Lecture / Ecriture
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La nuit du Vojd de Hervé Bel

Hervé Bel
  La nuit du Vojd

Hervé Bel est un écrivain français né en 1961. Il travaille dans le secteur privé après des études de droit et d'économie.


* Interview dans la rubrique "Rencontres"

La nuit du Vojd - Hervé Bel

Un premier roman éblouissant
Note :

   Le Vojd est un mot russe qui signifie chef ou guide. C’est ainsi que le père du narrateur surnomme son patron, ce qui ne manque pas d’intriguer son fils. Une espèce de fascination semble entourer le Vojd«Tout nous venait du Vojd: notre appartement, notre limousine, cette aisance qui nous distinguait du reste de nos concitoyens que j’apercevais derrière les vitres fumées de notre voiture conduite par notre chauffeur, un homme toujours aimable, aux petits soins pour moi». Aucune critique ne pouvait être émise sur le Vojd, grâce à lui le narrateur va dans la meilleure école de la capitale, et pourtant il ne peut s’empêcher d’en vouloir au Vojd de déranger son père en pleine nuit, ce père qui perd de sa superbe aux yeux de son fils, en étant entièrement dévoué à cet homme mystérieux et inquiétant.
   
   A 22 ans, après de brillantes études qui lui permettent de faire partie de l’élite, le jeune homme se met en quête d’un travail. C’est alors qu’il décide, pour son plus grand malheur ce qu’il ne sait pas encore, de servir lui aussi le Vojd, après que son père l’eut recommandé à l’ «organisation» que dirige le Vojd.
   
   Une écriture éblouissante sert le propos et la magnifique métaphore de ce livre. Qui est le Vojd et l’organisation à laquelle il appartient? Cette organisation qui traque les faibles, les cadres en bout de course, les mauvais travailleurs ou ceux qu’on juge tel. Cette fable moderne sur les dérives de notre société est un pur délice et un superbe propos sur le totalitarisme, tapi derrière nos démocraties. A lire … vite!
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critique par Éléonore W.




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Un premier roman ambitieux
Note :

   Je ne pouvais qu'accueillir avec intérêt un premier roman français dont l'action ne se focalisait pas dans un rayon d' 1m 50 du nombril de l'auteur. J'ai assez dit mon étonnement de lire tous ces gens sincèrement persuadés que tout ce qu'ils mangent, boivent, rencontrent, baisent, va passionner le lecteur. Pour ma part malheureusement, cela m'est totalement indifférent (et je ne vois même pas pourquoi-comment je pourrais m'y intéresser), ce qui me fait passer à côté d'une bonne partie de notre production nationale actuelle. Mais ici l'auteur ne nous parle pas de lui, il fait l'effort de nous offrir un vrai roman, avec une vraie histoire, de vrais personnages, une vraie chute et même une thèse moderne et audacieuse pour sous-tendre le tout. Que demande le peuple?
   
   Nous faisons ainsi la connaissance d'Ivan, muni de quelques excellents amis (Gontcharov est le meilleur) et qui commence à tomber amoureux de Natacha. Ivan après une enfance dorée grâce à la fonction de son père cadre supérieur, et des études du même tonneau, se fait embaucher lui aussi dans "l'Organisation" sur les traces paternelles. Et il se lance "plein pot", bien décidé à gravir tous les échelons et à se faire une place tout en haut de l'échelle. Mais évidemment, il n'est pas le seul sur les échelons et il ne mettra pas longtemps à sentir toute la veulerie et la complaisance dissimulées sous les attitudes d'autorité et de puissance ostentatoires et à les pratiquer également. Et c'est toute cette fine mécanique socio-psychologique qu'Hervé Bel met ici en scène et qu'il nous fait sentir dans ses rouages les plus sournois. Ce qui fait le grand intérêt de ce roman.
   
   Et puis d'ailleurs, quelle est donc cette "Organisation"? Où sommes nous et quand? Qui est ce Vojd tout puissant dont un froncement de ses sourcils broussailleux brise une vie? Qui est vraiment son bras droit, "notre cher Béria"? Quel est le but réel de ces comités d'enquêtes dans les usines?
   
   Et puis question finale: Peut-on se cloisonner, avoir deux vies? Être une personne au travail et être tout autant une autre, en dehors des activités salariées? Peut-on être passionné de littérature pendant ses loisirs et dévoué corps et âme à son employeur aux heures de bureau? Ou est-ce un leurre? N'est-on jamais qu'un seul homme? Toute activité agit-elle sur l'autre? C'est là qu'Ivan situe la question clé, mais le lecteur ne partage pas forcément son point de vue et peut la voir ailleurs.
   
   Comme je le disais en commençant, une entreprise ambitieuse et digne du plus grand intérêt donc que cette première publication, servie par une écriture habile. Espérons qu'Hervé Bel continuera à offrir à ses futurs romans des cadres et des thèmes aussi vastes.

critique par Sibylline




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