Lecture / Ecriture
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Le métier à tisser de Mohammed Dib

Mohammed Dib
  La grande maison
  Le métier à tisser
  Au Café
  Un été africain
  Le Talisman
  Mille hourras pour une gueuse
  Les Terrasses d’Orsol
  Le Sommeil d’Eve
  Neiges de marbre
  L'infante maure
  La nuit sauvage
  Si Diable veut
  L'enfant-jazz
  Comme un bruit d’abeilles
  Le cœur insulaire
  Laëzza
  L'incendie

Mohammed Dib, né en 1920 à Tlemcen, en Algérie, et mort le 2 mai 2003 à La-Celle-Saint-Cloud, est un des grands écrivains de langue française. Poète - Prix Stéphane Mallarmé -, romancier - Grand prix du Roman de la Ville de Paris -, essayiste, auteur de nouvelles, de contes et de pièces de théâtre, son œuvre, vaste et intense, a été couronnée par le Grand prix de la Francophonie de l'Académie française.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Le métier à tisser - Mohammed Dib

Fin d’études pour Omar
Note :

   C’est avec plaisir que j’ai retrouvé avec ce troisième opus de la trilogie algérienne, le ton du premier: "L’incendie", du moins au début. Ensuite, il m’a semblé que le récit s’enlisait un peu dans trop de longues discussions et que le doute, l’hésitation et le mal-être qu’elles exprimaient finissaient par déteindre sur le lecteur.
   
   Mais reprenons notre histoire. Ce dernier volet de la trilogie se terminera en même temps que la guerre qui, depuis sa déclaration sert de toile de fond, et l’arrivée des Américains.
   
   Omar a 13-14 ans. Il a dû renoncer aux études, la survie –la sienne et celle de sa famille- exige qu’il parvienne à gagner un peu d’argent. Comme dans les 2 volumes précédents, la misère la plus noire règne partout autour de lui. Elle empire même encore. Sous l’influence de la guerre, la misère s’accroît dans les campagnes, poussant vers les villes des hordes de mendiants mourant de faim et qu’elles ne peuvent intégrer. La mère du garçon finit par lui trouver un emploi d’aide dans un atelier de tisserands. C’est là dorénavant que nous allons le voir. Et ici encore, comme dans les précédents romans, en échange d’un travail qui leur prend tout leur temps, les ouvriers ne gagnent que de quoi survivre, engraissant un patron arabe qui ne travaille jamais et est lui-même totalement soumis aux colons. C’est le monde du travail adulte qui est ici découvert par notre Omar adolescent. Il se sépare de mère et sœurs pour se confronter à un monde d’hommes durs et assez impitoyables, d’autant plus durs qu’ils se méprisent eux-mêmes pour leur soumission à ces conditions de vie dégradantes.
   
   L’atelier des tisserands est situé dans une espèce d’entresol où les aides doivent dévider le plus rapidement possible les fils dont les liciers ont besoin. Pendant que les bras de ces derniers travaillent sans relâche, travaillent aussi leurs langues et l’atelier est rarement silencieux. En permanence s’y tiennent de longues discussions qui sont autant de lamentations sur leurs sorts et de tentatives d’expliquer le monde et leurs vies. Les tisseurs ont pleinement conscience de leur misère et ne sont pas satisfaits de leur existence, pas plus qu’ils ne sont satisfaits de l’obséquiosité qu’ils sont constamment obligés de manifester tant au patron au travail, qu’aux autorités à l’extérieur. Ils se sentent constamment humiliés de la vie qu’ils mènent et qui n’ira encore qu’en se dégradant (avec la vieillesse et l’incapacité de travailler). Les discussions reprennent sans relâche entre les velléités de révolte sans épaisseur et la soumission totale, réconfortées chez certains par du sadisme sur les aides, chez d’autres par un "C’est Dieu qui nous a ordonné de vivre ainsi." qui sous tous les climats et toutes les déités a toujours eu le même usage lénifiant.
   
   J’ai eu parfois du mal à me retrouver dans ces discussions des tisserands. Il m’a semblé que les portraits des différents protagonistes, assez nombreux quand même, n’avaient pas été campés de façon suffisamment marquante dès le début pour que le lecteur puisse ensuite identifier facilement les caractéristiques de celui qui prenait la parole en dehors des 2-3 principaux. Je m’y suis parfois un peu perdue. Vous me direz peut-être que cela tient à l’insuffisance de la lectrice et c’est vrai, n’en doutons pas, mais pas uniquement sûrement. On manque de clarté dans cet atelier-cave. A cela s’est ajoutée l’impression de ressasser – ce que font les exploités justement- même si l’auteur nous donne à voir les évolutions de quelques uns, cela se fait dans trop de verbiage à mon avis.
   C’est de tout cela qu’Omar est témoin (et victime) et c’est là qu’il fera ses Humanités.
   
   Bilan : un livre intéressant et qui se lit assez facilement, mais pas un vrai coup de cœur.
   
   
   
   Trilogie algérienne
   
   1 - La grande maison
   2 - L'incendie
   3 - Le métier à tisser

critique par Sibylline




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