Lecture / Ecriture
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Amours transversales de Catherine Cusset

Catherine Cusset
  À vous
  La haine de la famille
  Un brillant avenir
  Amours transversales
  Le Problème avec Jane
  Indigo
  L'autre qu'on adorait*
  Le côté gauche de la plage
  Vie de David Hockney

Catherine Cusset est une écrivaine française née en 1963.

Amours transversales - Catherine Cusset

Réflexions et scénettes sur la vie
Note :

   Il est de ces histoires qu’il est difficile de raconter et qu’il vaut mieux lire pour s’en faire une idée; c’est un peu le cas ici avec « Amours transversales»; le résumé qui est inscrit au dos de la couverture vous résume un peu cet état d’esprit:
   
   « Quand elle avait quitté le studio à la tombée de la nuit, elle était éperdument amoureuse, elle juive, d'un Allemand trouvé en Italie. Il était beaucoup plus âgé qu'elle : trente-trois ans. Pendant des mois elle n'avait pu se réveiller sans voir le visage de Hans. Elle lui avait écrit une lettre. Il n'avait pas répondu. Elle n'avait jamais oublié Hans et cette délicatesse qui l'avait conduit à la laisser vierge." Le souvenir de Hans habite Myriam, qui est mariée à Xavier, qui tombe amoureux de Camille, qui rencontre Luis, qui aime Margarita, qui est morte. Ainsi s'entrelacent les fils de ces amours transversales - ces amours qui ne sont pas celles sur lesquelles on fonde sa vie, mais qui n'en sont pas moins importantes - jusqu'à la tragédie finale ».

   
   Mais est-ce vraiment là, l’essence … j’en doute; réflexions et scénettes si l’on peut dire sur la vie d’abord, la vie bourgeoise aussi, me semble t-il, la crainte de passer à côté de sa vie, la crise de la quarantaine, les sentiments et les désirs qui font de nous ce que nous sommes. Le souvenir perdu et la quête de soi, de se retrouver ou de changer radicalement de vie et de choisir ce qui ne semble pas nous correspondre; vivre dans l’ombre de l’autre, le coup de foudre. Toutes ces histoires, c’est un peu de ça, de nos consciences imparfaites faites de doutes et d’interrogations, de jouissances sans réelle tromperie, c’est cet équilibre difficile de la vie que Catherine Cusset nous décrit, «impossibilité de vivre à notre note exacte» pour reprendre une expression de Morvan Lebesque que j’aime beaucoup. L’Amour ne semble pas supporter les traverses…
   
   C’est un roman de nouvelles qui s’enchaîne au gré du vent et des rencontres, la dernière partie avec Camille est un peu déconnectée du reste même si … c’est une autre vie, ce n’est plus celle de Myriam et de ses histoires. Une écriture qui est prenante, qui vous implique directement dans le récit et qui vous fais ressentir les choses; les interrogations sont là qui au gré des récits se posent en autant de solutions à donner, enfin sa version avec sa vision et ses conséquences. De belles histoires qui donnent une idée assez proche de la réalité de la vie vécue.
   
   Un livre qui me semble décalé et proche de ses anciens romans. J’avais déjà beaucoup apprécié Le problème avec Jane qui reste emblématique et puis sinon dans un autre registre plus «familial» sa vision dans «La haine de la famille» ou encore dans un autre style «Jouir».
    ↓

critique par Herwann




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Pas assez prenant
Note :

   Voici un livre assez typiquement féminin, un livre sur le désir, sur les ravages de la passion qui s’abat sur ces personnages aux vies parallèles, dans tous les sens du terme, sur la pulsion qui vous pousse à renier vos engagements de fidélité envers celui ou celle que vous vous êtes engagés à aimer presque servilement.
   
   Ce sont ces "Amours Transversales" qui lient Myriam, actrice quadragénaire qui rencontre le succès tardivement, mère de deux enfants et épouse de Xavier, et tous les personnages qui vont se succéder jusqu’à former une fresque allégorique de l’amour et de la passion sous tous ses aspects y compris les plus abjects.
   
   Myriam qui fut éperdument et platoniquement amoureuse de Hans alors qu’elle avait dix-huit ans et qui va partir à sa recherche dans Berlin, si proche et si tentante, sur un coup de tête, lors d’un tournage à Prague. Myriam qui va enchaîner les adultères comme on enchaîne les concours, jusqu’au dégoût, pour se rassurer, pour se prouver qu’elle est encore aimable, pour se fabriquer une galerie de souvenirs avant de retourner sagement au foyer.
   
   Un foyer où l’attend Xavier, , chirurgien viscéral, époux fidèle malgré la passion qui s’empara de lui pour Camille, accidentée de la route, artiste peintre et pour laquelle il faillit tout abandonner, incapable de résister à cette beauté particulière, singulière, unique puisque passionnelle de cette jeune femme de vingt ans sa cadette.
   
   Camille que l’on retrouvera mariée à Guillermo, en voyage à Cancun et dont la conduite, la gentillesse et la naïveté déclencheront les réactions cataclysmiques de Luis, Indien au service de l’entretien des jardins du grand hôtel où elle réside quelques jours.
   
   Bref, C. Cusset s’acharne à nous démontrer ce que nous savons tous déjà, pour l’avoir plus ou moins éprouvé une fois dans nos vies : l’amour peut ravager, tout balayer, emporter nos plus résistantes convictions, nous effacer de la carte des sages et faire de nous un jouet dans les mains plus ou moins manipulatrices de l’autre.
   
   Il y a d’ailleurs une forme de perversion sophistiquée dans l’élaboration de ces tableaux tourmentés et violents, balayés par le vent du cœur, celui qui emporte tout esprit et toute raison. Le livre aurait cependant gagné en impact en montant cette perversion d’un cran, en faisant de ces hommes et de ces femmes des pantins moins raisonnables, en descendant au plus profond de ces âmes déchirées, attirées par les sulfurances du purgatoire putride.
   
   Ce roman reste trop intellectuel, parfois trop convenu, pour que l’on y adhère sans réserve. On le lit finalement avec la tête alors qu’il eût fallu qu’il nous emportât par les tripes.

critique par Cetalir




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