Lecture / Ecriture
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Laëzza de Mohammed Dib

Mohammed Dib
  La grande maison
  Le métier à tisser
  Au Café
  Un été africain
  Le Talisman
  Mille hourras pour une gueuse
  Les Terrasses d’Orsol
  Le Sommeil d’Eve
  Neiges de marbre
  L'infante maure
  La nuit sauvage
  Si Diable veut
  L'enfant-jazz
  Comme un bruit d’abeilles
  Le cœur insulaire
  Laëzza
  L'incendie

Mohammed Dib, né en 1920 à Tlemcen, en Algérie, et mort le 2 mai 2003 à La-Celle-Saint-Cloud, est un des grands écrivains de langue française. Poète - Prix Stéphane Mallarmé -, romancier - Grand prix du Roman de la Ville de Paris -, essayiste, auteur de nouvelles, de contes et de pièces de théâtre, son œuvre, vaste et intense, a été couronnée par le Grand prix de la Francophonie de l'Académie française.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Laëzza - Mohammed Dib

Quatre nouvelles
Note :

   Quatre nouvelles? Non, en fait deux nouvelles: «Laëzza» et «El condor pasa» puis un catalogue de considérations, de pensées de l’auteur; «Autoportrait», qui remplit parfaitement ce rôle d’autoportrait d’ailleurs et un petit chapitre de révélations sur des étapes importantes, «Rencontres», les rencontres que Mohamed Dib estime avoir été importantes pour le modelage de l’homme qu’il est devenu. Les deux dernières parties; «Autoportrait» et «Rencontres» pouvant être prises comme un testament, d’autant qu’il s’agit de la dernière œuvre écrite par Mohamed Dib.
   
   Ce sont ces deux parties que me paraissent les plus passionnantes du recueil.
   Sur «Laëzza», la nouvelle éponyme, Mohamed Dib s’exprime en postface via Claire Delannoy:
   «Deux jours avant sa mort Dib m’a téléphoné pour me parler de "Laëzza", manuscrit qu’il venait de terminer mais dont il ne pouvait encore se déposséder. Vous allez être surprise par mon héroïne, me disait-il en riant, un top model qui porte des piercings et qui drague les hommes … »

   De fait, on est surpris par cette histoire de jeune femme très libérée dans une relation éphémère avec un jeune homme. Relation aussi fusionnelle que fulgurante que Mohamed Dib nous raconte du début à la fin. Ca m’a paru, en effet, fort différent du registre usuel de Dib.
   
   «El condor pasa», elle, a été retrouvée après sa mort et a été ajouté aux trois autres. Une étrange nouvelle qui parle de l’Algérie, qui parle de relations d’homme, de folie ou de ce qui pourrait l’être. C’est effectivement très étrange.
   
   Plus essentiels m’ont paru «Autoportraits» et «Rencontres».
   «Autoportraits» fait penser à des pensées «à la Cioran», empilées les unes sur les autres, mais pas absconses à l’image de la comparaison effectuée, assez explicites et très révélatrices de l’homme Dib et de sa pensée profonde. Probablement beaucoup plus complexe que ce que sa lecture pouvait laisser entrevoir, à mon sens au moins. Un extrait, la n°10:
   «Chez les Arabes, l’habitude est, depuis trop longtemps, prise de se prosterner, le front dans la poussière, pour qu’ils perçoivent l’état du monde autour d’eux et réalisent que la caravane est en train de passer, qu’elle est déjà passée – on aurait bien voulu dire, le dernier métro, mais quel métro? – et qu’eux sont toujours là, le front toujours dans la poussière.
   Cela n’est plus tout à fait vrai pour les musulmans non arabes.»

   Et elles sont nombreuses et variées, sur maints sujets. Je ne résiste pas à citer également la n°28 (il y en a 90):
   «Le spectacle de ces intellectuels d’Europe auxquels on fait un enfant dans le dos et qui continuent de disputer du sexe des anges, pensant être ainsi dans, sans doute, la filiation directe des grands Grecs, dont ils croient reprendre et poursuivre les joutes oratoires, sans se rappeler que ces Grecs occupaient des fonctions, avaient des responsabilités dans la cité.»

   
   «Rencontres» enfin nous plonge dans son enfance, dans cette Algérie, à Tlemcen, encore française avant que ne commencent les tragédies à venir. Elles concernent pour l’essentiel quelques rares français qui s’intéressaient aux «indigènes», des instituteurs pour la plupart. Un éclairage intéressant sur ce que pouvait être la réalité de la présence française en Algérie, «avant», et vu par un autochtone.
   
   Un éclairage particulièrement intéressant de l’homme Dib.
   ↓

critique par Tistou




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Disparate
Note :

   En postface, on nous explique comment a été construit ce recueil. Ce sont quatre textes qui ont été mis ensemble par souci de contrepoint. Le résultat manque de cohérence. La nouvelle qui ouvre le livre, ‘Laëzza’ est une folle histoire d’amour menée par une jeune femme moderne et dévergondée, « …un top model qui porte des piercings et qui drague les hommes… »
   
   Il s’agit d’une petite fiction d’une plume mature mais dont le sujet est convenu. La seconde nouvelle ‘El condor Pasa’ change de point de vue constamment et j’avoue n’avoir rien compris. En troisième partie, ‘Autoportrait’ collige quatre-vingt-dix réflexions de l’auteur. Pour moi, c’est la portion la plus intéressante du livre puisque l’on apprend beaucoup de l’homme.
   
   Enfin, ‘Rencontres’ est un portrait de quelques figures anodines qui ont croisé le chemin de Dib et qui vraisemblablement ont eu une importance pour lui, bien que cela ne soit pas clair…
   
   Dans l’ensemble, j’ai été confus et irrité par ce regroupement bâclé, qui a l’apparence d’une entreprise mercantile pour profiter du décès d’un grand écrivain.

critique par Benjamin Aaro




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