trop si je vais résister! Vraiment, c'est bien!

critique par Karine




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