Lecture / Ecriture
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Quand l’empereur était un dieu de Julie Otsuka

Julie Otsuka
  Quand l’empereur était un dieu
  Certaines n'avaient jamais vu la mer

Julie Otsuka est née en 1962 en Californie. Diplômée en art, elle abandonne une carrière de peintre pour se consacrer pleinement à l'écriture. En 2002, elle publie son 1er roman "Quand l'empereur était un dieu", qui remporte immédiatement un grand succès.

Quand l’empereur était un dieu - Julie Otsuka

Etre japonais aux Etats Unis en 1941
Note :

   Il ne fait pas bon être d’origine japonaise aux Etats-Unis pendant la seconde guerre mondiale. Car les Etats Unis et le Japon sont en guerre. Ainsi un matin, une famille assiste impuissante à l’arrestation de l’homme du foyer, qui part les pantoufles au pied et sans se retourner. Jusqu’à son retour, la famille vit avec l’omniprésence de ce père et de ce mari aimé. Le fils en rêve et le voit à chaque pas. Mais la femme et les enfants devront eux aussi emprunter le «convoi» qui les mènera dans un camp de concentration à l’usage des citoyens japonais. Jusqu’au retour et aux retrouvailles, le père retrouvant enfin les siens, au cours d’une scène qui est certainement la plus émouvante du livre.
   
    On a le sentiment de tenir dans ses mains un grand roman bien qu’il soit court et très rapide à lire. Il éclaire sur une période de l’histoire méconnue et la romancière a mis beaucoup de son passé familial dans ce récit au style épuré, qui dit plus que de longs discours. Car cette famille paisible, broyée par l’histoire, nous touche de façon subtile grâce à un récit digne et admirable. Un des plus beaux livres que j’ai lus.
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critique par Éléonore W.




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Situation de guerre
Note :

   Présentation de l'éditeur:
   
   "Empruntant largement à l'histoire de ses grands-parents, déportés comme des centaines de milliers de citoyens américains d'origine japonaise, après l'attaque de Pearl Harbour, Julie Otsuka retrace le destin d'une paisible famille de Berkeley. Dans ce climat de psychose et de peur collectives où chacun est soupçonné d'être un traître au service de l'empereur, commence une lente descente aux enfers... Alors que le père est déjà interné, la mère et ses deux jeunes enfants sont envoyés dans un camp de l'Utah aux confins du désert."

   
   
   Après avoir lu et hautement apprécié "Certaines n'avaient jamais vu la mer", je ne pouvais me priver de lire ce précédent et premier roman de l'auteur : "Quand l'empereur était un dieu". Julie Otsuka sait parfaitement y raconter l'histoire de ces milliers de citoyens d'origine japonaise vivant aux USA qui, du jour au lendemain, après Pearl-Harbour, sont apparus comme une menace intérieure. Elle prend l'histoire d'une famille très classique de la petite bourgeoisie -les parents, une fille préado et un garçon plus jeune- et les suit depuis le jour où ils apprennent par voie d'affiches qu'ils ont à préparer leurs valises car ils vont être déplacés. Nous les suivons depuis le déplacement en train sur des milliers de km jusqu'au camp d'internement dans le désert. Les familles japonaises ne sont pas maltraitées, il n'y a rien à voir avec les divers camps qu'on a connus en Europe, mais le confort est sommaire, la vie dans le désert très rude et cet arrachement à leur existence normale, hautement traumatisant. C'est le récit de vies interrompues à un moment plus ou moins crucial qui fait qu'elles s'en remettront ou pas, et plus ou moins fortement marquées.
   
   Le titre tient au fait que ce qui caractérisait les Japonais nationalistes était de croire que leur Empereur n'était pas un homme, mais un dieu. C'est donc une des questions cruciales que le FBI posait aux suspects de sympathies avec l'ennemi. Mais sympathie ou pas, tout Japonais était par essence une ennemi potentiel. Ce qui peut se comprendre aussi. A cela s'ajoutait parfois (souvent) le gluant racisme ordinaire qui trouvait là une voie d'expression.
   
   J. Otsuka a choisi de mener son récit d'une façon simple et presque clinique. Un récit sans envolées lyriques, grands sentiments ni commentaires partisans. Elle ne critique personne, elle raconte une histoire, mieux, elle témoigne de l'Histoire. C'est captivant et convaincant. Par contre, malgré la maîtrise, je n'ai pas trouvé l'originalité d'écriture et la beauté du style de "Certaines n'avaient jamais vu la mer", ce qui n'a rien d'étonnant pour un premier roman. Toutefois, le dernier chapitre, intitulé "aveux" et écrit à la première personne, exprimant la voix d'un homme arrêté par le FBI et avouant à peu près tout ce dont on pouvait soupçonner des Japonais, annonce le "Nous" génial du second roman et nous laisse sur l'espoir de ce qui va venir – et est venu.
   
   Le troisième roman va être un pari difficile, l'auteur a mis la barre très haut.

critique par Sibylline




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