Lecture / Ecriture
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Enterrez-moi sous le carrelage de Pavel Sanaïev

Pavel Sanaïev
  Enterrez-moi sous le carrelage

Enterrez-moi sous le carrelage - Pavel Sanaïev

Babouchka et moi
Note :

   Les personnages sont universels. Sacha, un petit garçon de 7 ou 8 ans, sa mère, sa grand-mère, son grand-père. L'action se passe à Moscou, vers la fin de l'époque soviétique, mais pourrait se passer dans n'importe quelle ville d'aujourd'hui, à Berlin ou à São Paulo. L'histoire est elle aussi universelle — hélas. Il s'agit du drame familial fondé sur le ressentiment, la jalousie de la grand-mère envers sa fille, avec en plus un grain de folie.
   
   Mariée à Kiev à un comédien en tournée, Nina Antonovna a jadis perdu un enfant en bas âge et elle a été un temps placée en hôpital psychiatrique. Puis elle a eu une fille: Olia. Leurs relations étaient déjà tendues quand Olia était petite. Elle a maintenant trente-sept ans et un fils, Sacha… qui vit chez les grands-parents. Nina a pris le gamin chez elle sous prétexte que sa fille ne sait pas s'occuper de lui depuis qu'il est tombé malade lorsque pendant des vacances à Sotchi. Olia y avait rencontré Tolia, un "nabot" provincial et impécunieux.
   
   L'histoire est racontée par le gamin avec un art consommé de la narration d'où émergent la litanie des colères de la grand-mère et le feuilleton des maladies de Sacha. Nina couve le petit-fils d'un amour exclusif et par ailleurs elle en veut au monde entier: à son époux -un traître-, à sa fille -une pute-, et même à son amie Zinaïda:
   
   « Et dès que nous fûmes un peu plus loin, grand-mère sortit :
   — Elle a piqué un appartement de trois pièces à la coopérative, la salope : qu'elle crève ! Et elle a dégoté une sinécure pour son idiot de fils. Tout ce qu'ils possèdent, ces gens-là, ils l'ont chapardé. C'est pas comme ton grand-père, ce vieux schnok. Ça fait dix ans qu'il est au conseil de quartier, et pendant toutes ces années il ne s'est servi que d'un bon de séjour à Jéleznovodsk. Monsieur est gêné voyez-vous…»

   
   La santé de Sacha reste pitoyable. C'est une collection de maladies diverses qui mènent à consulter des tas de médecins, à faire analyse sur analyse, et à passer des séjours en centre médicalisé. Sa grand-mère veille à tout lui éviter: transpirer, prendre froid dans la rue, mais aussi s'amuser au parc Gorki. Elle le gave littéralement de médicaments pour qu'il ne "pourrisse" pas. L'exagération permanente transforme la tragédie en comédie farcesque. Le flot des injures proférées par la grand-mère cache en fait un amour désespéré pour un petit-fils qui lui échappera quand Olia finira par prendre, comme on dit, son courage à deux mains. Le narrateur vous expliquera lui-même le titre quand vous aurez la bonne idée de lire — de dévorer — ce roman attachant et extravagant dont un film a été tiré en 2009.

critique par Mapero




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