Lecture / Ecriture
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Mensonges sur le divan de Irvin Yalom

Irvin Yalom
  Et Nietzsche a pleuré
  La méthode Schopenhauer
  Mensonges sur le divan
  Le Jardin d’Epicure
  Le problème Spinoza
  La malédiction du chat hongrois
  En plein cœur de la nuit

Irvin D. Yalom est né à Washington en 1931. Il a grandi dans un quartier très pauvre.

Après de brillantes études, il est devenu Professeur Emérite de psychiatrie à Stanford et psychothérapeute.

Il est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages, romans et essais.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Mensonges sur le divan - Irvin Yalom

Cordonnier, le plus mal chaussé
Note :

   J’ai lu ce roman après «La méthode Schopenhauer» et heureusement d’ailleurs car si je l’avais lu avant, je ne me serais pas précipitée sur le suivant. C’est un roman honnête et qui se lit sans déplaisir, mais rien d’enthousiasmant comme La méthode ou «Et Nietzsche a pleuré».
   
   Ici encore, le "héros" est psychothérapeute (double romanesque de l’auteur), il travaille sur ses relations avec ses patients et il arrive au moment où il pense que le salut est dans la plus parfaite sincérité voire égalité dans les échanges. Il décide donc d’expérimenter in situ cette conviction avec son prochain patient. Malheureusement pour lui, la dite prochaine patiente ne vient pas à lui avec les meilleures intentions du monde. Elle est de son côté mue par un sauvage désir de vengeance. Tout cela aura donc vite fait de devenir dangereux pour tout le monde. Autour de ce noyau, se multiplient les situations mettant en scène psychothérapeutes ou patients dans la pleine expression de leurs potentialités et on n’est pas déçu. Rien de neuf sous le soleil: le cordonnier est toujours le plus mal chaussé. Et le tout progresse sur ses 560 pages (quand même) vers un dénouement pas trop simpliste heureusement.
   
   Selon son habitude, ce roman illustre un des grands centres d’intérêt du Irvin Yalom psychothérapeute. Ici, il s’intéresse tout particulièrement à ce qu’il appelle «l’entre deux»: la zone (si l’on peut appeler cela ‘‘zone’’) entre le psychothérapeute et son patient et ce qui s’y passe. «Le "nous" qui se créait dans le cabinet du thérapeute.»
   Le Yalom sérieux a consacré à ce «nous» des études, des cours et des conférences. Le Yalom romancier, l’a ici abordé avec l’outil de la fiction romanesque pour des «simulations» qui sont loin d’être elles-mêmes dénuées d’intérêt. Un des cas d’école est en particulier le rapport psychothérapeute-homme/patiente-femme qui sera illustré par plusieurs exemples que l’on soit passé ou non à des relations sexuelles (absolument interdites mais pas rares pour autant). L’ "abus sexuel par thérapeute" (c’est le terme officiel, que la patiente soit consentante ou non, voire même demandeuse) est le thème central de ces «Mensonges sur le divan», tout comme la mort était celui de «La méthode Schopenhauer».
   
   Le reproche que je ferais à ce roman, est de plonger dans la cuisine interne des «éléphants» de la psychanalyse dont le carriérisme est aussi démoralisant que tous les carriérismes, plus même dans la mesure où il utilise la souffrance d’autrui. C’est moins intéressant qu’un grand thème axial comme la mort. J’ai trouvé que tout n’était pas passionnant à lire dans ces eaux-là.
   J’ai remarqué aussi, avec un semi agacement, que les multiples exemples d’"abus sexuel par thérapeute" liaient toujours un psychothérapeute-homme à une patiente-femme comme si l’idée de l’inverse n’avait même jamais effleuré Yalom. On se demande… Cette belle relation mythique de l’homme qui maîtrise et de la femme qui a besoin d’aide me lasse parfois, je l’avoue.
   
   Quoi qu’il en soit, après une mise en route un peu longue, il reste un texte fort bien écrit (et avec humour!) (propos d’un psy traitant une nymphomane:)
   "Je l’ai dirigée vers des endroits plus sûrs, au cas où elle aurait eu une envie subite de lever des types: clubs de tennis, réunions de parents d’élèves, lectures dans les librairies."
   et plusieurs idées originales (comme de faire «revenir» des patients qui auraient été soignés d’après un concept reconnu faux ensuite, leur appliquant le principe du «retour constructeur» de notre ère industrielle).
   
   Quant aux psy, ils n’ont pas fini d’avoir de beaux jours devant eux tant il est vrai qu’ «il n’y a rien de pire qu’une vie que personne ne regarde.» et eux, moyennant finance, qu’ils vous donnent de bons conseils ou non, ils veulent bien regarder.
   
   Conclusion : on peut lire sans dommage, mais si vraiment un choix s’impose, préférez les deux autres romans de Yalom.
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critique par Sibylline




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Insipide et toc
Note :

    Le seul livre, par moi lu, de cet auteur était le formidable "Et Nietzsche a pleuré"  Divan viennois: ainsi pleura Zarathoustra. Sûr, j'allais me régaler et me pourléchais les babines à l'idée. Mal m'en a pris, la potion m'a semblé insipide et toc. La déception est à la hauteur de l'attente.
      
   Deux choses essentiellement dans ce roman : des consultations chez le psychanalyste et des pages et des pages sur le poker. J'en baille encore à me demander ce qui m'intéresse le moins. Et pourtant comme j'avais aimé la fiction de Yalom, si bien écrite, et si fertile, cette rencontre entre le Dr Breuer, mentor du jeune Sigmund Freud, et Nietzsche, par l'intermédiaire de Lou Andreas Salomé! N'y pensons plus. Pour ce "Mensonges sur le divan" point besoin de ne plus y penser, c'est déjà dans les limbes de l'oubli, tellement refoulé dans les replis de mon moi profond, enfin mon moi profond c'est un peu ampoulé, disons mon moi tout court.
   
   Alors qu' "Et Nietzsche a pleuré", ancré dans Vienne et ma chère Mitteleuropa, touchait son lecteur au cœur et à l'âme en recréant l'ambiance de la préhistoire de la psychanalyse, émouvante et ludique, on s'ennuie ferme dans cette Californie d'executive women, de psychiatres douteux, de joggers insipides, de businessmen surbookés. Longues conversations au fil rouge souvent libidineux, pensions de reversion faramineuses. Aussi intéressant pour moi qu'une série télé formatée, "Mensonges sur le divan" m'a surtout donné envie d'une bonne sieste à l'ombre, et aussi de demander le remboursement de mes 8,60 Euros. Tiens, j'ai une petite fringale de galets, de cailloux. Halte au pavé!

critique par Eeguab




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