Lecture / Ecriture
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La voyeuse interdite de Nina Bouraoui

Nina Bouraoui
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  La voyeuse interdite
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Nina Bouraoui est une écrivaine française née à Rennes en 1967, d'un père algérien et d'une mère bretonne.

La voyeuse interdite - Nina Bouraoui

Enfermement
Note :

   «Une femme musulmane quitte sa maison deux fois: pour son mariage et pour son enterrement. Ainsi en a décidé la tradition!»
   
   Le thème du livre est dans ces deux phrases. Comment vit une jeune adolescente au sein d’une famille pétrie de tradition. Quel horizon peut espérer une jeune fille recluse par force dans sa chambre uniquement parce qu’elle devient femme.
   Cette jeune fille explique ses vues.
   Les vues qu’elle a sur la vie de la rue qu’elle observe de la fenêtre de sa chambre. Les enfants, les hommes. Son désir de vivre. Sa vie de prisonnière en proie à un ennui mortel.
   Les vues qu’elle a sur sa famille. Zohr la sœur maladive, qu’elle plaint. Le père qui ne lui adresse plus la parole depuis qu’elle devient femme. La tante K. qui envahit de sa corpulence la maison, lors de ses visites. Et la mère, soumise à son mari, prototype de la femme musulmane et insensible aux désirs et même aux souhaits de sa fille. Une boule de graisse et d’égoïsme reniée pas son mari parce qu’elle ne lui a pas «donné» un garçon.
   Les vues qu’elle a sur son avenir. La voiture qui vient se poster sous sa fenêtre durant sept jours d’affilée. L’organisation secrète du «marchandage» que constitue son mariage jusqu’au départ en camionnette qui signifie la fin de son enfance.
   Et puis il y a les vues de l’imaginaire. Celles qui permettent de continuer à vivre la situation suffocante.
   Tout est saupoudré de souffrance de n’être considérée que comme partie négligeable. Tout est sous le couvercle de la tradition, et, sous ce couvercle une jeune fille est prête à exploser.
   
   Un autre extrait: «La tradition est une dame vengeresse contre qui je ne peux lutter. C’était ainsi pour elles, ce sera comme ça pour les autres.»
   
   C’est un texte empli de détresse, de désespoir, d’incompréhension: «Ce n’est plus du sang qui coule dans mes veines mais des gouttelettes de désespoir.»
   C’est une charge acérée et haineuse contre le poids de la tradition. Une rage reconvertie en mots.
   C’est puissant. Il s’agit du premier roman de Nina Bouraoui (prix du livre inter 1991). Une belle entrée en matière…

critique par OB1




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